l se cache, il se glisse le long des murs, il se déguise, il est infidèle, il est méfiant, il mord, il aboie, il s’agite en permanence, c’est l’internaute et c’est le cauchemar des publicitaires. Au départ l’internaute est un lascar qui fait baver toute les légions du marketing : il est éduqué, il dispose d’un niveau de revenu confortable et il est curieux de tout. Après cinq millions d’années d’histoire et pas mal de temps perdu à ronger des racines, à bâfrer des noisettes et des myrtilles la race humaine a accouché du degré suprême de la civilisation : le consommateur urbain high tech. Les dernières avancées technologiques ont permis de mettre en place les filtres adéquats pour sélectionner le fin du fin de l’arbre généalogique. Non pas l’élite, les esprits brillants ne s’abaissent pas, c’est bien connu, à manier l’ordinateur, mais un produit normalisé par le passage du tamis social. Imaginons une chaîne de télévision qui ne toucherait que des téléspectateurs d’une tranche d’âge précise, au niveau de revenu homogène et au capital socio-culturel semblable. Cette chaîne ne bénéficierait pas du meilleur audimat mais elle gagnerait à la course aux annonceurs chacun pouvant mesurer précisément cet impact.
L’Internet c’est un peu de tout cela avec en plus la capacité technique de suivre les battements de cils du cobaye, ses mouvement, ses goûts et … son adresse. Après quelques tâtonnements la conception des outils de contrôles et d’analyse des comportements est en passe d’atteindre un niveau de sophistication et de vice tel que parler de respect de la vie privé est devenu une insulte à leur intelligence. De l’autre côté du trou de la serrure les spécialistes du marketing prennent fébrilement des notes, tracent les courbes et affinent les stratégies.
Seulement il y a un hic. L’internaute échappe aux éprouvettes des laborantins. On le connaît , on le décrypte mais l’immensité du réseau lui permet toutes les infidélités. Le piège des hyperliens se retourne contre les marchands. Le fabuleux audimat se dilue dans les centaines de milliers de sites. Les seuls qui peuvent prétendre à la fidélité des internautes sont les moteurs de recherche, passage obligé du voyage. La publicité s’y engouffre donc mais au delà, le néant.
Il fallait inventer autre chose pour canaliser l’intérêt des visiteurs. On a donc inventé le « push média ». Au départ le « push » est fondé sur un malentendu : on veut permettre à l’internaute de recevoir automatiquement sur son écran, l’information qu’il souhaite. Les premiers outils ont naturellement repris le concept du journal dont on choisirait les rubriques : Wall Street Journal, San José Mercury News, agence Reuter, sont devenus les pourvoyeurs d’informations. Ensuite sont venus les outils capable d’extraire les données, les textes des sites webs choisis par l’utilisateur. L’idéal peut être mais au prix d’un inconvénient de taille : le principe du libre choix revient à renoncer à suivre l’internaute dans ses pérégrinations. Le cauchemar de l’immensité incontrôlable qui recommence. Alors le « push » de transforme incidieusement en autre chose. Le concept de la chaîne de télévision se glisse dans la boîte à outils. Avec la dernière génération des navigateurs, un outil incontournable sur les micro des internautes, on propose une série de chaînes thématiques. Il s’agit toujours, sur le papier, d’informations « poussées » vers l’internaute, mais sa seule liberté consiste à choisir la chaîne et non le type d’information. Mieux, placé dans un serveur d’entreprise, e véritable marché de ce type de produit, c’est à l’administrateur du réseau que revient la tâche de choisir et distribuer l’information aux abonnés. Bien sûr tous les outils de contrôle des activités de ces abonnés sont inclus dans les logiciels.
Dur réveil, les outils de productivité sont aussi des outils de surveillance. Finalement le zapping, maladie naturelle de l’internaute, gagne en sympathie.

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