Kelkoo, le livre

octobre 21, 2005

“Ils ont réussi leur start-up!?, le récit de la saga Kelkoo, vient de paraître et je l’ai lu. C’est l’occasion de revivre en accéléré six années d’une aventure exceptionnelle. Certains y retrouveront les émotions du temps des pionniers de la netéconomie, mais la saga Kelkoo vaut plus que ça, ce qu’elle nous raconte c’est l’histoire d’une nouvelle industrie. Et dire que tout a commencé chez Bull !

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J’attendais ce bouquin depuis plusieurs semaines, pas seulement par l’effet d’un buzz savamment orchestré mais parce que j’ai eu la chance d’avoir croisé certains des protagonistes de l’histoire. Je suis persuadé qu’il y a forcément quelque chose de précieux à retenir de l’aventure d’une équipe qui a su traverser les pires moments de la néteconomie pour s’imposer avec éclat. Et puis nous aussi nous avons conservé notre baby foot autour duquel s’affrontaient en 2001 les équipes de Yahoo, Kelkoo et CNET.

Kelkoo, ils ont réussi leur start-up J’ai dévoré le livre en une nuit avant de rédiger ce billet, et autant le dire tout de suite, ses auteurs Julien Cordoniou et Cyrille de Lasteyrie ont fait du bon boulot. Bon, c’est écrit dans un style qui me rappelle un peu Capital sur M6, carré, nerveux et peut être un peu trop linéaire mais les auteurs ont visiblement bénéficié de témoignages francs et honnêtes qui ne font pas l’impasse sur les doutes, les sentiments et même certains petits secrets des différents acteurs de la saga. Du coup c’est bien d’une histoire qu’il s’agit, racontée par ses acteurs, et non d’une pesante monographie. Les auteurs ne s’en cachent pas, leur récit vise à magnifier une certaine vision de l’entreprise, plus exactement le goût d’entreprendre. Ca tombe bien c’est aussi le credo de Pierre Chappaz, le chef d’orchestre de kelkoo, ce qui explique le ton complice.

Une rencontre réussie entre des experts en technologie et des marketeurs

En lisant ce livre je pensais reprendre ici les meilleures anecdotes mais une fois la dernière page passée j’ai réalisé que je retenais autre chose de la saga Kelkoo. En particulier qu’il s’agit d’une rencontre réussie entre des experts en technologie et des marketeurs. En général c’est le genre de cocktail qu’on réussit mal en France où malgré quelques brillantes réussites on ne compte plus les inventions sans débouché, les inventeurs sans banquier, les visions sans marché. eBay, lancé par un français, aurait-il pu se bâtir en France? L’importance stratégique es technologies est un sujet qui fait justement débat en ce moment, lisez par exemple cet article du magazine Fortune. Certains pensent que l’innovation et la réactivité face aux besoins du marché passe par la maîtrise interne de la technologie et la capitalisation au sein des équipes. Un discours qui peut étonner à l’heure des délocalisations, de l’?outsourcing? et des coquilles vides forgées par les cabinets de conseil. Kelkoo n’est pas Vivendi, c’est heureux.

Cette politique de capitalisation sur les équipes techniques est justement défendue par Pierre Chappaz qui a su préserver le pôle R&D de Kelkoo, basé à grenoble, après le rachat par Yahoo! La capacité de réagir vite, d’adapter la technologie de recherche à des environnements différents, c’est ce qui constitue le fil conducteur du récit par delà les péripéties financières. On oublie vite en effet que le modèle économique a changé plusieurs fois, de la bannière au clic payant, le contenu aussi, de l’annuaire marchand au catalogue de produits. On suivra avec intérêt et amusement les tâtonnements des stratégies de référencement sous Google qui sont à l’origine du vrai décolage de Kelkoo. Jusqu’à menacer à la dernière minute le rachat par Yahoo !

Google en embuscade

On apprend en effet que Google aurait modifié son algorithme au moment même des tractations avec Yahoo! provoquant ainsi une chute de trafic du comparateur de prix et compromettant la vente. Tactique, hasard, l’insinuation est lourde: un manager de Kelkoo aurait reçu un appel d’un dirigeant de Google, “On sait que vous négociez avec Yahoo! Si le deal ne se fait pas, venez nous voir?. Pour Chappaz c’est “limpide?. Google manipulerait-il ses algorithmes pour destabiliser le marché? On n’ose y croire …. Pour mémoire il y aurait aussi beaucoup à dire sur les techniques utilisées par kelkoo pour optimiser son référencement, mais le livre est plutôt discret sur la question.

Sur le registre des anecdotes on découvre aussi les exigences maniaques d’un Pierre Chappaz à l’affut de la moindre défaillance du comparateur de prix, nuit et jour sur le dos de ses techniciens jusqu’à l’hystérie quand il s’agit de logo ou de charte graphique. Je compatis sincèrement avec les équipes de kelkoo pour avoir vécu ce genre de scène à l’occasion d’un laborieux partenariat entre Kelkoo et ZDNet, qui fut aussi une joute épuisante entre deux amis : Pierre Chappaz d’un côté et Freddy Mini (à l’époque patron de ZDNet, maintenant à la tête de Allmusicbox). L’aspect financier était réglé depuis longtemps mais les deux marketeurs s’affrontaient des heures durant sur la taille respective des logos sur des pages co-brandés. Je crois bien les avoir vu mesurer les logos avec une règle sur l’écran du PC pour se prouver que l’un ne l’emportait pas sur l’autre … Quant à Chappaz je l’ai vu blême à la vue de son précieux logo Kelkoo posé sur une autre couleur de fond que celle, orangée, en vigueur à l’époque sur Kelkoo. Spectacle épuisant, mais finalement sympathique.

Le livre s’achève peu après le rachat historique par Yahoo! (475 millions d’euros), on n’y trouvera pas le récit de la démission de Pierre Chappaz, refusant fin 2004 de prendre la tête de Yahoo Europe. Dommage, même la raison se lit ça et là entre les lignes.

- Pour en savoir plus sur l’écriture du “Kelbook?, le site des auteurs
- Pierre Chappaz sur son blog
- Juste pour rire la requête “ils ont réussi leur start-up? sur Kelkoo.com –> un résultat plein de protéines -)

 

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One Response to “Kelkoo, le livre”


  1. [...] Une situation bien décrite dans l’article de Mashable.com qui expose la petite guerre permanente entre Myspace et l’industrie des milliers de petits développeurs indépendants qui diffusent des modules de services destinés à l’animation des pages du site. Qu’on ne s’y trompe pas c’est le bon vieux business des portails qui revient au galop et la lutte permanente pour vérouiller la plate-forme avant de mettre la pression sur les fournisseurs. Reste que cette annonce est peut être aussi destinée à destabiliser YouTube à un moment crucial de son développement. Cette histoire me rappelle l’initiative de Google déréférencant Kelkoo alors même que celui-ci négociait son rachat par Yahoo (une anecdote racontée dans le livre “Kelkoo, le livre“). Un truc à garder en tête: tous les coups sont permis… [...]


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