RSS: Yahoo ne partage plus?

décembre 4, 2006

Bizarre, bizarre, certains des nouveaux sites éditoriaux lancés aux USA par Yahoo ne proposent aucun flux RSS. Alors que l’absence de flux RSS sur un site éditorial est devenue la marque de la plus absolue ringardise voilà que Yahoo crée la surprise en laissant de côté le Saint Graal du partage 2.0 sur ses trois derniers sites Yahoo! Food, Yahoo! Advertising et Yahoo! TV (j’ai vérifié partout, pas de RSS). 

Il n’en fallait pas plus pour lancer la polémique: Steve Rubel y voit la marque d’une stratégie média préhistorique où le RSS minimise les pages vues, réduit le temps de lecture et pousse à l’atrophie des sites éditoriaux.  Au passage je n’ose imaginer les réactions si un responsable de site de presse avait avancé ce type d’argument… Les canadiens du Blogue Marketing Interactif enfoncent le clou en y voyant un moyen d’optimiser les revenus publicitaires.

J’avoue qu’il est assez difficile de croire qu’il puisse s’agir d’un oubli. Techniquement les arguments de Steve Rubel sont tout à fait pertinents: le RSS est un moyen efficace de capter un lectorat mais il génère proportionnellement moins de pages vues par visite, laquelle dure moins longtemps que celle d’un visiteur en provenance d’un moteur et d’une lecture spontanée. En clair il favorise le zapping.

Au risque de me tromper je suis tenté de proposer une autre interprétation. Je pense aussi que l’objectif final est de maximiser l’impact publicitaire et l’approche média traditionnelle mais je ne crois pas que celà puisse se résumer à un compte d’apothicaire sur les pages vues. Le RSS a bien des effets collatéraux négatifs sur le trafic mais la démarche consistant à sélectionner un flux s’apparente à une souscription c’est à dire ue forme d’abonnement qui témoigne aussi d’un lien fort avec le média. En ce sens on peut le concevoir comme la marque d’un lien fort avec ce même média.

En revanche la prolifération des flux RSS a une conséquence qu’on peut juger plus discutable: elle favorise l’émergence d’une nuée d’infomédiaires parasites qui développent des services (agrégateurs, blogs verticaux, revue de presse) voire même de nouveaux sites éditoriaux. Sous prétexte d’offrir un service et de la visibilité ils n’en captent pas moins une petite fraction du marché publicitaire sans supporter le coût de production des contenus. On pense ce que l’on veut de ce débat ancien mais j’utilise volontairement le terme "parasite" non pour les stigmatiser mais pour désigner une forme d’exploitation dérivée des contenus rarement avec l’accord des éditeurs (ce qui ne veut pas dire qu’ils s’en plaignent, les blogs par exemple se satisfont généralement de cette visibilité gratuite). Reste que quand les sites en question produisent des contenus de "niche" il n’est pas forcément pertinent de nourrir sa propre concurrence, a fortiori quand on s’appelle Yahoo et que l’on dispose déjà d’un réservoir d’audience.

Pour cette raison je pense que Yahoo tente de construire des sites de destination, une petite révolution quand on s’est longtemps défini comme un service de passage (où l’on assume que le lecteur vient pour trouver des contenus et basculer in fine sur un autre site). J’imagine sans peine que cette stratégie de sites de destination vise à créer des zones à CPM élevés en concurrence directe avec les sites d’éditeurs traditionnels. Logique car, comme je le rappelais en août dernier, Yahoo est dirigé par des hommes issus de l’industrie des medias qui visent la manne du CPM, non les revenus à la performance trustés par Google.

Un petit pas de plus pour la stratégie média de Yahoo…  

About these ads

6 Responses to “RSS: Yahoo ne partage plus?”

  1. Cédric Says:

    Bonjour Emmanuel,
    je rajouterais une hypothèse propre à Yahoo ou à tout autre portail de contenu dont la caractéristique première est l’aggrégation de contenu et non sa création (hors événements particulier)

    La plupart des contenus proposés sur les trois chaines dont tu parles est fourni par des éditeurs tiers, qui vendent leurs articles, photos et vidéos à Yahoo.
    Peut être Yahoo n’a-t-il plus les droits pour distribuer via RSS le contenu de ses partenaires ? C’est une supposition, mais je la trouve intéressante.

    En tout cas elle rejoint l’aspect parasite dont tu parles : en proposant des flux RSS, l’éventuel trafic généré le serait sur le flux de Yahoo, et non sur celui de ses partenaires.

    Enfin, si pour le moment les flux RSS ne sont que des fils d’information bien tristes graphiquement, ils vont bien être amenés un jour à être plus sexy… (et devenir comme des newsletters, btw). Là Yahoo reviendra sur le devant de la scène en proposant une "User Experience" du RSS.


  2. Bien vu Cedric, l’hypothèse est tout à fait pertinente et logique. Je n’y avais pas pensé pour une raison simple, depuis des années je représente des médias qui sont à des degrés divers des fournisseurs de contenus de Yahoo et j’ai toujours eu des contrats autorisant l’usage du RSS. Peut-être s’agit-il d’une nouvelle tendance imposée par les fournisseurs en effet.
    Si c’est bien ce scénario alors nos supputations s’effondrent, j’en suis presque deçu :-)

  3. Cédric Says:

    Ben tiens justement, vu que tu représentes un média, en l’occurence les Echos, comment est perçue l’utilisation du RSS chez vous ?


  4. Le lectorat des Echos utilise encore peu les RSS mais leur utilisation concurrence déjà en performance les newsletters. Une étude lecteur m’en dira plus dans les prochains jours mais d’apres ce que j’ai déja pu voir le taux de satisfaction es utilisateurs de RSS est au maximum…
    Le principal problème c’est qu’il faut encore "expliquer" le RSS aux lecteurs, mais j’ai un plan … :-)

    Côté rédaction je crois que l’utilisation ne s’est pas encore vraiment généralisée mais tout le monde a compris que le RSS faisait désormais parti de l’environnement des medias en ligne. N’oublions pas que les Echos ont été en pointe en ce qui concerne l’adoption du RSS, en particulier via le Geste et le logiciel AlerteInfos qui a été le signal de départ pour la généralisation du RSS sur une grande partie de la presse française.

    Phénomène intéressant je reçois depuis quelques semaines des demandes d’entreprise pour intégrer des flux RSS sur des intranets, preuve qu’on dépasse le cadre de l’utilisation privée.

  5. Cédric Says:

    Ta dernière phrase me fait plaisir tiens, parce qu’elle rejoint un post que je mets en ligne d’ici quelques heures chez moi (et oui, c’est complètement du teasing honteux :o)


  6. On va attendre un peu que ça se tasse chez Yahoo pour prendre le risque de l’interprétation. Les hommes de médias viennent de connaitre une forte mortalité ….
    La stratégie pourrait changer


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d bloggers like this: