Google Story, le livre

février 13, 2006

google-story.jpgEn avant-première j’ai pu lire ce week-end la traduction française de Google Story, l’enquête de deux journalistes américains du Washington Post, David Vise et Mark Malseed. Il est plutôt surprenant d’écrire l’histoire d’une entreprise alors que celle-ci n’a même pas huit ans d’existence mais après tout c’est bien d’une épopée fulgurante dont il s’agit et il n’est pas inutile de fixer pour la postérité les anecdotes qui ont accompagné la création de Google. C’est un peu la limite de cet ouvrage d’ailleurs que de s’attacher aux anecdotes et je constate que si le récit est assez documenté, l’histoire récente des deux dernières années, aprés l’introduction en bourse de l’été 2004 en fait, est plutôt décousue et très partielle. On touche probablement à la limite de l’exercice dont le principal mérite est avant tout de tenter d’apprécier la personnalité des deux fondateurs Larry Page et Sergey Brin et, par ricochet, la philosophie de l’entreprise.Il est difficile de résumer un récit linéaire mais je retiens quelques moment de cette courte histoire de Google: la naissance façon étudiants dans leur labo/garage, la mise en place de l’entreprise, l’entrée en bourse et la marche vers la maturité et la diversification, toujours d’actualité. A chaque phase ses anecdotes. Il y a beaucoup de similitude entre la naissance de Google et celle de Yahoo tous les deux issus des réflexions d’étudiants mais ce qui frappe chez Google est avant tout l’aspect profondément universitaire et expérimental de la démarche. Alors que Yahoo est un projet d’annuaire qui évoluera rapidement en bouquet de services, Google est avant tout une expérience scientifique, l’indexation du web, menée jusqu’à validation. Il est frappant de découvrir que le modèle économique, les mots clés sponsorisés, n’interviendra que tardivement, qu’il sera même “emprunté? à Overture avec lequel il faudra transiger pour ne pas compromettre l’introduction en bourse. La nuance est importante pour comprendre comment Google a pu heurter avec certains projets comme la numérisation des livres, l’indexation des disques durs, la pub dans le courrier électronique. C’est le fil rouge de ce livre, cette idée que Google est un projet universitaire qui se déroule avec ingénuité et entêtement.

Facéties et googleries
Difficile de mettre en cause la sincérité de la démarche des fondateurs de Google, l’enquête des deux journalistes, ne la prend en tout cas pas en défaut. Certaines anecdotes la servent particulièrement: le recrutement du PDG, Eric Schmidt, ex patron de Novell accueilli par Larry et Sergey par une tirade sur “la stupidité de sa stratégie?. La mise en concurrence des investisseurs pour ne dépendre d’aucun. L’entrée en bourse enfin, point culminant de l’aventure Google où l’on refuse les règles des banques de Wall Street en particulier en refusant les prévisions financières et en privilégiant les petits investisseurs. Avec le recul certains y voient la marque d’une stratégie brillante, à la lecture du livre on y voit surtout les caprices assumés des deux fondateurs. La vie quotidienne de l’entreprise, de la cantine aux recrutements, est d’ailleurs rythmée par ces caprices loufoques. Le culte des logos Google, déclinés sous toutes les couleurs à l’occasion des fêtes est directement issu des facéties du couple d’amis qui bidouillaient le logo Google sur leur PC. Que dire enfin de la comptabilité de la société qui était gérée jusqu’à l’arrivée du PDG Eric Schmidt sous le logiciel Quicken, plutôt destiné à la comptabilité personnelle ou des PME…

Do no evil
On l’a compris le fil rouge du livre tient dans ce message: Google c’est cool, Google c’est sympa, bref Google c’est “Do no evil?. J’aimerais bien trouver de quoi nourrir ma parano mais je crains que ce ne soit définitivement pas l’objet de l’enquête. Reste que le vrai message est peut être dans cette idée que Google est avant tout une boîte d’universitaires et d’ingénieurs qui composerait avec un marketing basé sur la communauté d’esprit avec ses utilisateurs. La puissance financière permettrait de passer en force là où le marketing de Microsoft ou de Yahoo acheterait leur position, lentement comme dans une partie de jeu de Go. L’intervention brutale de Larry Page pour ravir le marché publicitaire d’AOL Europe à Yahoo qui croyait en avoir conclu l’exclusivité est un bon exemple de cette démonstration de puissance subite.

Microsoft, le duel
Il n’y a pas de conclusion au livre qui se disperse autour de trois pistes: la menace de la fraude en ligne sur le modèle du mot clé sponsorisé, la rivalité avec Microsoft pour le marché des services distribués en ligne (le vrai enjeu du Web 2.0 à mon avis) et l’investissement dans la génétique que j’avoue avoir mal saisi. Une chose est sûre, des trois pistes le combat entre Google et Microsoft est celui qui va retenir l’attention de toute l’industrie au cours des prochains mois.

Google Story, en librairie le 9 mars 2006 chez Dunod
Prix estimé: 23 euros

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8 Responses to “Google Story, le livre”

  1. Samuel D Says:

    A creuser (je ne sais pas si le livre en parle) ; comme toutes les grosses boîtes ont un « Déontologue », ya t’il un « M.God » chez Google qui se trimbale et vérifie que Google ne franchit pas, sur chacun de ses produits, la ligne jaune entre le bien et le mal ?


  2. Le livre aborde les questions d’éthique, en particulier à propos de la Chine pour le reste l’accent est plutôt mis sur le malentendu profond entre les innovations sans arriere pensées et le dur contact avec les défenseurs des droits civiques. La défense s’organise alors dans l’improvisation.
    Mais comme je le précise le livre est plutôt imprécis sur la période récente et son insistance à décrire les faits et gestes des deux fondateurs fait un peu oublier qu’en 2006 Google n’est plus une PME. Je regrette un peu l’absence de points de vues d’autres personnalités de l’entreprise..


  3. [...] L’étude n’est pas tendre dans ses conclusions si on considère l’appréciation de mediocrité générale mais elle fait apparaître d’importantes distorsions entre les moteurs. Les deux gagnants ex aequo sont Google et Yahoo tandis que le bon dernier est Voila.fr. A la lecture de l’étude je constate que le protocole de test semble avoir volontairement exclu toutes les considérations d’ergonomie pour privilégier l’analyse des seuls résultats. Un choix respectable mais qui, à mon avis, compromet toute possibilité de comprendre les différences de popularité dans l’usage des deux principaux outils de recherche. La lecture du livre Google Story montre que les questions d’ergonomie sont depusi le début au coeur des préoccupations de Google par exemple. [...]

  4. Jean-Philippe RAMBOURG Says:

    Peut-être auriez-vous pu ajouter la description des liens entre l’université et plus spécialement Stanford et les venture capitalists.
    Le suucès de Google tient en petite partie au réseau dynamique et réactif tissé autour de cette université dont beaucoup de grands capitalistes actuels sont issus.

  5. Emmanuel Says:

    Très juste, c’est aussi un des fils rouge de ce récit. Je ne vois pas trop d’équivalent en France, peut-être à une certaine époque, le bouillonnement autour de l’INRIA, les VC en moins …

  6. thierry Says:

    Tiens c’est curieux, vous dites que le succès de Google s’explique part ses relations avec Stanford, alors que je pense que son succès est du à la qualité de son moteur de recherche.
    J’ai parfois l’impression que c’est finalement un concept très français qui consiste à prétendre et à croire que le succès provient des relations qu’on a. Je crois qu’aux Etat-Unis, avec une bonne idée, on fini par connaitre les bonnes personnes pour la réaliser. En France, si on ne connait pas les bonnes personnes, une idée, même géniale, ne vaut rien. Du coup, on en vient à penser, tiens celui-là, s’il a du succès c’est à cause de ses relations…


  7. Thierry, relis plus haut ce n’est pas ce que dit Jean-Philippe (moi non plus d’ailleurs). Il dit simplement que Stanford a eu un petit impact, ce que raconte en effet le livre. en particulier en permettant à ses étudiants de développer leurs projets et avec ses réseaux. La suite ce sont les employés de Google qui l’ont construite …


  8. [...] fondamentale “Google veut aider les gens à trouver ce qu’ils cherchent” (lire l’histoire de Google) contient bien plus de significations qu’il n’y [...]


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