Le journaliste Mark Glaser est un des chroniqueurs les plus réputés de l’Online Journalism Review, il s’intéresse dans son dernier billet au business model des podcasts. Il s’appuie en particulier sur le succès récent de la NPR, la National Public Radio américaine, qui vient de lancer une batterie de podcasts, ou plus exactement d’émissions à télécharger, et s’impose illico au classement des podcasts sur iTunes.

J’abordais le sujet dans mon précédent billet “du podcast àla radio“, et je trouve que l’exemple choisi par Mark Glaser pourrait très bien s’appliquer à Radio France. La plupart des observateurs ne se contentent pas d’applaudir l’arrivée des podcasts mais s’interrogent sur leur implication dans la stratégie multi-support des médias. Je retiens de son billet quelques citations tout à fait pertinentes, il interroge en particulier Kris Jacob président du business development de Podshow, un capital risqueur: ? The fundamental mistake that media companies, large and small, make is that they adopt the model but not the philosophy? explique-t-il.

“They look at things as the adjunct to the core product that they’re providing, and not as a fundamental shift in the way that they are creating media itself. … What listeners tell us is that mainstream programming converted to MP3 files and redistributed and called a podcast is interesting to a point, but it’s not what they are really compelled by. What they are compelled by is unique independent niche programming that appeals to them and allows them to develop a relationship that they can’t forge with mainstream programming.? ajoute Kris Jacob.
En clair le propos est moins de s’extasier sur l’objet technologique du podcast que de bâtir une nouvelle relation avec son lecteur/auditeur.

Enfin on rappelle que le contenu le plus intéressant est celui qui n’a jamais été publié ailleurs ou autrement, retour donc aux fondamentaux de la presse professionnelle: du contenu exclusif encore et encore. L’article donne également quelques pistes en matière de stratégie publicitaire sur les podcasts tout en rappellant le problème majeur : l’impossibilité de mesurer l’audience réelle des podcasts. Les chiffres disponibles concernent donc le nombre de téléchargements, en push forcé dans le cas d’iTunes.

Du podcast à la radio

novembre 27, 2005

C’est l’avantage du numérique, si vous êtes capable de produire une séquence sonore dans ce format il existe une multitude d’opportunités pour la diffuser. Certaines radios ont bien compris que la profusion de podcasts disponibles sur internet constituait une occasion de renouveller leur grille de programmes. C’est le cas de Sun FM une radio locale nantaise qui nous a contacté pour rediffuser le podcast hebdo de ZDNet.fr. C’est pour moi l’occasion d’expérimenter hors de toute considération marchande ce nouveau moyen de diffusion. Ce genre d’initiative n’a rien de nouveau, les séquence sonores d’Arte Radio sont déjà diffusées par plusieurs radios hertziennes. D’ailleurs si d’autres radios locales souhaitent expérimenter cette formule avec les podcasts de ZDNet.fr elles peuvent me contacter directement.

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C’est l’occasion de saluer le dynamisme du secteur de la radio. Alors que le projecteur de l’actualité des médias et surtout dirigé vers la presse écrite je suis impressionné par les initiatives des radios. On oublie souvent par exemple que la famille de Radio France a investi le web très tôt. Europe 1 diffuse largement ses interviews et ses émissions en ligne et s’étripe depuis peu avec RTL pour dominer le marché des podcasts comme le remarquait Loïc Le Meur. Sans compter avec l’exceptionnel résultat des Skyblogs, quoi qu’on pense du contenu de ces sites la radio Skyrock a réussi, aux yeux du marché, à matérialiser ses auditeurs les plus actifs.

J’ai m’a petite idée sur les raisons de ce dynamisme: les radios sont soumises depuis longtemps à une concurrence effrénée pour séduire et fidéliser leur audience ont appris à intégrer la parole des auditeurs dans leurs programmes. L’univers des médias en ligne où les lecteurs ont, d’une certaine façon, pris le pouvoir a toutes les raisons de leur être favorable. Mieux Internet est devenu un vecteur naturel pour recruter les auditeurs qui participeront à lelle ou telle émission. Bien sûr tout n’est pas parfait et les sites des radios ne sont pas forcément des modèles d’interactivité. En fait je pense que leur force vietn plus de la nature de la relation avec leurs auditeurs. Un effet de proximité et d’affinité qui est exactement celui que cherche à construire la presse écrite. Celles-ci, qui peine souvent à ouvrir ses colonnes gagnerait à s’inspirer de la souplesse des radios.

Il en était question lors des dernières réunions des salariés, c’est fait: http://libelutte.org

Sinon, les commentaires des lecteurs sont toujours ici, sur le Blog de Pascal Riché et Laurent Mauriac, correspondants de Libé aux USA

Petite remarque technique: le site de Liberation.fr redirige tous ses articles vers la page annoncant la grève. Un vrai suicide pour le site mais à y regarder de plus prés l’équipe technique de Libé a pris le soin de rediriger proprement le trafic en indiquant aux moteurs de recherche (Google en tête) la nature temporaire de la redirection (Code 302). En clair les articles resteront dans les index des moteurs. Le site ne devrait pas trop souffir de l’opération, même s’il faudra probablement plusieurs semaines pour retrouver un niveau de trafic équivalent.

[MAJ] Je lis dans le compte rendu de la dernière AG du 23 nov qu’il a été décidé de remettre en place le site Liberation.fr "car danger d’être écarté du référencement par Google". La décision me paraît sage car au fond la décision de rediriger toutes les pages du site signifiait, dans l’industrie numérique qui est la notre, qu’on se préparait à casser purement et simplement l’outil de travail.

C’est aussi la démonstration assez cruelle que dans cette économie le fournisseur dépend encore plus étroitement du distributeur. Gare à l’humeur d’un Google qui peut vous retrograder à la manière d’une agence de notation. Pour l’ogre Google il faut être solvable, c’est à dire fournir son quota de contenus, toujours, sans faiblir…

Le lecteur de flux RSS Alertinfo, regroupant les flux des principaux titres de presse français s’enrichit de nouveaux contenus et se dote d’un configurateur OPML. Bonne nouvelle, ça rend le bestiau plus digeste!

Suite de l’aventure d’Alertinfo, qui, je le rappelle, est une version personnalisée du logiciel Feedreader et regroupe les flux des titres de presse membre du GESTE.

C’est l’équipe technique de Pointblog.com qui a pris en charge la maintenance et l’évolution de service. Un des problèmes récurrents était de gérer les centaines de flux qui commencaient à sérieusement engorger le logiciel. On personnalise un fichier OPML avec les flux de son choix AVANT de récupérer éventuellement le logiciel. Ca permet évidemment de les importer sur un autre logiciel ou sur son portail perso.
Entre autres choses j’ai rajouté (ZDNet est membre du GESTE) les flux de notre nouveau site CNETFrance.fr

A ce propos si comme moi il vous prend l’envie d’éditer vos propres fichiers OPML vous pouvez utiliser OPML Editor un petit utilitaire très pratique et parfaitement dépourvu d’ergonomie, comme on aime :-)

L’étape suivante : indexer son fichier OPML ou chercher celui des autres
Pour en savoir plus sur l’OPML

L’info est donnée par Gilles sur Poinblog. Bon je n’ai pas l’intention de rentrer dans le débat politique sur le sujet ni de déposer des offrandes au dieu des blogs mais ça me rappelle une anecdote similaire.

Juste pour le fun et un peu d’histoire il a eu un précédent en 1996 avec François Fillon: a l’époque, il n’y avait pas de blogs et les militants n’avaient pas de modems pour porter la contradiction, on causait sur les groupes de discussion (newsgroups) à propos de censure et de contrôle autour d’un amendement …
Google (encore lui!) en a gardé la trace. Le ministre François Fillon s’était invité de chez lui et sous son email personnel dans les newsgroups pour commenter son propre texte et répondre aux critiques.

A l’époque les membres de son cabinet avaient confirmé l’authenticité du message. Maintenant que j’y pense François Fillon fait désormais partie des conseillers de Sarkozy, je me demande ….

Voilà, vous pouvez ranger tout ça au Musée du web :-)

Libération dans la tourmente

novembre 21, 2005

Grève annoncée aujourd’hui des équipes de Liberation. Au coeur des discussions: le plan social et le projet d’avenir pour le titre. C’est l’occasion d’en apprendre un peu plus sur ce projet…

Liberation.fr
Le site du quotidien Liberation publie aujourd’hui les communiqués respectifs de la direction et de l’intersyndicale. Le moins qu’on puisse dire c’est que ce dernier est un peu court… Le premier, cosigné par Serge July, Antoine de Gaudemar et Louis Dreyfus présente quelques passages intéressants sur le sens de la mutation du titre. Je relève les phrases suivantes:

>"Libération a lancé en octobre dernier, après six mois de préparation, et à partir du site liberation .fr l’ébauche du quotidien bi – média. [...] C’est l’architecture de base sur laquelle nous sommes en train de redéployer notre entreprise et à partir de laquelle, nous préparons le futur quotidien papier."
Il me semble bien y lire que le centre de gravité se déplace vers le web. A comparer avec les propos du directeur du Wall Street Journal Europe.

>"Les causes [de l 'érosion des ventes] sont connues : la concurrence des nouveaux médias, l’effet gratuité et la crise du réseau de distribution, mais aussi l’inadaptation des quotidiens – papier à cette nouvelle situation. Comme en témoignent d’ailleurs les études que nous avons faites à la fin du printemps."
Les données sont en effet connues depuis longtemps …

>"Le métier de Libération : la production d’informations sous le label d’une marque qui signifie déontologie, valeurs et rigueur"
La marque du média n’est plus tributaire de son support. Je me souviens du rédacteur en chef de CNN Interactive rencontré à Atlanta en 1996 qui s’étonnait, choqué, que je lui demande si CNN restait toujours une chaîne de télévision en basculant sur le web. "CNN ne fait pas de la télévision mais de l’information" me répondit-il!

>"La migration sur le nouveau système rédactionnel interfaçant le papier et le web, sera l’autre grand chantier de 2006"
Une chaîne de production unique, la papier produit dérivé de la base de données (pour moi rien de péjoratif dans la notion de produit dérivé).

Enfin même si ce n’est pas dit il semble que l’externalisation de certaines équipes touche en particulier l’équipe technique du Web. Là j’imagine mal la rédaction du web se passer d’un minimum de ressources techniques afin de conserver une vraie réactivité et une souplesse d’intervention au quotidien.

A suivre …

Lire aussi le billet de Gilles Klein

Pourquoi s’emmerder à pêcher la truite sauvage quand on peut en faire l’élevage? Avec son nouveau service Google Analytics le géant de la recherche se prépare à remonter les filets. La petite friture est composée de milliers de sites pros et semi-pros nourris à l’AdSense en granulés. Un bel outils d’analyse de performance gratuit va permettre d’ausculter leurs entrailles. Bon appétit.

Bon résumons: vos pages sont labourées par un moteur de recherche omniscient utilisé par 80% de vos lecteurs, vos revenus proviennent de mots clés vendus aux enchères et choisis par le moteur précédent, lequel en profite pour vous coller une étiquette de ranking façon code-barre pour petits pois. Si vous vous sentez seul vous lui glissez la piécette à partir de 0,10 euros et il vous envoit du monde pour remplir la salle et vider le frigo. Franchement, à ce stade, la moindre des politesses c’est de lui permettre de vous ouvrir le bide pour le laisser vérifier la qualité de la marchandise. En plus c’est gratuit, vous allez pas vous plaindre! Normallement Google devrait assez rapidement se payer le Credit Lyonnais, histoire de vous soupeser la bourse, aussi.

google analytics

Bon je rigole, mais j’admire aussi. Google analytics ce n’est pas la révolution, ce type d’outil existe déja, mais c’est le genre d’initiative qui permet de ramasser la mise en ratissant le marché en pleine explosion des sites et services qui n’avaient pas forcément les moyens de se doter des outils de contrôle de ROI sophistiqués. Evidemment faire auditer son site par sa propre régie publicitaire ce n’est pas banal ni très orthodoxe mais ce genre de préoccupation ne concerne que les sites à trés forte audience et à la stratégie publicitaire complexe. En attendant Google crée le marché et se l’approprie pacifiquement ou presque. C’est une affaire de pisciculture où l’on contrôle le débit de l’eau, sa température et la distribution de nourriture.

Evidemment, dans le cas présent, l’utilisation des outils de mesure est une invitation puissante à utiliser AdSense comme outil d’acquisition d’audience. Le mécanisme est simple (Pierre Chappaz l’expliquait déjà au tout début de l’aventure Kelkoo) : on achète ses visiteurs en enchérissant sur les mots clés par exemple à 0,15 euros le clic et si vous êtes malin la visite sur votre site doté de ses propres pubs par mots clés peut vous rapporter 0,18 euros. La différence est pour vous. C’est simple mais finalement pas tant que ça car pour en faire un business il faut tout contrôler au millimètre car une variation sur les enchères peut vous faire prendre le bouillon. Et pour tout contrôler il faut un outil de mesure du ROI (retour sur investissement). Logiquement Google, qui fait commerce des mots clés, fini par vous l’offrir le bel outil.

A propos avez-vous remarqué que votre compte Gmail est déjà utilisé pour vous identifier comme client de AdSense et Google Analytics? Bien vu … Quant aux performances de l’outil les témoignages sont les bienvenus !

Pour les paranos : les conditions générales d’utilisation sont ici, bonne lecture.

(Note : billet publié aussi sur ZDNet.fr)

Je ne sais pas si vous êtes dans le même cas mais j’ai parfois besoin d’éditer les fichiers OPML avant de les intégrer dans un lecteur de flux RSS. C’était le cas avec les flux d’Alertinfo, la version de Feedreader utilisée par les éditeurs du Geste (dont je suis). Le Geste va bientôt mettre en ligne une nouvelle version qui permet de générer un fichier OPML sur mesure. Reste que quand un fichier OPML contient plus de 300 flux RSS on préfère en vérifier le contenu avant d’engorger son lecteur…

Merci a mon équipe technique qui m’a conseillé un lecteur OPML pour ce genre d’opération. OPML Editor se récupère sur support.opml.org

OPML Editor:

Opml editor

Voilà près d’un an que je tiens un blog du même nom sur ZDNet.fr. J’ai finalement décidé d’élargir ce blog avec une édition séparée afin de me donner la liberté d’élargir mon champ de réflexion. Je reproduirai probablement ici l’essentiel de ce que je publie sur ZDNet plus de nouveaux billets sur des sujets annexes. Je considère qu’il s’agit toujours d’un blog professionnel donc pas la peine d’y chercher des confidences perso sauf si, bien sur, elles concernent l’économie numérique et l’exercice de mon métier, en particulier autour de la presse en ligne.

D’un autre côté je voulais aussi tester la nouvelle plate-forme WordPress.com dont le fondateur bossait il y a encore peu de temps dans la même société que moi: CNET Networks. J’avoue que c’est beaucoup plus rustique que TypePad mais bon, j’espère que l’on disposera de nouvelles fonctionnalités assez rapidement. Ainsi que des nouveaux templates car ceux fournis en standard semblent être d’une compatibilité hasardeuse avec la plate-forme.

A bientôt

Emmanuel PARODY

Alors que le quotidien Le Monde présente sa nouvelle formule, le patron du Monde Interactif publie un essai sur les mutations de la presse et l’impact de l’Internet. Au menu, cette affirmation : “Internet n’est pas un support de plus; c’est la fin du journalisme tel qu’il a vécu jusqu’ici?. Ca poutre !

Lire la suite sur ZDNet.fr

Il y a beaucoup de nervosité en ce moment dans l’industrie de la presse, c’était un peu l’objet de mon précédent billet. Alors que nos collègues anglo-saxons multiplient les annonces en fanfare (voir aussi la vente du deuxième groupe de presse américain), la plupart des professionnels se préparent à opérer une des plus importantes mutations industrielles qu’ait connu le secteur de la presse. En France les patrons de presse s’expriment peu sur le sujet. Pour cette raison le livre de Bruno Patino et Jean-François Fogel, “une presse sans Gutenberg? (Grasset), me paraît important.

Une presse sans Gutenberg Ma première réaction est plutôt positive. L’essai n’apprendra pas grand chose aux habitués du réseau mais son propos est surtout de clarifier les termes du débat. En particulier d’affirmer haut et clair : pour le presse il n’y a pas de voie de retour, son avenir se joue en ligne et le lecteur y est déjà. Un constat positif: la presse en ligne grignote sur le temps consacré à la télévision, c’est nouveau, et un vrai défi “la coexistence de deux mondes, réel et virtuel, que doivent couvrir les journalistes?. Pour enfoncer le clou j’aime bien aussi cette réflexion prêtée à Rupert Murdoch qui résume bien l’angoisse de la profession : “j’ai grandi dans un monde fortement centralisé où les nouvelles et l’information étaient étroitement contrôlées par quelques rédacteurs en chef qui jugeaient de ce que nous pouvionset devions savoir?. Autant jouer de franchise, la grande question au fond, c’est de savoir si la presse professionnelle pourra conserver son rôle pour le moins contesté d’intermédiaire légitime.

Les auteurs ont consacré de nombreuses pages à retracer l’histoire des faits marquants de l’Internet. La démarche est louable, il s’agit après tout de décrire cette galaxie “sans Gutenberg? qui peut fasciner le profane, mais du coup le propos se retrouve un peu dilué. Ceux qui aimeraient lire un mode d’emploi de la presse en ligne seront déçus. On décrypte avant tout. Parmi les passages les plus intéressants j’aime assez cette description franche et brutale de “l’irruption de l’audience?. Comprenez ce lecteur qui s’exprime, publie aussi, critique et témoigne. De nouvelles sources d’information qu’il faut prendre en compte au risque d’être submergé.

Certaines réflexions m’ont surpris comme celles consacrées au “payer pour lire?. Le tout payant est décrit comme un échec, et l’exemple du Wall Street Journal jugé “ambigu?. Evidemment c’est une façon de justifier le choix du modèle “mixte? (accès libre et archives payantes) du Monde. On affirme même que le Monde “a inventé le modèle? en 2002. J’ai toujours pensé que le tout payant affiché par certains quotidiens américains était une stratégie de façade, en particulier pour franchir les moments difficiles de la neteconomie (2001). A quelques exceptions près, dont le WSJ, la mixité a toujours été de mise afin de capter les revenus publicitaires. En fait cette stratégie se gère comme une écluse: quand on a besoin de plus de pages vues pour la publicité on libère des espaces gratuits, qu’on referme ensuite éventuellement. La vrai révolution c’est d’admettre que le payant n’est plus forcément le coeur du modèle économique. Même si les auteurs se gardent de l’affirmer (pour le Monde les deux types de revenus seraient équilibrés) le pas est franchi. Enfin quand le lecteur doit, gratuitement, s’enregistrer et fournir des données personnelles pour accéder au contenu, n’est-ce pas aussi une façon de payer?

Le livre s’achève sur quelques commentaires bien trop courts à mon avis, sur le nouveau journalisme, entre l’infomédiaire qui guide l’internaute dans le dédale des sources et le reporter affranchi des limites de la page. Tous les deux frustrés par une audience qu’on ne peut plus définir comme captive. Je ne peux repprocher à Bruno Patino de finir sur une note enhousiaste et positive mais j’aurais aimé creuser quelques pistes sur l’avenir de l’homo-journalisticus.

En fait, pour être franc, il y trois pistes de réflexion que j’aurais apprécié de voir traiter dans cet essai:

- La notion de “base de données? n’est pas utilisée une seule fois. Pas bien grave, ce n’est pas ce qu’il y a de plus passionnant dans la presse en ligne. Mais quand on parle de Gutenberg il me semble utile de savoir que la publication en ligne s’appuie sur la base de données. La structuration d’un site en ligne, son mode de publication, son économie interne, sa fabrication, tout en découle. En particulier la contextualité, le nouveau parcours du lecteur, la diffusion en flux etc… Bref la presse avec “Oracle?!

- La question des modèles économiques: l’organisation des campagnes publicitaires, le coût à la page, les types de revenus, les mots clés sponsorisés et la publicité à la performance, la réutilisation des contenus, la qualification de la base de lecteurs. Des sujets connus des seuls spécialistes mais qui dont la maîtrise décidera de la viabilité ou non de la presse en ligne. Opposer payant et gratuit ne suffit plus.

- Le corollaire: la presse en ligne, en particulier la presse généraliste, peut-elle seule supporter les coûts exigés par une couverture et un traitement de qualité de l’information? Rien n’est moins sûr et c’est probablement la vraie raison du modèle mixte papier-web, payant-gratuit. On peut s’extasier sur la mode des blogs, sur les portails d’infos mais il s’agit surtout d’accélérateurs de diffusion, voire de chambres d’échos. Certes c’est fondamental mais la question de la production – exclusive – d’informations reste entière. L’Internet sera-t-il le lieu ou un nombre toujours plus grand de lecteurs débattront, échangerons, des informations en provenance de sources toujours plus rares?

Une presse sans Gutenberg
Editeur: Grasset
Collection : Essais Français
Parution : novembre 2005
Prix : 14,00 €

 

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