Ca vient de tomber et ça jette un froid : c’est inclu dans le projet de loi de finances, le gouvernement veut taxer les revenus issus de l’exploitation des videos en ligne. Lire le texte intégrale ici de l’article 34bis. Bien sûr en ligne de mire: Youtube/Google, Dailymotion et le reste de la famille des hébergeurs. La taxe est fixée à 2% des revenus.

Maj 19/12/07: je réagis avec retard pour signaler la fin de la polémique, le Sénat ayant mis fin au projet de taxe. Fin du feuilleton le plus court du web.

A suivre…

MAJ 12/12/07: dans un article de 20Minutes (bien joué Alice) Marie-Hélène Des Esgaulx une des députés à l’origine du texte affirme ne viser que la VOD et dédouaner les sites de partage comme Dailymotion. Hélas je crains que le texte ne s’interprète au delà de cette frontière. Elle annonce la réécriture de ce texte pour le restreindre à la commercialisation des videos. Comme personne ne croit à une erreur d’écriture il faut bien appeler ça une reculade…

(Note je ne suis pas au Web 3 aujourd’hui mais j’espère qu’on va y commenter cette nouvelle Loi "qu’on ne va pas nous envier à l’étranger")

NYTimes.com: décollage réussi

décembre 10, 2007

On dirait bien que je me suis planté sur les conséquences du passage à la gratuité du NYTimes. J’estimais l’impact modéré mais selon les données de Comscore publiées par Techcrunch la hausse semble très nette avec un gain de plus de 4M de visiteurs uniques entre octobre 2006 et octobre 2007 soit + 27% (je préfere comparer à l’année passée que par rapport au mois d’aout peu significatif puisque ce mois est traditionnellement faible).

Malheureusement à ce stade impossible d’en dire plus sans pouvoir accéder au détail de la répartition du trafic ou aux données site centric (la mesure interne au site que seul le NYTimes peut communiquer). Toutefois par recoupement (je n’en dis pas plus mais si j’en juge à des stats auxquelles j’ai accès) je constate qu’une part importante du trafic est généré par des requêtes de recherche internes au site, des requêtes dont la structure de l’URL se retrouve massivement au sein du service d’archives du NYTimes (dans les "topics" sur topics.nytimes.com , par exemple ici). Ce qui confirmerait l’impact multiplicateur des archives. Notez en bas de page les "related ads" présentées également comme des requêtes de moteur interne et qui appellent en fait des pubs Google, ce qui laisse supposer la création d’une infinité de pages référençables même sans contenu du NYTimes. Visiblement rien n’a été laissé au hasard côté SEO…

> Sur le même  sujet lire aussi le billet sur Media Café

Le dernier classement des sources de Google News France pour le mois de novembre 2007.  Le serveur gérant les données de ce rapport a connu quelques pannes en novembre, difficile de savoir si le classement s’en trouve modifié. Signalons l’arrivée de Silicon.fr, la baisse de Challenges, la montée de France2 et la bonne tenue de Journal Chretien (si Dieu se mêle de SEO il faudra revoir le mode de calcul du pagerank) et d’Agoravox. Le top des amis de Reuters n’est pas modifié et l’AFP confirme sa position dans le top 10.

Signalons aussi la montée en puissance régulière de l’Equipe.fr de la 40eme position à la 30eme preuve que l’équipe du web est parvenue à surmonter ses problèmes de référencement causés par des choix techniques contraignants (on en avait discuté par téléphone en septembre - bravo les gars!).

 

Top 50 des sources Google News France
rank 01/11/07 01/10/07
1 Le Monde Le Monde
2 Le Figaro Le Figaro
3 Libération Libération
4 nouvelobs.com nouvelobs.com
5 TF1 Challenges
6 L’Express L’Express
7 Journal Chrétien TF1
8 20minutes.fr AFP
9 AgoraVox Le journal du dimanche en ligne
10 AFP Actualités News Environnement
11 Actualités News Environnement 20minutes.fr
12 Challenges Journal Chrétien
13 Le journal du dimanche en ligne La Tribune.fr
14 France 2 Le Point
15 L’Orient-Le Jour AgoraVox
16 La Tribune.fr Courrier International
17 Silicon.fr Radin Rue
18 RFI Romandie.com
19 Romandie.com Les Échos
20 PC Inpact Europe 1
21 Le Point PC Inpact
22 Les Échos RFI
23 l’Humanité Clubic
24 Courrier International France 2
25 Europe 1 EuroNews
26 Clubic L’Orient-Le Jour
27 Sports.fr l’Humanité
28 Radin Rue NaturaVox
29 France Soir Goal.com
30 L’Equipe.fr RTL Info.be
31 Goal.com Les Infos
32 ZDNet Paris Match
33 EuroNews La Presse Canadienne
34 La Presse Canadienne Sports.fr
35 Sport365.fr Boursorama
36 Sport 24 XINHUA
37 Boursorama ZDNet
38 Metro France Sport365.fr
39 Reuters.fr France Soir
40 Eurosport L’Equipe.fr
41 XINHUA Cyberpresse
42 EasyBourse.com Silicon.fr
43 Le Petit Journal Metro France
44 Sport.fr Vnunet.fr
45 France24 Reuters.fr
46 Come4News Afrik.com
47 Football.fr Boursier.com
48 Foot Mercato.net 01net
49 01net Couleur France
50 Boursier.com Radio-Canada

Je rappelle que ce classement correspond à une mesure de la visibilité des titres d’actu des différentes sources en Une de Google News France. Le calcul tient compte des différents emplacement en Une et de la durée d’affichage des titres pour en tirer une note. Cela ne signifie nullement qu’il s’agit d’un classement correspondant au trafic réellement généré sur chaque site mais c’est une bonne mesure du potentiel des uns et des autres.

Une étudiante de l’ESJ (où je suis intervenu fin Octobre à l’occasion d’une conférence sur le modèle économique des medias participatifs) s’étonnait de l’initiative de Daniel Schneidermann qui appelait en septembre dernier à l’adhésion payante pour soutenir le projet d’Arret sur Images. Elle s’étonnait car "pourquoi payer alors qu’il n’y a encore aucun contenu"? En fait l’initiative était à mon sens tout à fait justifiée mais répondait à une logique nouvelle. Une logique que résume très bien l’edito de Plenel sur le nouveau site du projet Mediapart.fr (projet déjà décrit il y a quelques jours).

En résumé le choix du payant ne relève pas de la valeur marchande de l’information mais d’une adhésion morale à un projet éditorial. Edwy Plenel tire assez justement les leçons de la crise de la presse (son projet pour la reprise du quotidien Liberation avait déjà permis de donner le ton): d’abord la critique largement convenue de la crise de confiance de la presse mais également ce paradoxe que le lecteur paye déjà pour accéder à l’information puisqu’il paye son fournisseur d’accès.

mediapart.gif

Un des arguments les plus pertinents pour la gratuité des medias d’information est en effet basé sur l’idée que même en se rendant au kiosque on n’achète pas la somme des articles de son quotidien mais le moyen d’y accéder, le support papier. Conséquence: il n’y a pas de raison de payer l’info en ligne puisque les coûts de distribution sont inclus dans le forfait du FAI. Imparable. Approche intéressante à laquelle je souscris depuis longtemps et qui a le mérite d’ouvrir la voie à une approche décomplexée de la monétisation de l’information, par la pub ou par la qualification de l’audience (les profils, carburant du marketing direct pour moi la raison d’être économique du Web 2.0).

Comment justifier le payant

Quel rapport avec l’approche du payant de Mediapart.fr? Et bien justement il y a un hic dans cette théorie. Elle marche parfaitement pour les medias de niche ou l’approche verticale des magazines mais elle laisse l’information généraliste aux prises avec un univers concurrentiel si vaste que leur survie ne peut passer que par l’audience de masse et l’attaque frontale face aux portails. Ajoutons les CPM trop faibles en France et la perspective d’une rentabilité par la seule publicité est illusoire. Pire, elle serait nécessairement compromettante. Pour cette raison je ne soutiens pas le modèle du tout gratuit pour l’info généraliste et je pense que l’initiative du New York Times est une erreur (je ne suis pas non plus pour le tout payant mais c’est une autre histoire).

Comment dans ce cas, justifier le payant dans un univers de gratuité? C’est là que l’initiative de Mediapart rejoint celle d’Arrêt sur Images, en fondant l’acte d’abonnement sur un acte d’adhésion et de participation. Comprenez en se déconnectant d’un acte d’achat. Lisez le billet de Benoït Thieulin, qui positionne Mediapart dans la filiation des medias participatifs comme Ohmynews. Il décrit une partie du processus de création de la valeur ajoutée dans un espace participatif, par exemple en exigeant une participation des lecteurs débarassée de l’anonymat et par l’obligation de s’enregistrer: "l’obligation de se loguer dessine, sans qu’on y prenne un garde, un espace délimité dans lequel on appelle à la contribution [...], et qui, déployé dans la durée, confère à chaque contributeur une identité liée à ce projet".

L’identité numérique, le nouvel enjeu

J’ai soutenu une idée semblable au sein des Echos.fr pour encourager l’idée la participation des lecteurs en leur nom propre (actuellement on laisse toujours des commentaires sous pseudo – j’ai eu le même débat avec Laurent Mauriac de Rue89.com) parce que précisément c’est l’adhésion identitaire au media qui est au coeur du processus de l’affinité. Le moteur du véritable "abonnement" et de la création de valeur. Je pense aussi que tout ça n’est pas nouveau, réside déjà dans l’acte traditionnel d’abonnement mais se retrouve souvent masqué par l’acte d’achat symbolisé par la visite au kiosque.

Pour ces raisons je pense que l’approche de l’équipe de Mediapart est la bonne. Il n’y a aucune garantie de succès. Je fais aussi le pari in fine d’un modèle mixte pub-abonnement mais il me paraît important, pour un projet aussi ambitieux de fixer dès le départ la barre très haut. Non par le prix mais par l’affirmation d’une ambition morale, aussi arrogante soit-elle. D’ailleurs, sur le fond, je ne pense pas qu’il puisse y avoir de grand media sans un projet politique.

A coeur vaillant, rien d’impossible…

Bon courage et zou ! Mes 90 euros … (Déjà 123 abonnés ce soir à 23h)

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.