J’étais à peine moins réveillé que mon camarade Joël . Invité par le La-blog, une sorte de zone expérimentale et de veille technologique de l’agence BETC (Euro RSCG), j’ai répondu à quelques questions devant une webcam. Une règle importante en matière de video sur Internet c’est de faire court et de soigner le montage. Donc j’ai fait long et il n’y a pas de montage. Rien que pour ça, j’ai apprécié…

Ca donne près de trois quarts d’heure de discussions découpées en plusieurs séquences. C’est le concept du La-blog qui publie ensuite chaque jour un épisode. Conformément aux préceptes du Web 2.0 j’assure donc ma propre distribution … Ca donne quatre séquences grosso modo sur les thèmes suivants: techno et presse en ligne, le Web 2.0 et la bulle, pourquoi je blogue, la conf Le Web 3 et la polémique.

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(J’ai aussi dit ce que je pensais de l’étude Ipsos sur les blogs mais visiblement ca n’a pas été retenu, c’est balot…)

> Toutes les videos du La-blog sur Dailymotion
Au passage à voir aussi le blog insolite produit par l’équipe du La-blog.

Rendons hommage à Techcrunch.com, même s’il m’arrive d’être irrité par certains de ses billets il arrive souvent qu’ils suscitent des discussions et des échanges dont la qualité dépasse la polémique. S’il vous faut lire un dernier billet avant Noël ce sera celui-ci, consacré à l’acquisition manquée de Facebook par Yahoo!. Remarqué via une note très pertinente de Media 2.0 cet article publie un document étonnant, le coeur du business plan de Yahoo en prévision du rachat de Facebook. Une feuille excel qui révèle la possible justification d’un deal à 1,6 milliards de dollars. Deal manqué pour le moment, mais qui révèle l’ampleur de l’enflure qui accompagne les projections de croissance de la bulle 2.0.

yahoofraternity.jpgEn clair comment établir un plan de ROI à partir des revenus publicitaires sur une plateforme communautaire à la Myspace quand l’étiquette qui pendouille affiche 1,6 milliards? C’est finalement assez simple: on projette d’enregistrer 60% de la population estudiantine (Facebook, comme Myspace cible les étudiants et les jeunes adultes) d’ici 2010 à 2015, on affirme que 92% de ces nouveaux utilisateurs seront "actifs" et cracheront près de 1000 pages vues. On triture et on obtient plus de 270 milliards de pages vues (oui!) et on fait passer le CPM moyen de 0,25 $ en 2005 à plus de 5 $ en 2015. 

Comme le note Julien sur Media 2.0 cela equivaut au passage à attribuer un CPM de media d’information à un site communautaire dont on découvre qu’il n’a jamais dépassé les 0,5 $ de CPM jusqu’à présent. Tout ça sans bien sûr ne jamais faiblir face à la concurrence. Bref nous sommes au coeur de la question de la bulle 2.0 qui n’est plus une question de bourse mais de valorisation du visiteur unique. Le tout nourrit par des prévisions de croissance stratosphériques sur 10 ans. Même Gartner n’ose plus

Maintenant lisez les commentaires très argumentés, pour la plupart attérés par de telles projections sans oublier celui de cet annonceur de Myspace de Facebook qui témoigne des performances désastreuses de la publicité sur ces sites de réseaux sociaux. Comment dans ces conditions prétendre séduire le gratin des annonceurs et espérer un CPM multiplié par 10 dans un écosystème qui génèrera une infinité de concurrents. C’est bien la question qu’on se pose… 

> L’article de Techcrunch

une_e-paper_small.gifCertains en ont entendu parler au cours des derniers mois. Le quotidien Les Echos (où j’officie) est en passe de proposer un des premiers journaux électroniques au format "e-paper" au monde. Ce sera une réalité d’ici quelques mois… Pour ceux que ça intéresse nous ouvrons la phase de préinscription qui permettra d’informer des prochaines évolutions, d’annoncer la disponibilité du joujou et de le proposer en avant-première. Je ne peux pas en dire beaucoup plus, confidentialité oblige, ce n’est pas un béta test mais une chose est sûre les lecteurs e-paper seront disponibles en quantité limitée, en exclusivité pour Les Echos. (Attention la photo ci-jointe n’est pas contractuelle comme on dit…)

Pour s’inscrire (sans engagement): c’est ici  

Pour être complet le format e-paper dont il est question ici est en fait le "digital paper" c’est à dire une forme d’édition numérique évoluée à consulter sur un lecteur de poche proche du PDA, le e-paper ultime ou "electronic paper" (qui se présente sous la forme d’une feuille plastifiée numérique) fait aussi l’objet d’expérimentation par Les Echos mais sa mise en circulation nécessite encore quelques années de mise au point. On y reviendra.

> Lire aussi les articles sur le projet e-paper des Echos

> Un très bon blog en français de Bruno Rives sur le papier électronique

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Club de réflexion ou "think tank", l’association En Temps Réel vient de publier un cahier sur le thème "Presse et internet – Une chance, un défi: enjeux économiques, enjeux démocratiques" (A télécharger ici). Rédigée par Antoine de Tarlé, Directeur Général Adjoint de Ouest-France et patron des activités multimedia du groupe, cette analyse a l’immense mérite d’aborder la question de l’organisation et du modèle économique des groupes de presse. Les patrons de presse français s’expriment trop rarement sur le sujet pour qu’on ne prête attention à ce document. Danielle Attias m’a d’ailleurs devancé dans le décryptage de ce document (bon sang tu n’étais pas sensée finir ta thèse ?) .

Le propos d’Antoine de Tarlé est somme toute assez logique: en finir avec la mise en concurrence des supports et bâtir les fondations de nouveaux groupe smultimédia, ce qu’il appelle des "agences multi supports". Evidemment pour celà il faut commencer par tuer le père:  

"Les dirigeants des entreprises de presse ont tendance encore maintenant, à n’y voir qu’un prolongement du journal, une concession faite à un public qui ne fait pas son devoir en s’informant en priorité par le papier mais dont on espère qu’il y reviendra, l’âge aidant, en faisant amende honorable. "

Parce que la logique des supports ne peut se réduire à la republication des contenus de l’un à l’autre mais qu’elle reflète aussi des audiences et une pyramide des âges différentes, l’organisation des nouveaux groupes doit  gagner en souplesse:

"Les directions des entreprises de presse doivent donc s’adapter à une réalité nouvelle qui transforme progressivement leurs publications en agences de communication multi supports. " 

La stratégie payant/gratuit doit également gagner en souplesse rien ne justifiant à ces yeux la gratuité totale des contenus. Il prend sur ce point en exemple Ouest France  et Les Echos (merci…) pour le choix de la mixité des modèles. Côté revenus publicitaires il pointe très justement la guerre pour le contrôle de la publicité locale, la prochaine bataille du net, ce qui place le contenu local au coeur de la stratégie. Je partage cet avis l’information nationale et internationale ayant tendance à se dévaloriser sur internet par la multiplicité des sources (Jeff Mignon se penche justement sur le sujet). Je crois d’ailleurs qu’un des succès des Echos où j’officie provient de la capacité à offrir un maillage géographique et sectorielle du territoire.

"Aux Etats-Unis et dans la plupart des pays européens, notamment la France, l’Allemagne et les pays scandinaves, les journaux tirent la majorité de leurs ressources publicitaires des marchés locaux. [...] En 2005, les journaux ne représentaient plus que 41% des recettes de publicité locale sur Internet contre déjà 25% pour ce qu’on appelle les « pure players », c’est-à-dire les entreprises qui ne sont présentes que sur le Web. "

Enfin Antoine de Tarlé emploie des mots qu’on aimerait lire depuis longtemps et brise ce qui me paraît le dernier tabou: le journal doit devenir l’excroissance du web.  

"Pour tenir compte de la demande du public, on inverse ainsi l’ordre des priorités, le journal, pour se sauver économiquement, devient l’auxiliaire d’Internet. Une évolution inimaginable il y a seulement cinq ans mais qui apparaît inéluctable aujourd’hui."

A chaque support son modèle économique, la gratuité peut accompagner le payant, le stock et l’archive peut côtoyer le flux. L’affaire des groupes est au fond une affaire d’orchestration: 

"Encore faut-il, pour qu’elle puisse peser, qu’elle survive : c’est l’enjeu de la transformation de son modèle économique, non pour abandonner purement et simplement le papier ou faire le choix de la seule gratuité, mais pour trouver un nouveau modèle reposant sur l’articulation de plusieurs supports ayant chacun son économie propre, et pouvant, ensemble, financer une rédaction dont la mission restera de collecter, vérifier et mettre en forme l’information. "

Un seul regret dans cette analyse: la place de l’interactivité et du contenu des utilisateurs (le sujet à la mode) qui reste à mon avis trop facilement réduite aux commentaires sur l’actualité et l’expression libre dont la nécessaire excroissance chaotique nourrit les frayeurs des rédactions. Je crois chaque jour un peu plus qu’il y a un malentendu sur l’application des préceptes du Web 2.0 aux sites de presse. On croit par erreur que toute la pression de l’interactivité doit nécessairement porter sur l’information, les articles  d’actualité.  Je ne crois pas que l’enjeu se résume à celà, au contraire on fait porter le risque de la dispersion sur le coeur du métier d’informer alors que l’enjeu se situe plus généralement dans la capacité d’associer le lecteur au media, de permettre à l’audience d’interagir non avec les seuls journalistes mais surtout en son sein. Les lecteurs entre eux, avec les journalistes. Sur ce plan de nombreuses pistes restent à explorer par exemple en matière d’actualité culturelle, de services, de réseaux sociaux autour du media. Sans parler bien sûr de l’interaction du media avec son ecosystème, hors du périmètre de son site.

> "Presse et internet – Une chance, un défi: enjeux économiques, enjeux démocratiques" (A télécharger ici)

Les choses s’accélèrent sur le front de la mesure d’audience. Je parlais il a quelques jours de la chasse au "site under" (ou "pop under") par Mediamétrie. C’est au tour des USA de se lancer dans le grand nettoyage. Selon cet article du New York Times plusieurs sites auraient été repérés comme abusant de cette pratique consistant à lancer automatiquement l’affichage de certaines de leurs pages à partir d’autres sites. Ce qui génère bien évidemment des pages vues mais aussi attribue des parts de marchés fictives sur Nielsen Netratings. Cette fois on donne des chiffres et ça fait très mal:

> Entrepreneur.com est passé ainsi de 7,6 M de visiteurs uniques à 2 M
> Forbes.com lui même a utilisé en 2005 les services d’un réseau de Adware, eXact Advertising (logiciel malicieux qui se niche sur le PC et lance des pages de pubs intempestives), pour son service ForbesAutos.com. Un service dont le trafic avait déjà attiré les soupçons de certains analystes.
> Le site d’hotellerie de luxe Concierge.com a également utilisé les services d’un Adware pour afficher ses pages, une pratique interdite car les Adware sont installés sans l’accord de l’utilisateur du PC
> Heavy.com, un concurrent de Youtube, aurait perdu 35% de trafic sous Nielsen Netratings dès l’abandon de ses pop ups

Evidemment pas besoin de rappeler que tout ceci ne peut se faire qu’avec la complicité de certains réseaux d’Adware ou de régies publicitaires peu scrupuleuses. Une réalité qui vaut aussi pour la France …

Au passage je me demande quand un média français s’interessera à cet aspect un peu nauséabond des pratiques d’une certaine industrie. Trop d’ondes négatives probablement, et des rédactions en chef incapables de juger de la pertinence de ces sujets…

Le Web 3: too much

décembre 12, 2006

De toute évidence la conférence Le Web 3 a fini aujourd’hui dans une magistrale eau de boudin. Pas besoin d’en rajouter mais inviter Bayrou et Sarkozy et l’imposer en lieu et place du programme à des blogueurs ayant payé leur place et leur déplacement n’était pas une bonne idée, mais alors pas du tout. Du coup la couverture éditoriale a atteint des sommets: lire les réactions des gentils américains ici, et la résultante une lettre ouverte d’une rare violence

Dommage la journée avait commencé par un moment d’émotion et de respect assez remarquable, offert par Shimon Perez. En vieux monsieur fatigué il est venu, au crépuscule de sa vie, partager un testament auprès d’un public jeune: "la tâche des hommes n’est plus de se souvenir mais d’imaginer et de découvrir" (quelques autres citations chez Jean-François Ruiz).  Une video de l’intervention ici (Fichier Wmv à télécharger, 200Mo). J’ai peur que la prestation de  foire des politiques français n’ait pas vraiment été à la hauteur du message.

Par curiosité je voulais aussi assister à la conférence "is old media dead?", un peu aussi par masochisme histoire de prendre le pouls en matière de media participatif. Malgré un titre provocateur Pierre Chappaz (Wikio) et Gilles Babinet (Eyeka) ont largement tempéré le débat en insistant sur la nécessaire réforme des medias à défaut de leur enterrement. J’ai particulièrement apprécié les remarques de Gilles Babinet très lucide sur la fragilité du modèle publicitaire et de l’incapacité du Web 2.0 à absorber la croissance trop faible des budgets publicitaires. En clair un krach est à prévoir et il faudra plus que de l’audience pour s’en sortir: gare à ceux qui ne diversifieront pas leurs revenus ou dépendront trop du modèle gratuit.

A côté, les arguments d’un Oleg Tscheitzoff pour Citizenbay frisaient l’indigence, un copier collé hasardeux d’un discours web 2.0 où le citoyen se transforme en producteur docile d’infos locales, avec des contenus de qualité coulant comme le miel. C’est là que j’ai réalisé que le discours sur le citoyen journaliste venait de prendre un coup de vieux tandis que les plus malins commencent à tourner casaque. Le coup de massue vint peu après à ma grande surprise. Le modérateur de la conférence a entrepris de faire voter la salle sur cette simple question:

- "pensez-vous que d’ici quelques années les projets des différents membres du panel (les medias collaboratifs de Wikio à Citizenbay) resteront indépendants cad autonome et rentables (je cite de mémoire)"? Et là, chose étonnante, pratiquement aucun bras ne se lève dans la salle.

Le modérateur continue …

- "Pensez-vous qu’ils seront achetés par exemple par des grands groupes de médias [traditionnels]"? Et là, les trois quarts des mains se dressent tout à coup! Dans cette salle composée à 95% du gratin de l’internet, entrepreneurs et blogueurs réunis, la fine fleur du web 2.0!

Quelques instants de malaise devant ce constat simple et effrayant: aucun de ces acteurs du web 2.0 ne croit un instant à la capacité des médias dits participatifs de survivre de façon autonome …

MAJ 13/12/06: il semble que j’ai raté une conférence de très bonne tenue sur la distribution de la video. Heureusement Television 2.0 rattrappe le coup avec la rediffusion de la séance.

Ce matin ouverture attendue de la conférence  Le Web 3. Impressionnant avec près 1000 personnes dont près de la moitié de provenance internationale. Accueil très pro malgré les petits ratés du Wifi le matin vite oubliés (j’avais un calepin hehe…) et une organisation qui favorise le réseautage. Normal c’est le vrai intérêt de ces grands messes. Chapeau quand même de parvenir à faire salle pleine avec un public qui paye plein pot alors que les conférences sont retransmises en direct sur le web . Une grande leçon pour les organisateurs d’événement.

Frustrant en revanche l’enchaînement des conférences de 20 minutes chacune surtout quand les intervenants n’ont pas grand chose à dire, c’est le cas des institutionnels et en particulier de Google, représenté par sa directrice marketing Europe, qui a expédié sa prez ppt façon "ouvre-ton-gosier-que-j’y-fourre-mon-maïs-transgénique". Bien aimé la réaction de Dominique Vidal, MD Europe de Yahoo, qui a répliqué un peu vertement à un VC allemand de la salle qui ironisait sur la situation de Yahoo. En gros il a demandé si les VC était là pour investir sérieusement ou simplement pour parier au grand casino du Web 2.0. Façon de rappeler que si Yahoo a un peu de mal en ce moment en bourse c’est aussi parce qu’il est à peu près le seul à chercher vraiment à monétiser le contenu communautaire (je me trompe peut être mais c’est comme ça que j’ai compris sa réaction). Bien aimé aussi sa franchise sur le contenu utilisateur: "I don’t care content is crap as long as part of the content is good quality" (Je me fous que le contenu soit merdique du moment du moment qu’il y en ait un peu bonne qualité").

Grand moment tout de même avec la présentation presque hors sujet de Hans Rosling, suédois spécialiste international des questions de santé, sur les tendances du développement humain (voir sa prez spectaculaire ici). En gros le tiers monde n’existe presque plus et l’asie a rattrapé sur de nombreux points les pays de l’OCDE. Je dis hors sujet mais en réalité c’est une approche assez passionnante et originale pour expliquer certains aspects de la mondialisation et une façon de dire qu’une partie beaucoup plus large de la population mondiale qu’on pourrait imaginer est mûre pour l’économie de l’internet. Message reçu même si ça mérite certainement quelques critiques.

On passe rapidement sur la conférence sur la bulle 2.0: les VC s’accordent à ne pas voir de bulle, normal ils sont dedans… J’exagère un peu, tout a déja été dit et pour faire court chacun s’accorde à minimiser l’impact boursier (à juste titre) tout en prédisant la mort de la plupart des acteurs du web 2.0. On regrettera simplement que personne ne s’attarde à expliquer pourquoi et encore moins à s’attarder sur les modèles économiques. De façon générale c’est bien le problème, plus personne ne s’attarde vraiment à expliquer quoi que ce soit. Fallait suivre…

Je passe sur l’étude Ipsos qu’on nous a resservi avec un culot incroyable sans la moindre précaution oratoire. C’est bien la peine d’avoir relévé certaines approximations grossières, là encore circulez y’a rien à voir (ce qui prouve ne passant que la critique via les blogs ne pèse pas lourd).

Je n’ai pu suivre les débat de fin d’apres midi mais visiblement il y a eu de bonnes choses en particulier Bernard Liautaud (Business Object) qui estime qu’il faut donner la priorité à la monétisation du Web 2.0 ("Commencez par embaucher un commercial"), ce qui n’est pas vraiment la tendance du moment plus tournée vers la spéculation. Enfin l’excellent Yossi Vardi (le fondateur d’ICQ) qui trouve le concept de "blog" désormais réducteur et souhaite une approche plus fine de la segmentation des nouveaux medias. J’applaudis des deux mains …

Voilà pour aujourd’hui. Pour suivre les débats: 
Le Web 3 sur Technorati (meilleur que l’année dernière) 
> Le blog d’Adam Tinworth (sans langue de bois, vive les anglais!)
> L’analyse de Shane Richmond du Telegraph.co.uk (sans langue de bois, vive les anglais!  bis)
> Ambiance vue par Laurent Dupin sur ZDNet.fr

Et bien sur les videos sur VPod.tv (très bon boulot, bien meilleur que l’année dernière)

(NOTE: j’ai perdu mon téléphone NOKIA N80 durant les conférences du matin, si quelqu’un l’a trouvé il gagne ma reconnaissance éternelle!)

Je sais ce titre est moche mais il faut bien se tenir au courant des évolutions de la petite cuisine de la mesure d’audience. Donc ABC Electronic, l’équivalent anglais de l’OJD français, est l’organisme chargé de certifier l’audience des sites web anglais. Jusqu’à présent en UK la certification de la mesure était centrée en priorité  sur les pages vues ou "impressions" désormais les visiteurs uniques seront le standard afin de pouvoir donner une indication de parts de marché et se comparer à la mesure traditionnelle de diffusion presse.

Certes la mesure de pages vues avait du plomb dans l’aile à force de d’abus du "refresh" des pages et des divers tripatouillages des uns et des autres (à ce propos les procès verbaux de l’OJD en France mentionnent depuis quelques mois la pratique du refresh sur le site audité). La certification par le visiteur unique n’est cependant acceptable que si elle s’accompagne de mesures de contrôle pour filtrer certains abus comme le "site under" (appel automatique d’une page web à partir d’un autre site).

Le "site under" fait d’ailleurs l’objet depuis quelques semaines en France d’une chasse impitoyable de la part de Médiamétrie qui a décidé via son comité d’autorégulation de se lancer dans la grande lessive. Le "site under" connaît en effet une grande popularité dans notre beau pays, certains petits malins s’étant aperçus qu’il permettait de s’approprier mécaniquement les visiteurs uniques du site support et de fausser les mesures du panel Nielsen Netratings (opéré par Mediamétrie). Certains réseaux de sites empilaient ainsi leurs sites pour s’octroyer des parts de marché fictives. Oui je sais c’est moche mais ça fait de beaux communiqués de presse …

Premiers touchés, un bon nombre de sites marchands qui affichent ainsi plusieurs millions de "clients" au compteur. Pour être honnête il faut préciser que beaucoup le faisaient aussi en parfaite méconnaissance de cause. Désormais même si la pratique n’a rien d’illégale, les sites sont invités à marquer leur page avec la mention "site under" afin de permettre aux instruments de mesure de les exclure des calculs. Il faut sur ce point saluer la démarche de transparence de Mediamétrie qui s’attache à fiabiliser les données du marché. En toute logique l’OJD devrait suivre dans les prochaines semaines afin que la pratique des "site under" ne fausse pas non plus la mesure des visites ou des visiteurs (disclaimer: je participe aux travaux de l’OJD et de Médiamétrie sur ces sujets).

Pour revenir au débat sur les visiteurs uniques, l’OJD va se démarquer de ses collègues anglais en proposant d’ici janvier une mesure hebdomadaire des visiteurs uniques afin de minimiser l’impact de l’effacement des cookies (sur un mois la proportion de cookies effacés augmente dangereusement et conduit à une surestimation des visiteurs uniques). Bon je sais tout ça est très compliqué mais ce que je retiens de tout ça c’est qu’il y a désormais un consensus chez les acteurs de l’industrie (agences, media planneurs, éditeurs, mesureurs, annonceurs) pour produire des données fiables et des instruments de mesure crédibles. Qu’on se le dise…

Voir aussi mes précédents billets:
>  La certification des mesures d’audience exigée par les annonceurs américains
> Spyware, cookies et mesure d’audience – Acte 1
> Comscore admet surestimer les pages vues jusqu’à 300%  (et la réponse du PDG)

Visiblement Terry Semel donne le signal de la réorganisation et c’est le COO Dan Rosensweig  qui en fait les frais contre toute attente et le patron de la division Media Lloyd Braun. C’est la réponse musclée à la tentative de putsh initiée par la publication d’un mémo interne critiquant vertement la stratégie des derniers mois.

> Le billet de Terry Semel qui décrit sa nouvelle stratégie "Audience, annonceurs et éditeurs, innovation (technologie)"
> Lire le billet de Techcrunch
> Sur Marketwatch qui mentionne la possible montée en puissance de Vince Broady. Vince, ex de CNET Networks comme Rosensweig, a été l’artisan du renouveau du site de jeux Gamespot.com et l’architecte de la stratégie communautaire de CNET.
> Le communiqué de Yahoo
> Description des changements sur Paidcontent.org
> L’analyse du New York Times qui met l’accent sur l’ascension de Susan Decker CFO de Yahoo

A voir chez Télévision 2.0 de Laurent Esposito  le compte rendu de la journée du Forum des Opérateurs qui a rassemblé les dirigeants de M6, TF1 et Lagardère Active. J’aime tout particulièrement l’entretien en video avec Yves Goblet, Directeur général adjoint Stratégie & Nouveaux Médias chez TF1. Un regard intéressant, dépassionné et prudent sur le Web 2.0 et le phénomène de partage des vidéos. 

Je retiens qu’il minimise l’impact du web sur la télévision: "pas de cannibalisation de la télévision par les nouveaux usages". La théorie de la consommation simultanée de plusieurs médias par les jeunes n’est pas nouvelle mais personnellement je resterais prudent car si l’ordinateur est allumé près de l’écran de télévision, l’attention elle ne se partage pas, je le crains.

"Difficile d’amener des contenus suffisamment intéressants en VOD gratuite pour créer un usage et un temps d’écoute suffisant. On fabrique des visiteurs uniques mais ils restent tellement peu de temps, quelques minutes, qu’on se demande si ça a beaucoup de sens. Il faut un vrai usage pour faire de la VOD…"

 yves-goblet-tf1.gif

(Note: toujours pas possible d’intégrer des vidéos de Dailymotion sur la plate-forme WordPress.com…)

RSS: Yahoo ne partage plus?

décembre 4, 2006

Bizarre, bizarre, certains des nouveaux sites éditoriaux lancés aux USA par Yahoo ne proposent aucun flux RSS. Alors que l’absence de flux RSS sur un site éditorial est devenue la marque de la plus absolue ringardise voilà que Yahoo crée la surprise en laissant de côté le Saint Graal du partage 2.0 sur ses trois derniers sites Yahoo! Food, Yahoo! Advertising et Yahoo! TV (j’ai vérifié partout, pas de RSS). 

Il n’en fallait pas plus pour lancer la polémique: Steve Rubel y voit la marque d’une stratégie média préhistorique où le RSS minimise les pages vues, réduit le temps de lecture et pousse à l’atrophie des sites éditoriaux.  Au passage je n’ose imaginer les réactions si un responsable de site de presse avait avancé ce type d’argument… Les canadiens du Blogue Marketing Interactif enfoncent le clou en y voyant un moyen d’optimiser les revenus publicitaires.

J’avoue qu’il est assez difficile de croire qu’il puisse s’agir d’un oubli. Techniquement les arguments de Steve Rubel sont tout à fait pertinents: le RSS est un moyen efficace de capter un lectorat mais il génère proportionnellement moins de pages vues par visite, laquelle dure moins longtemps que celle d’un visiteur en provenance d’un moteur et d’une lecture spontanée. En clair il favorise le zapping.

Au risque de me tromper je suis tenté de proposer une autre interprétation. Je pense aussi que l’objectif final est de maximiser l’impact publicitaire et l’approche média traditionnelle mais je ne crois pas que celà puisse se résumer à un compte d’apothicaire sur les pages vues. Le RSS a bien des effets collatéraux négatifs sur le trafic mais la démarche consistant à sélectionner un flux s’apparente à une souscription c’est à dire ue forme d’abonnement qui témoigne aussi d’un lien fort avec le média. En ce sens on peut le concevoir comme la marque d’un lien fort avec ce même média.

En revanche la prolifération des flux RSS a une conséquence qu’on peut juger plus discutable: elle favorise l’émergence d’une nuée d’infomédiaires parasites qui développent des services (agrégateurs, blogs verticaux, revue de presse) voire même de nouveaux sites éditoriaux. Sous prétexte d’offrir un service et de la visibilité ils n’en captent pas moins une petite fraction du marché publicitaire sans supporter le coût de production des contenus. On pense ce que l’on veut de ce débat ancien mais j’utilise volontairement le terme "parasite" non pour les stigmatiser mais pour désigner une forme d’exploitation dérivée des contenus rarement avec l’accord des éditeurs (ce qui ne veut pas dire qu’ils s’en plaignent, les blogs par exemple se satisfont généralement de cette visibilité gratuite). Reste que quand les sites en question produisent des contenus de "niche" il n’est pas forcément pertinent de nourrir sa propre concurrence, a fortiori quand on s’appelle Yahoo et que l’on dispose déjà d’un réservoir d’audience.

Pour cette raison je pense que Yahoo tente de construire des sites de destination, une petite révolution quand on s’est longtemps défini comme un service de passage (où l’on assume que le lecteur vient pour trouver des contenus et basculer in fine sur un autre site). J’imagine sans peine que cette stratégie de sites de destination vise à créer des zones à CPM élevés en concurrence directe avec les sites d’éditeurs traditionnels. Logique car, comme je le rappelais en août dernier, Yahoo est dirigé par des hommes issus de l’industrie des medias qui visent la manne du CPM, non les revenus à la performance trustés par Google.

Un petit pas de plus pour la stratégie média de Yahoo…  

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