Une initiative intéressante de Peter Gabor sur son blog Design et Typo. Il s’agit d’évaluer les sites de la presse française en fonction de différents critères de formes (design, lisibilité, fonctionnalités etc..). On oublie le contenu pour une fois SVP. Attention c’est long et sérieux (prévoir 30 minutes) mais le résultat m’intéresse donc je relaye l’opération ici.

Rendez-vous sur le blog de Peter, récupérez le ficher excel pour coder les réponses et visitez chacun des sites proposés. Cloture des soumissions d’ici 30 jours, les réponses et l’analyse seront publiées après.

Rendez-vous ici  

Rappel des sites étudiés: AFP, Afrique magazine, Courrier international, Groupe NICE-MATIN, L’EQUIPE, La CroixLa Nouvelle République, La Tribune, La Voix du Nord, Le Courrier des Balkans
Le Monde diplomatique, Le Monde.fr : A la Une, Le Progrès quotidien de Lyon, Ouest France, Le Télégramme, Lefigaro, Leparisien, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Les Echos, LesInrocks, Libération
Metro, Midi Libre, Nouvel Obs, Paris Normandie, Paris Soir, 20minutes 

Un billet simple et brillant de Steve Outing qui, avec la finesse d’un bulldozer, explique avec la précision de l’initié la petite cuisine interne de l’industrie de la presse et l’origine des difficultés à se réformer. J’ai été impressionné par cet article dont j’aurais du mal à critiquer le moindre mot, en particulier parce qu’il décrit simplement des questions d’organisation, de conflits d’intérêts et de rapports humains. Il rappelle aussi très justement qu’une partie du frein au changement provient du fossé qui existe toujours entre les revenus des activités du "papier" qui dépassent encore de loin ceux du numérique. Difficile dans ces conditions de gérer l’inéluctable transition sans compromettre l’équilibre financier de l’édifice. Un dilemne qui a déjà coûté l’effondrement du groupe Knight Ridder.

On est loin des critiques de "la presse qui n’a rien compris au web", on aborde ici la réalité économique et la question de fond de l’organisation industrielle.

Lire l’article sur Editorandpublisher.com "Why Aren’t Newspapers Breaking Out of the Box?".

Le ton monte aux USA pour critiquer la fiabilité des mesures d’audience basées sur des panels (user centric) par Nielsen Netratings et Comscore Media Metrix. A lire cet article bien renseigné de Adweek.com "Web execs question metrics". En cause l’écart grandissant constaté entre les mesures "user et site centric" comprenez entre les extrapolations d’un panel d’utilisateurs et les données des outils basés sur le marquage des pages. J’ai dejà mentionné plusieurs épisodes de cette saga ici et  avec en particulier la demande de certification des mesures d’audiences par des grands annonceurs américains.

Cette fois selon Adweek il s’agit de revoir les méthodes des deux instituts et exiger la transparence. Même si l’article ne mentionne pas tous les détails un des gros problèmes des panels vient de la sous représentation des utilisateurs de l’internet sur le lieu de travail. La réalité c’est que les mesures proviennent très largement d’utilisateurs grand public. Par exemple en France le panel "Work" de Nielsen (Mediamétrie) est en partie composé de personnes figurant déjà dans le panel grand public. Du coup les sites d’information professionnels soupçonnent une large sous estimation des mesures pour des sites essentiellement utilisés la journée sur le lieu de travail.

Au passage je salue l’arrivée de Benoit Cassaigne (ex RTL.net) chez Mediamétrie qui a la dure tâche de reprendre ce dossier et l’amélioration des mesures d’audience. Mediamétrie, qui représente Nielsen Netratings en France, vient par ailleurs d’instituer une commission d’autorégulation composée d’acteurs du marché (Disclosure: les Echos en font partie) chargée d’identifier les "mauvaises pratiques" susceptibles d’influencer les mesures du panel. En ligne de mire: les pages co-brandées ambigues, la pratique discutable (hum hum!) du site under (qui attribue faussement l’audience d’un site à une page d’un autre site appelée en sous impression, certaines pages lancées automatiquement pour doper les stats … etc.

Bref en France comme aux Etats-Unis le marché devient plus exigeant, la seule façon de justifier les investissements publicitaires massifs mais convenablement ciblés. J’ai encore, à l’occasion d’une réunion de travail chez Mediamétrie,  souvenir d’un représentant d’une agence spécialisée dans l’achat d’espaces à qui je démontrais l’existence d’un biais de plusieurs millions (oui, oui) de visiteurs uniques soit prés de 10% de parts de marchés fictifs, attribués abusivement à un site qui me rétorquait que je "pinaillais"! Il semble que cela ne fasse plus rire personne… 

L’IAB US publie une comparaison du chiffre d’affaires du marché publicitaire en ligne entre le premier semestre 2005 et celui de 2006 sur le marché US. Son principal intérêt est de fournir la répartition par format. Principal enseignement la prédominance de la recherche des mots clés avec 40% du marché mais le cumul montre un relatif équilibre entre les formats à la performance (CPC et CPA) et ceux basés sur l’affichage (CPM).

Ce dernier résultat m’a surpris même si je constate que l’affichage a perdu 3% des parts de marché entre 2005 et 2006. Intéressant aussi l’effarante concentration de 71% des revenus entre les mais de 10% des acteurs: l’effet de la "longue traîne" ("long tail") en prend un sacré coup ! Comment y croire alors que seuls 6% des revenus sont partagés au delà des 50 premiers acteurs… 

Enfin la répartition par format reste relativement stable malgré une croissance globale de 37% sur un an.

MAJ 27/09/06: je réalise avec un peu de retard que les chiffres décrivant la concentration des revenus sur le top 10 sont faussés par l’attribution à Google et des autres réseaux publicitaires de revenus qu’ils distribuent en fait au reste du marché dans un second temps. La théorie du "long tail" est sauvée pour le moment…  

Le détail ci-dessous (Source IAB). Les données sont en millions de dollars

Ad Formats – Internet ad revenues broken down by ad formats are ($ millions):

FH 2006 FH 2005
Search 40% ($3,164) 40% ($2,315)
Classifieds 20% ($1,582) 18% ($1,042)
Referrals/Lead Generation 8% ($633) 6% ($347) 
E-mail 2% ($158) 2% ($116)
Display Related 31% ($2,531) 34% ($1.968) 
    Rich Media 7% ($554) 8% ($463)
    Ad Banners / Display Ads 21% ($1,661)   20% ($1,157)
    Sponsorships 4% ($316) 5% ($289)
    Slotting Fees <1% (<1$) 1% ($58)

Industry Concentration – Concentration of revenues by the top 10, top 25 and top 50 has remained consistent.

  FH 2006 FH 2005 
Top 10 71% 72% 
Top 25 84% 87% 
Top 50  94%  96%

Pricing Models – CPM pricing continues to be the predominant choice for buyers and sellers, at a slight cost to Performance Deals and Hybrid.

  FH 2006 FH 2005
CPM or Impression 48% ($3,796) 48% ($2,778)
Performance Deals 47% ($3,717) 40% ($2,315)
Hybrid 5% ($395) 12% ($694)

Pour mémoire voici la capture d’écran de Google.be aujourd’hui qui, suite au rejet de l’appel, a publié le texte du jugement. Copiepresse qui représente les intérêts de la presse belge, a finalement obtenu une première victoire. Le texte est d’ailleurs assez intéressant, au delà de Google News on y parle du cache, on y désigne le point sensible de la presse: la vente d’articles et les archives payantes. Tout ceci alors que Google va proposer aux éditeurs un service destiné à la commercialisation de ces mêmes archives. Un beau gâchis. Beau gâchis pour la presse belge désormais déréférencée et beau gâchis pour Google qui paye ainsi sa politique d’opt-out maladroite (je me sers, et si tu n’es pas d’accord tu peux le dire…).

MAJ: le jugement confirme l’ordre de publication judiciaire mais n’est pas un jugement sur le fond. Prochain rendez-vous pour débattre du fond du dossier le 24 novembre prochain.

J’oubliais la cerise sur le gâteau: impact visible cette semaine  +5% de trafic en provenance de Google.be pour un quotidien économique français…

La publication judiciaire sur Google.be aujourd’hui:
cliquez sur l’image pour lire le texte

google-copiepresse-lawsuit-mini.gif

MAJ 22/09/06 : jugement confirmé en appel. Voir le texte et le détail ici 

La presse française l’avait annoncé, la presse belge l’a fait. Le droit des titres de presse à refuser de figurer dans Google News a été reconnu par la justice belge qui a condamné Google à retirer les articles de la presse belge de son index. A lire l’éditorial du Monde aujourd’hui "Apprivoiser Google" je mesure avec soulagement la distance qui sépare l’état d’esprit de la presse française à peine deux ans après avoir elle-même menacé Google (J’ai déjà raconté l’origine de l’épisode AFP sur le même sujet). A défaut de confiance la majorité des acteurs français agissent avec prudence.

Le temps est venu, je crois, de dire les choses clairement. Même s’il faut attendre le résultat de l’appel de Google auprès de la justice belge il n’y a jamais eu de doute que la position des éditeurs était juridiquement fondée. Je ne réexpliquerait pas par lassitude le méli-mélo de la législation sur les droits d’auteurs à l’origine de l’effet domino qui oblige nécessairement éditeurs et sociétés de droits d’auteurs à défendre ainsi leurs intérêts. Je ne souhaite pas non plus suivre le cirque de ceux qui répètent à envie que les éditeurs n’ont rien compris, que le monde est désormais "no evil". Les petits malins du Web 2.0 ont truffé leurs pages de copyright et leurs CGV s’arrogent les droits d’exploitation des contenus des internautes. Il est temps d’arréter les singeries et de poser la balle au centre.

Des infomédiaires fragiles
Si Google News tombe, d’autres suivront, avec en première ligne la tripotée des Digg-like, les agrégateurs RSS et tous ceux qui s’instaurent intermédiaires de facto et tentent d’exploiter à leur compte, même modestement, même si leur action est "utile" aux éditeurs, ce statut d’infomédiaire sans l’accord des producteurs de contenus. La décision de justice belge nous rappelle simplement une chose: l’édifice est fragile. Ce que la raison ne doit pas ignorer: faut-il provoquer le suicide collectif au nom d’un droit légitime?

On le sait, la presse est malmenée et il est tentant de faire valoir ces droits pour freiner un mouvement inéluctable. Certains y ont un intérêt personnel direct, d’autres y chercheront un sursis. Ce sont des motivations puissantes qu’il ne faut pas sous-estimer. C’est aussi de toute évidence un efroyable calcul de court terme, le sursaut d’une industrie sans horizon, de capitaines sans ambitions ni vision. Oui il faut composer avec Google et apprivoiser le monstre. L’enjeu, c’est la reconstruction de la chaîne de valeur, l’apprentissage d’un nouveau mode de distribution.

L’impasse
Par delà la question des hommes il faudra bien reconsidérer une législation des droits d’auteur qui conduit à l’impasse. De l’autre côté il faudra bien apprendre à respecter le droit "de l’auteur", du producteur et abandonner le mirage d’un infomédiaire déresponsabilisé. Tous les hébergeurs, agrégateurs en tout genre et autres moteurs de recherche qui se réfugient hypocritement derrière la technologie pour s’affranchir de leurs responsabilités devront comprendre qu’ils sont eux aussi dans l’impasse. Leur modèle est basé un jour ou l’autre par l’exploitation directe ou indirecte de ces contenus. A l’instant où ils sortiront du bois, ils seront attendus. C’est une des leçons de ce jugement.

En vérité il n’y a pas d’autres solutions que de composer. Google est notre distributeur, d’autres viendront. Notre industrie a tout intérêt à laisser libre court à l’innovation car elle ne peut à elle seule supporter le poids économique de son réseau de distribution. c’est aussi ça la leçon de la crise de la presse. Il est en revanche légitime de contester le partage de la valeur. Légitime de revendiquer un équilibre de l’échange. Pour cela on ne peut concevoir l’existence d’infomédiaires autoproclamés qui s’affranchiraient d’une contractualisation des échanges.

Bizarrement la décision belge ne m’inquiète pas. Elle est tardive, presque anachronique, la tendance est plutôt aux accords. YouTube sait que sa survie ne passera que par des accords avec les producteurs de contenus, Yahoo aussi, Google suivra, c’est notre intérêt à tous. De notre côté il faudra bien redéfinir les vraies priorités: reconquérir le coeur des lecteurs et ne s’imposer que par la force de la légitimité.

MAJ 1 : l’article de Libé ce matin qui montre les nuances entre la position belge et française

MAJ 2: le saviez-vous, la PQR (Presse quotidienne régionale) française a également obtenu de Google de ne pas figurer dans son index. Une transaction réalisée discrètement avant de mener une procédure judiciaire. J’avoue que ça m’avait échappé.  

MAJ 3: précision, selon Copiepresse qui regroupe les éditeurs belges l’objectif "n’est pas de faire retirer nos articles, mais que nos contenus soient rétribués". Ce qui me parait en effet plus cohérent.

Pourquoi se doter de la plus formidable machine à espionner l’internaute si on ne l’utilise pas? Après Yahoo c’est au tour de google de s’interesser au ciblage comportemental. Selon le site spécialisé ClickZ Google expérimente actuellement une nouvelle façon de cibler ses Adwords basée sur l’analyse des goûts et centres d’intérêts de l’internaute. "Nous cherchons de nouvelles façon de promouvoir nos publicités en haut des pages de recherche" a expliqué Michael Mayzel, le porte parole de Google. En clair comme pour Yahoo l’objectif est de développer une nouvelle forme de ciblage basé non plus sur le contexte éditorial mais sur l’analyse du profil et des actions de l’internautes.

Une innovation qui a mon avis compte beaucoup dans l’intérêt des portails pour les services à la "Web 2.0" qui incitent l’utilisateur à en dire toujours plus sur lui-même. Toutefois selon la description de ClickZ il semble que dans le cas de Google le procédé soit encore peu sophistiqué mais tout simplement basé sur l’historique des clics de l’internautes et sa réactivité aux annonces commerciales. Une optimisation du placement des pubs plutôt qu’une véritable analyse des mouvements de l’internaute sur le réseau. A suivre…

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