Le Web 3: too much

décembre 12, 2006

De toute évidence la conférence Le Web 3 a fini aujourd’hui dans une magistrale eau de boudin. Pas besoin d’en rajouter mais inviter Bayrou et Sarkozy et l’imposer en lieu et place du programme à des blogueurs ayant payé leur place et leur déplacement n’était pas une bonne idée, mais alors pas du tout. Du coup la couverture éditoriale a atteint des sommets: lire les réactions des gentils américains ici, et la résultante une lettre ouverte d’une rare violence

Dommage la journée avait commencé par un moment d’émotion et de respect assez remarquable, offert par Shimon Perez. En vieux monsieur fatigué il est venu, au crépuscule de sa vie, partager un testament auprès d’un public jeune: « la tâche des hommes n’est plus de se souvenir mais d’imaginer et de découvrir » (quelques autres citations chez Jean-François Ruiz).  Une video de l’intervention ici (Fichier Wmv à télécharger, 200Mo). J’ai peur que la prestation de  foire des politiques français n’ait pas vraiment été à la hauteur du message.

Par curiosité je voulais aussi assister à la conférence « is old media dead? », un peu aussi par masochisme histoire de prendre le pouls en matière de media participatif. Malgré un titre provocateur Pierre Chappaz (Wikio) et Gilles Babinet (Eyeka) ont largement tempéré le débat en insistant sur la nécessaire réforme des medias à défaut de leur enterrement. J’ai particulièrement apprécié les remarques de Gilles Babinet très lucide sur la fragilité du modèle publicitaire et de l’incapacité du Web 2.0 à absorber la croissance trop faible des budgets publicitaires. En clair un krach est à prévoir et il faudra plus que de l’audience pour s’en sortir: gare à ceux qui ne diversifieront pas leurs revenus ou dépendront trop du modèle gratuit.

A côté, les arguments d’un Oleg Tscheitzoff pour Citizenbay frisaient l’indigence, un copier collé hasardeux d’un discours web 2.0 où le citoyen se transforme en producteur docile d’infos locales, avec des contenus de qualité coulant comme le miel. C’est là que j’ai réalisé que le discours sur le citoyen journaliste venait de prendre un coup de vieux tandis que les plus malins commencent à tourner casaque. Le coup de massue vint peu après à ma grande surprise. Le modérateur de la conférence a entrepris de faire voter la salle sur cette simple question:

- « pensez-vous que d’ici quelques années les projets des différents membres du panel (les medias collaboratifs de Wikio à Citizenbay) resteront indépendants cad autonome et rentables (je cite de mémoire) »? Et là, chose étonnante, pratiquement aucun bras ne se lève dans la salle.

Le modérateur continue …

- « Pensez-vous qu’ils seront achetés par exemple par des grands groupes de médias [traditionnels]« ? Et là, les trois quarts des mains se dressent tout à coup! Dans cette salle composée à 95% du gratin de l’internet, entrepreneurs et blogueurs réunis, la fine fleur du web 2.0!

Quelques instants de malaise devant ce constat simple et effrayant: aucun de ces acteurs du web 2.0 ne croit un instant à la capacité des médias dits participatifs de survivre de façon autonome …

MAJ 13/12/06: il semble que j’ai raté une conférence de très bonne tenue sur la distribution de la video. Heureusement Television 2.0 rattrappe le coup avec la rediffusion de la séance.

10 Responses to “Le Web 3: too much”

  1. Christophe Says:

    La conclusion ne serait-elle pas plutôt que l’objectif des acteurs – ou plutôt des entrepreneurs – du web 2.0 est de ramasser le pactole lors d’une revente à un géant du web ou à un puissant industriel ?

    Tout le monde a en tête YouTube, et peut-être à un moindre niveau LaFraise, plutôt en avance en terme de « site communautaire participatif ».


  2. C’est un peu la conclusion qui s’impose en effet. Ce n’est d’ailleurs pas criticable, c’est aussi le destin naturel d’une start up. Par contre on peut regreter que cela bride la réflexion sur les modeles economiques

  3. Benoit Darcy Says:

    Et si mes souvenis sont bons, le dit modérateur était Thomas Crampton journaliste à l’IHT. Vous avez dit old média traditionnel ? ;-)


  4. Oui Benoît c’était bien Thomas Crampton mais il est resté neutre tout au long du débat. Ce quy’on peut regréter c’est qu’il n’y ait pas eu de contradicteurs à ce débat (comme aux autres d’ailleurs). Mais je retiens surtout que les discours sont devenus beaucoup plus prudents qu’il y a un an sur ce sujet…


  5. [...] Enfin, je finirai sur cette conférence sur une dernière surprise de taille rapportée par ecosphere : Le modérateur de la conférence a entrepris de faire voter la salle sur cette simple question: [...]

  6. Laurent Says:

    Loic Le Meur est un réel imposteur : voir dans cet individu le pionnier du blog alors que beaucoup d’autres avaient commencé bien avant lui…Misérable


  7. Laurent, ce genre de commentaire ne me paraît pas constructif et, vu l’ambiance générale du moment, pas très pertinent. Je n’ai pas envie non plus que mon site devienne un repaire de Trolls…
    Si tu penses que LLM est surmédiatisé ce n’est pas à lui qu’il faut le reprocher mais aux medias. On a les medias qu’on mérite …


  8. Salut Emmanuel,
    Je déplore également ces interstitiels politiques dans une conférence sur le web 2.0. Un peu comme un popup intempestif qu’on ne peut pas fermer, à moins de rebooter la conférence :).
    Et aussi les sur-réactions de la blogosphère. Non pas qu’il ne faille pas commenter, mais simplement que ça met de côté l’essentiel de l’événement ; car ce genre de réunion, rare à mon goût, est l’occasion pour les acteurs de se rencontrer, de confronter les projets et les avis, bref une expérience IRL (In real Life) qui manque souvent dans cette profession qui vit en réseau.

    Revenant au sujet de mon commentaire : l’évolution des médias. Dans un contexte de crise de la presse papier, la presse participative en ligne me paraît encore avoir de très beaux jours devant elle.
    La prochaine étape des journaux collaboratifs sera nécessairement la qualité, car aujourd’hui opinions, conjectures et faits réels s’y mêlent. Pour ce que j’ai pu en entendre, quelques projets qualitatifs sont déjà dans les cartons, voire bien avancés.
    Bien que « pronétaire », je pense qu’il faudrait inventer un terme différent (on en parlait lundi) pour les journaux / journalistes participatifs, car leur démarche n’est pas entièrement conforme à la Charte de Munich (http://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_de_Munich).
    Et peut-être aussi un terme spécial pour les blogueurs journalistes ! :-D


  9. Bizarre, en ce moment tout le monde prend beaucoup de précautions pour commenter la conférence…

    Je pourrais te dire que collaboratif ou pas ce ne sera pas la première fois qu’un media d’information ne reconnaît pas la Charte de Munich.

    En tout cas je crains que qualité ou non les ultimes rebondissements des derniers jours montrent que l’autoproclamation de la transparence des blogs ne suffit pas pour préserver la liberté d’expression. Il faudra plus que ça, une démarche organisée autour d’une vraie ethique de l’information oui peut être, et une vraie organisation professionnelle surement.

    Oui il y a dans les cartons quelques projets qui vont inaugurer ce qui sera peut être la deuxième vague de sites collaboratifs. A suivre…


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