L’info date d’il y a plus d’une semaine mais je découvre avec amusement que aléas de la modération des blogs d’un grand quotidien tourne à l’affaire d’état et au grand débat blogosphérique. Ils sont fous ces ricains!

Lire l’article de News.com, sur l’origine du problème: au départ un débat sur le financement politique et les activités de lobbying. Un débat géré sur le blog du Washingtonpost.com par le modérateur officiel, Deborah Howell. Lequel se retrouve débordé par des centaines de commentaires, insultes, et vociférations en tout genre. L’équipe des modérateurs étant débordée le directeur de la rédaction décide de bloquer tous les commentaires.  Evidemment les bloggeurs crient à la censure et se répandent pour générer une bonne grosse polémique comme on les aime.

Tout ça pourrait faire sourire mais au pays de la liberté d’expression garantie-par-la-constitution cela donne lieu à des débats savants. Des débats où on s’interroge gravement (et judicieusement) sur la politique de modération dans les medias en ligne. Il faut dire que le Washingtonpost a choisi une méthode plutôt lourde à gérer pour ses commentaires: ceux-ci sont postés par email à l’équipe du blog… Pour ma part comme semble le défendre la modératrice je pense que l’obligation de s’enregistrer permet de filtrer considérablement les excès, les usagers devant s’exprimer en leur nom propre. du coup on peut même envisager la modération a posteriori (après publication) plutôt qu’a priori où l’on choisi ce qu’on laisse passer.

Vous en pensez-quoi?

Newsvine, Agoravox, Wikio, OhmyNews, Current TV, des sites d’un nouveau genre revendiquant leur statut de médias d’information se placent en ordre de bataille pour imposer une légitimité et une place sur le marché de la presse en ligne. On parle de journalisme citoyen mais leur principale originalité est surtout d’expérimenter de nouvelles règles de distribution et de hierarchisation de l’information. On aurait tort de confondre leur démarche avec celle d’une sympathique mise en scène d’un théatre d’expression libre, la nécessité vitale d’être crédible les conduisent à réinventer une démarche professionnelle.

Je suis d’humeur citoyenne ce soir, il est 23h et je sors de la soirée de lancement du magazine Netizen. Soirée réussie me semble-t-il avec un cocktail composé d’un tiers de journalistes, un tiers d’entrepreneurs façon neteconomie et un tiers de bloggeurs. Chacun essayant de mettre un blog sur chaque visage, situation plutôt comique parce que rarement couronnée de succès. Donc j’ai en ce moment même, entre les mains, Netizen ce magazine qui a le mauvais goût d’être imprimé alors que la tendance du moment est plutôt de s’enfuir loin des kiosques et des rotatives. J’aimerais bien d’ailleurs que Cyril , Christophe et Fréderic (les pilotes du projet) m’expliquent ce qu’on peut faire sur le papier qu’on ne puisse pas réaliser sur le web. Le premier numéro est consacré aux blogs et la politique avec la carte de france et l’annuaire des blogs d’élus politiques. je relève aussi (j’ai juste parcouru en diagonale) une longue interview de Jean-Jacques Beinex, un portrait du bloggeur Jean Veronis et la présentation de Wikio le projet secret de Pierre Chappaz. L’ambition du magazine est de photographier ce bouillonnement culturel et infiniment politique qui s’exprime au travers des réseaux. C’est justement ça qui m’inspire ce soir.  

Il y avait aussi ce matin un billet de Francis Pisani sur l’échec annoncé de Bayosphère, la tentative de site d’information communautaire et local de Dan Gillmor. Un échec dont il tire quelques leçons intéressantes sur le nécessaire encadrement du mode participatif mais où on lit clairement aussi la nécessité de maîtriser toutes les finesses du modèle économique et du marketing en ligne. Bref la bonne volonté ne suffit pas, place à la discipline. Je suis d’ailleurs avec un intérêt particulier comment les sites comme Ohmynews ont développé un très strict encadrement du processus de publication avec des journalistes professionnels chargés non de produire mais de préserver la lisibilité et les standards du journalisme traditionnel.

Je constate aussi que certains sites comme About.com, Current TV ou le français Agoravox se nourrissent en partie de contenus produits par des journalistes ou assimilés. Le mode de rémunération (par exemple calculé à la performance des revenus publicitaires), ou le type de relation contractuelle fait parfois seule la différence avec le mode traditionnel de relation salariale d’un journaliste avec sa rédaction. Récemment, lors d’un échange avec Joël de Rosnay à propos d’Agoravox, alors qu’il expliquait qu’il comptait mettre en place un mode de rémunération de ses contributeurs ainsi qu’un système de validation des articles selon plusieurs niveaux de décision collégiale (on n’ose pas dire hiérarchique), je lui faisais remarquer que quand on en vient à rétribuer les contributions régulières d’un individu dans le cadre d’une publication on pouvait légitimement l’introniser … journaliste, de plein droit! Ce dont il a convenu avec franchise, non sans humour, conscient des excès d’un certain discours opposant le supposé “journaliste citoyen? au journaliste encarté.

C’est un peu le paradoxe de ces initiatives qui réinventent avec passion le média d’information tout en instaurant peu à peu les processus, les règles de professionnalisation, qui font le socle un peu monolithique de la presse traditionnelle. Bref elles redécouvrent aussi par tâtonnement les fondamentaux du métier de presse, ce qui les rend fascinantes. Elles inventent aussi, bien sûr, en particulier en intégrant la technologie, le social networking et en impliquant le lecteur dans la hierarchisation de l’information. J’ai déjà sur ce point parlé de Newsvine.com , il faudra suivre de près le nouveau et encore confidentiel Wikio.fr qui semble creuser la voie d’un mix de technologie de recherche (à la Google News), de maîtrise de la classification (le tout premier métier de Yahoo) et d’interaction communautaire. Passionnant je vous dis !

 

Alors que Google ramasse discrètement et avec indécence 5 points supplémentaires de parts de marché des moteurs de recherche, il faut se tourner vers des études plus qualitatives pour trouver du neuf.   Intitulée "Les différents types d’accès aux sites internet" une nouvelle étude de Xiti s’attache à décrypter certains comportements des internautes. Elle comporte plusieurs graphiques dont une analyse spécifique du secteur du tourisme et celui du e-commerce.  Je me permet d’en reprendre deux pour illustrer qui comportent des données de performance en pages vues par visite souvent considérée comme une des mesures de la qualité du lectorat ou de son affinité avec le site.
Un point qu’il faut relativiser à mon avis car le succès du RSS comme nouveau vecteur de trafic induit un mode de consultation des contenus très différents avec un nombre de pages "consommées" beaucoup plus réduite que dans le cas d’une navigation traditionnelle. Pourtant le choix du fil RSS peut s’interpréter comme une démarche d’abonnement et correspondre à une affinité très forte avec le site.

Analyse des modes d’accès aux sites
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Analyse spécifique pour les sites ayant effectué des investissements marketing en ligne:
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Pour être complet l’étude de Xiti Monitor me semble comporter une erreur ou au minimum une omission. Avec ce type d’outil on interprète souvent le trafic en "accès direct" comme le trafic généré par les bookmarks ou l’appel spontané d’une URL. En réalité pour la plupart des outils d’analyse de trafic cette catégorie "accès direct" est plutôt la poubelle statistique où se retrouve tout le trafic dont le type de provenance n’a pu être identifié. Ce qui conduit à survaloriser (avec fierté) cette audience superfidelisée qui taperaient spontanément l’URL d’un site.

 C’est vrai en partie sauf que la poubelle contient aussi, entre autres choses,  tout le trafic des flux RSS consultés via des logiciels agrégateurs. Un trafic qui n’est plus négligeable du tout et qu’il est urgent d’identifier pour en connaître les caractéristiques. A ce jour il faut utiliser les services du type Feedburner pour obtenir ce genre de données mais je sais que la plupart des services d’analyses de trafic (Xiti, CybereStat,  Weboscope, Wysistat, Hitbox) planchent sur la question.  Je ne sais pas si c’est l’effet de l’arrivée du gratuit Google Analytics mais tout ce petit monde devrait innover à tour de bras dans les prochains mois pour conserver ses clients.

(Note: ZDNet utilise Xiti mais je ne voudrais surtout pas leur mettre la pression :-) )

sean-penn-currenttv.gifIntéressante intervention filmée de l’acteur Sean Penn sur Current TV qui en appelle à la création et la prise de parole de chacun pour contrer l’uniformisation et le pouvoir des grands médias. Pour ceux qui ne connaissaient pas (comme moi) Current TV est la valeur qui monte dans le monde des nouveaux médias. Il s’agit d’une chaîne de TV dont les programmes sont constitués des contributions libres des internautes. L’accès est gratuit. Le résultat est surprenant même si on est loin de l’amateurisme. Les critères de qualité pour voir sa vidéo acceptée sont plutôt exigeants. Un système de vote permet de décider si oui ou non une vidéo mérite d’être incorporée au flux en direct. Un détail génant: l’environnement entièrement en flash n’est pas toujours ergonomique et il difficile de trouver le moyen de trouver le lien direct correspondant à chaque vidéo…  Un des moyens consite à passer par l’annuaire des archives ou le flux RSS.

 

Olivier signale très justement un des meilleurs articles que j’ai eu l’occasion de lire sur le nouvel ecosystème des médias. Publié dans le Nieman Report, publication de référence sur le journalisme de l’université de Harvard, il est intitulé "The future is Here, but do the news Media companies see it". Il s’agit d’une synthèse brillante sur l’économie des médias en ligne, on pourrait dire leur nouvelle économie c’est à dire comment les médias en ligne doivent se nourrir de l’ensemble des interactions avec les communautés de lecteurs, lesquels deviennent diffuseurs, contributeurs, commentateurs, témoins, sources d’informations enfin.  

On y parle de collaboration, de passion, de journaliste citoyen (sans démagogie), nouveaux contenus et réseaux de diffusion, un point qui m’intéresse tout particulièrement. Il décrit enfin comment pourraient se structurer les médias numériques du futur en terme d’interaction et y gagner les clés de leur modèle économique tout en capitalisant sur une fidélisation. En fait c’est peut être cela la définition économique des nouveaux médias: ils capitalisent sur la relation et l’échange avec leur audience. Rien de nouveau en apparence et pourtant tout est bouleversé par la prise de parole autonome de cette audience. Brillante synthèse vraiment, dont je partage chaque élément de réflexion. Je reproduis ci-dessous quelques illustrations graphiques qui synthétisent l’essentiel du propos (cliquez dessus pour elargir):

Présentation de l’écosystème des médias: 

 Ecosysteme des medias en ligne

 Vecteurs de diffusion et nouvel environnement (les différents âges)

Nouvel environnement des médias

 

Vers le social media

 social media

 

Merci à Mustapha, qui dirige les équipes techniques de CNET Networks France (l’éditeur de ZDNet.fr)  qui m’a refilé une invitation privée pour accéder au tout nouveau Newsvine.com, un portail d’actualité d’un nouveau genre.

newsvine accueil

On y retrouve des flux d’actus d’agence (pour le moment) et les contributions des lecteurs qui peuvent soumettre les titres et résumés des articles glanés sur le net. Chacun note ensuite la pertinence des contenus ce qui donne une hierarchie de l’information évoluant au grés des attentes d’une communauté de lecteur. C’est le modèle de Digg.com appliqué à l’information généraliste.  Pour moi c’est aussi ce qui préfigure les sites d’information de troisième génération, ceux qui intègre les choix des lecteurs dans leur mode de publication.

writersOn note que Newsvine intègre aussi la possibilité d’employer des auteurs professionnels ou des éditeurs privilégiés qui disposent de leurs propres blogs, en fait une zone de publication dédiée. Un bouton que l’on place dans ses favoris permet à tout moment lors de la navigation sur internet de soumettre un nouvel article. Brillante idée !

Voir dessous la fenetre de chat et l’éditeur intégré pour rédiger ses articles

 chat

 

 Editeur de texte

 

Pour ceux qui s’interrogent sur le social networking et son intérêt économique lisez aussi cet excellent article de forbes.com consacré en particulier au rachat de Del.icio.us par Yahoo.

Saluons les prouesses de la technologie capable d’identifier automatiquement les blogs coupables d’utiliser des mots tabous. La censure comme option d’une prestation commerciale. Apres une histoire similaire qui concernait Yahoo, c’est au tour de Microsoft de s’empêtrer dans les contradictions éthiques. C’est un triste scoop de la journaliste Rebecca MacKinnon.

Du coup papa Scoble fait la leçon à Microsoft.

C’est aussi l’occasion, dans le cadre d’un entretien filmé en mars 2005 avec Esther Dyson, de revoir la réponse de Jerry Yang co-fondateur de Yahoo à ce type d’incident

Doug Edwards raconte depuis quelques semaines son expérience au sein de Google. Son blog Xooglers a immédiatement attiré l’attention de tous ceux (comme moi) qui sont avides de témoignages d’ "insiders" de chez Google. Il semble que Xooglers soit depuis quelques jours sous surveillance même si les auteurs se veulent rassurant et démentent toute tentative de censure. On est entre gens polis et bien élevés n’est-ce pas …?

En période de croissance du marché publicitaire en ligne le payant est un frein au développement. Certains sites médias américains ont choisi d’accroitre le volume de contenus gratuits pour booster leur trafic. Moralité, le débat gratuit contre payant est moins une affaire de principes que celle d’une gestion opportuniste de deux simples variables économiques dans une économie de flux.

Lu aujourd’hui via la derniere lettre de l’OPA (Online Publishers Association), une sélection d’articles intéressants à propos de la stratégie de sites comme Times.com et le Washingtonpost.com qui ouvrent tous les deux des brèches dans leurs contenus payants "premium" pour capter un peu plus de revenus publicitaires.

A lire en particulier deux articles de ClicZ sur Time magazine pour qui l’acceptation de la pub permet d’accéder à des contenus réservés et celui sur le Washington Post qui ouvre plus franchement la porte de ses archives en augmentant la durée de consultation gratuite de ses articles ou carrément en libérant des papiers très populaires.

A l’occasion d’un récent billet sur le livre "Une presse sans Gutenberg de Bruno Patino, patron du Monde Interactif, je faisais référence à cette stratégie des écluses qui pour moi rend le débat gratuit contre payant particulièrment vicié. Les déclarations de jim Brady, le directeur de la rédaction de l’édition en ligne du Washington Post, illustrent parfaitement le mécanisme. Il explique en particulier qu’il ne veut pas perdre le bénéfice du trafic envoyé par les blogs et les sites pointant sur certains articles du quotidien en les basculant dans la zone payante. Du coup la durée de publication gratuite est passée de 14 jours à 60 jours !
"Qu’ils viennent par la petite porte ou par la porte d’entrée, on est surtout content de les avoir dans la maison" résume-t-il, "pour nous, retirer cet article aprés 14 jours nous porte vraiment préjudice".

On ne saurait être plus clair, l’enjeu étant de contrôler précisément la répartition des flux entre zone payante et gratuite, c’est à dire surtout entre les deux types de revenus. Ce que j’appelle je jeu des écluses, la zone payante jouant le rôle de bassin de rétention. Evidemment le petit jeu est risqué car il ne faut pas compromettre la valeur ajoutée du service payant. Un monitoring constant que permettent justement les outils de gestion de contenu (CMS).

A noter que des sites comme ceux du New York Times font (pour le moment) le choix inverse d’une stricte gestion de la zone payante. Les articles ne mentionnent malheureusement pas la stratégie intermédiaire privilégiant l’accès gratuit mais soumis à enregistrement, une forme de modèle payant à mon sens mais où le lecteur paye en donnant des informations sur lui-même et permet au média une meilleure qualification de son audience.

Billet publié aussi sur ZDNet.fr

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