On est foutu !

février 28, 2006

Ce matin, sur le chemin de l’école, dialogue avec mon fils, six ans, classe de CP qui découvre la magie de la poésie
Moi : “alors, maintenant tu connais les rimes?
Lui : “oui, c’est quand y’a deux mots qui finissent pareil?
Moi: “très bien ! Tu peux me donner un exemple? ?
Lui : ? oui bien sûr ….?

Il réfléchit …

“Tout pour la com
Avec SFR point com? !!!

Voilà, on est foutu je vous dis …

Je crois bien que je vais ouvrir une rubrique pour caser toutes ses perles d’ailleurs. Je me souviens d’une autre lors de l’élection  de la chancelière allemande Angela Merkel en novembre dernier:
Mon fils écoute l’annonce d’une oreille distraite en croquant ses céréales du matin et s’exclame :

"En allemagne ils ont un chancelier! C’est comme dans la guerre des étoiles !"

Le blog de Jean Veronis, Technologies du Langage, mérite largement sa popularité par l’originalité de ses billets et son décryptage des petites bizarreries du monde des moteurs de recherche. En décembre dernier il a eu la bonne idée d’expédier ses étudiants au charbon pour analyser la pertinence des résultats de six différents moteurs de recherche: Google, Yahoo et MSN, Exalead, Voilà et Dir.com . Il publie auourd’hui les résultats complet de l’étude, à télécharger en format pdf.      

etude-comparative.pngL’étude n’est pas tendre dans ses conclusions si on considère l’appréciation de mediocrité générale mais elle fait apparaître d’importantes distorsions entre les moteurs. Les deux gagnants ex aequo sont Google et Yahoo tandis que le bon dernier est Voila.fr. A la lecture de l’étude je constate que le protocole de test semble avoir volontairement exclu toutes les considérations d’ergonomie pour privilégier l’analyse des seuls résultats. Un choix respectable mais qui, à mon avis, compromet toute possibilité de comprendre les différences de popularité dans l’usage des deux principaux outils de recherche. La lecture du livre Google Story montre que les questions d’ergonomie sont depusi le début au coeur des préoccupations de Google par exemple.

Le même protocole de test attribue une valeur inférieure aux liens pointant vers des sites commerciaux, un choix qui peut être discutable comme l’admet Jean Véronis (?la présence de liens commerciaux n’est pas nécessairement nuisible à la qualité?). C’est une des principales raisons, il me semble, de la dégradation globale des notes attribuées aux moteurs. Toutefois cette approche à le mérite de faire apparaître le prédominance d’Amazon, eBay et Priceminister dans les index des deux principaux moteurs. Bien vu, un coup d’oeil dans les chiffres de Mediamétrie Nielsen/Netratings confirme en effet que le trio figure dans le peloton de tête des sites de destination des moteurs. Leur historique et les méthodes de référencement optimisée y sont pour quelque chose …

Jean Veronis note aussi que la proportion de liens commerciaux varie énormément selon les moteurs (?entre 7% et 16%?). En fait il touche du doigt une activité souvent méconnue des moteurs de recherche (à l’exclusion de Google) : la pratique les “paid listing? qui consiste à facturer l’insertion de liens ou l’indexation des pages d’un site. En clair les principaux clients de ce genre de service sotn justement les sites marchands qui y voient l’opportunité d’indexer l’ensemble des pages de leur catalogue plutôt que d’attendre l’indexation hasardeuse de leurs pages par les moteurs. Ces liens ne sont pas marqués comme “sponsorisés? car les moteurs ne garantissent aucunement leur position dans les résultats de la recherche. La facturation est basée sur le nombre de clics qu’ils génèrent tout comme les programmes de mots clés sponsorisés. Seul Google refuse cette pratique pour ne pas compromettre la qualité de son index. Jean Veronis s’étonne de l’effondrement de la qualité de Voila.fr, il ne sait pas que ce moteur abuse tout particulièrement du “paid listing? comme cela nous a été confirmé lors du récent salon Search Engine Strategy. L’indexation du web étant un des principaux postes de coût pour les moteurs, les paids listings permettent d’enrichir son index en transformant du coût en … revenus. Une pratique qui compromet sur le long terme la qualité du service… CQFD.

La question me préoccupe, professionnellement s’entend, depuis plus d’un an. Comme beaucoup je suis assez fasciné par l’émergence de la folksonomie . Je suis convaincu que les outils comme Technorati, les tags, trackbacks, les Del.icio.us sont à la base d’une nouvelle économie des échanges, le coeur de ce fourre tout qu’on a baptisé web 2.0. Le problème c’est qu’il faut maintenant faire la preuve que ces outils auront un impact durable et économique. J’en suis persuadé mais ce qui est en jeu ce n’est pas mon avis ou celui de quelques milliers d’internautes nécessairement convaincus parce que ces outils sont faits pour eux. Bref le boulot c’est aussi de discerner les signaux d’alarme. 

J’ai déjà eu l’occasion ici de relativiser l’impact des trackbacks (ZDNet.fr a été le premier site professionnel de news à les adopter en France), j’ai aussi critiqué la lisibilité de technorati dans un billet dont l’impact m’a un peu dépassé. Je n’ai pas commenté en revanche Del.icio.us dont l’usage m’a toujours paru à la fois génial mais abscons pour l’usager lambda. Son rachat par Yahoo me laisse, je l’avoue, perplexe même s’il est stratégiquement justifié. Digg.com me fascine également mais comment ne pas voir qu’il est avant tout le jouet d’une communauté de geeks.

Mon inquiétude se résume assez simplement: tous ces joujoux peuvent-ils convaincre au delà du cercle des utilisateurs férus de technologie. Un problème qu’il ne faut surtout pas sous-estimer lorsque l’on cherche à s’adresser au grand public. Flickr est par exemple un vrai succès populaire mais les fonctionnalités de “nuages de tags? sont-elles vraiment exploitées par la majorité de son public? Voilà le genre de questions que je me pose. De la même manière je m’interroge avec l’équipe technique de ZDNet sur la meilleure façon d’utiliser Technorati dont il faut bien admettre que la fiabilité est hasardeuse. A l’occasion de cette interrogation je me suis demandé combien d’utilisateurs consultent, en France, le service Technorati ou Digg.com. Ce fut la douche froide.

D’après les données d’un institut de mesure faisant autorité, le nombre d’internautes français utilisant chaque mois Technorati se monterait à quelques dizaines de milliers. Idem pour Digg.com ce qui m’étonne moins compte tenu de la jeunesse du service. Je ne vous donnerai pas le chiffre exact parce que précisément il est trop bas pour atteindre le minimum requis en terme de fiabilité statistique. J’avoue avoir été totalement surpris par ces données compte tenu de l’importance du buzz favorable qui a entouré Technorati depuis plus d’un an et alors qu’on estime à plusieurs millions le nombre des lecteurs de blogs.

Quelques dizaines de milliers de visiteurs par mois !

Alors? Alors comment ne pas douter sérieusement de la popularité de ce service? le manque de lisibilité ou d’ergonomie est-il en cause? Ne surestimons-nous pas la patience des internautes face à des outils qui prolonge indéfiniment la recherche d’information? La pertinence de leurs résultats n’est-elle pas avant tout appréciée selon les critères d’une communauité restreinte d’utilisateurs? C’est un peu déjà le problème du social networking: on y voit de la démocratie alors qu’il s’agit surtout de l’opinion majoritaire des la communauté des utilisateurs les plus assidus, les plus actifs fussent-ils nombreux.

Pour être franc je n’ai pas la réponse à ces questions, il est probablement aussi trop tôt pour juger de l’avenir de ces services, mais j’en tire une leçon de prudence et de modestie. Il faudra probablement inventer de nouvelles manières de les intégrer à nos sites, réinventer leur ergonomie si l’on ambitionne de rendre leur usage populaire et … utile.

Google Story, le livre

février 13, 2006

google-story.jpgEn avant-première j’ai pu lire ce week-end la traduction française de Google Story, l’enquête de deux journalistes américains du Washington Post, David Vise et Mark Malseed. Il est plutôt surprenant d’écrire l’histoire d’une entreprise alors que celle-ci n’a même pas huit ans d’existence mais après tout c’est bien d’une épopée fulgurante dont il s’agit et il n’est pas inutile de fixer pour la postérité les anecdotes qui ont accompagné la création de Google. C’est un peu la limite de cet ouvrage d’ailleurs que de s’attacher aux anecdotes et je constate que si le récit est assez documenté, l’histoire récente des deux dernières années, aprés l’introduction en bourse de l’été 2004 en fait, est plutôt décousue et très partielle. On touche probablement à la limite de l’exercice dont le principal mérite est avant tout de tenter d’apprécier la personnalité des deux fondateurs Larry Page et Sergey Brin et, par ricochet, la philosophie de l’entreprise.Il est difficile de résumer un récit linéaire mais je retiens quelques moment de cette courte histoire de Google: la naissance façon étudiants dans leur labo/garage, la mise en place de l’entreprise, l’entrée en bourse et la marche vers la maturité et la diversification, toujours d’actualité. A chaque phase ses anecdotes. Il y a beaucoup de similitude entre la naissance de Google et celle de Yahoo tous les deux issus des réflexions d’étudiants mais ce qui frappe chez Google est avant tout l’aspect profondément universitaire et expérimental de la démarche. Alors que Yahoo est un projet d’annuaire qui évoluera rapidement en bouquet de services, Google est avant tout une expérience scientifique, l’indexation du web, menée jusqu’à validation. Il est frappant de découvrir que le modèle économique, les mots clés sponsorisés, n’interviendra que tardivement, qu’il sera même “emprunté? à Overture avec lequel il faudra transiger pour ne pas compromettre l’introduction en bourse. La nuance est importante pour comprendre comment Google a pu heurter avec certains projets comme la numérisation des livres, l’indexation des disques durs, la pub dans le courrier électronique. C’est le fil rouge de ce livre, cette idée que Google est un projet universitaire qui se déroule avec ingénuité et entêtement.

Facéties et googleries
Difficile de mettre en cause la sincérité de la démarche des fondateurs de Google, l’enquête des deux journalistes, ne la prend en tout cas pas en défaut. Certaines anecdotes la servent particulièrement: le recrutement du PDG, Eric Schmidt, ex patron de Novell accueilli par Larry et Sergey par une tirade sur “la stupidité de sa stratégie?. La mise en concurrence des investisseurs pour ne dépendre d’aucun. L’entrée en bourse enfin, point culminant de l’aventure Google où l’on refuse les règles des banques de Wall Street en particulier en refusant les prévisions financières et en privilégiant les petits investisseurs. Avec le recul certains y voient la marque d’une stratégie brillante, à la lecture du livre on y voit surtout les caprices assumés des deux fondateurs. La vie quotidienne de l’entreprise, de la cantine aux recrutements, est d’ailleurs rythmée par ces caprices loufoques. Le culte des logos Google, déclinés sous toutes les couleurs à l’occasion des fêtes est directement issu des facéties du couple d’amis qui bidouillaient le logo Google sur leur PC. Que dire enfin de la comptabilité de la société qui était gérée jusqu’à l’arrivée du PDG Eric Schmidt sous le logiciel Quicken, plutôt destiné à la comptabilité personnelle ou des PME…

Do no evil
On l’a compris le fil rouge du livre tient dans ce message: Google c’est cool, Google c’est sympa, bref Google c’est “Do no evil?. J’aimerais bien trouver de quoi nourrir ma parano mais je crains que ce ne soit définitivement pas l’objet de l’enquête. Reste que le vrai message est peut être dans cette idée que Google est avant tout une boîte d’universitaires et d’ingénieurs qui composerait avec un marketing basé sur la communauté d’esprit avec ses utilisateurs. La puissance financière permettrait de passer en force là où le marketing de Microsoft ou de Yahoo acheterait leur position, lentement comme dans une partie de jeu de Go. L’intervention brutale de Larry Page pour ravir le marché publicitaire d’AOL Europe à Yahoo qui croyait en avoir conclu l’exclusivité est un bon exemple de cette démonstration de puissance subite.

Microsoft, le duel
Il n’y a pas de conclusion au livre qui se disperse autour de trois pistes: la menace de la fraude en ligne sur le modèle du mot clé sponsorisé, la rivalité avec Microsoft pour le marché des services distribués en ligne (le vrai enjeu du Web 2.0 à mon avis) et l’investissement dans la génétique que j’avoue avoir mal saisi. Une chose est sûre, des trois pistes le combat entre Google et Microsoft est celui qui va retenir l’attention de toute l’industrie au cours des prochains mois.

Google Story, en librairie le 9 mars 2006 chez Dunod
Prix estimé: 23 euros

 google767.jpg

Amusant buzz autour d’un site qui semble tenir du canular de bonne facture. Toutprojet.com me fait penser aux beaux jours de Kasskooye.com. Mais ça ne fait plus rire Monsieur F qui a eu le malheur d’ironiser sur ledit site et se voit menacé d’une plainte pour diffamation…  
Alors? canular ou délire de mythomane?

Je sors un peu du sujet de ce blog mais pas tant que ça en fait, l’enquête de Denis Robert (Son livre Revelation$) portait bien sur des réseaux financiers par voie … électronique. Denis Robert semble n’avoir pas fini de payer son enquête sur Clearstream. L’info est relayée par David Dufresne sur son site, il mentionne aussi la pétition en ligne sur http://www.liberte-dinformer.info. J’espère que la presse s’en fera l’echo, son enquête le mérite largement et le manque d’enthousiasme à s’offusquer de l’objet de ses révélations n’a pas grandi notre profession.

A l’occasion de mon précédent billet sur “Le journalisme citoyen face aux défis de la professionnalisation“, Benoît Raphaël partage son expérience de cadre d’un quotidien local et en particulier un très pertinent retour d’expérience de l’animation d’un réseau de correspondants locaux non-professionnels.

Ailleurs c’est Ethan Zuckerman qui retranscrit en direct l’essentiel des propos échangés lors d’un forum international d’Al Jazeera sur le thème “The New Media: Bloggers and Participatory Journalism?. Il cite en particulier l’intervention de Bertrand Pecquerie, directeur du très chic World Editor’s Forum, qui voit dans le journalisme citoyen un phénomène de bulle à l’impact et la crédibilité très surestimée:

Bloggers rely on a form of collective intelligence – they claim to be a self-correcting system without hierarchies. But to fact check in a newsroom, you need colleagues, editors, copy editors… in other words, a hierarchy.
[…]
This isn’t Pecquerie’s only beef with bloggers – he also sees them as too vulnerable to manipulation, especially from public relations firms.

Enfin sur le thème des enjeux de la professionnalisation, un billet argumenté de Scott Karp (Publishing 2.0), spécialiste de stratégie média, qui s’affirme sceptique sur la supposée menace du journalisme citoyen face aux médias institutionnels. A lire absolument son billet précédent sur l’effet Bubble 2.0, la bulle dans les médias, une brillante synthèse de la théorie économique de Umair Haque autour de la crise de l’ecosystème des médias, où comment retenir l’attention du lecteur est devenu un jeu vital.

Les courageux pourront télécharger la présentation du modèle économique de Umair Haque (format .ppt, en anglais)

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.