Fin de la saga du WSJ gratuit. Certains ont vendu la peau de l’ours un peu trop vite, le WSJ restera payant même si on y trouvera plus de contenus en accès libre. Cerise sur le gâteau l’abonnement va même augmenter. Peu de détails sur les raisons de la décision mais on peut largement supposer que le petit calcul du gratuit-hausse-du-trafic vs payant-audience-qualifiée a largement eu le temps de se répandre sur les tableurs excel (voir mon précédent billet).

Du coup, vu l’ambiance boursière, je me demande si je ne vais pas ressortir mes prédictions 2007 en faveur du retour du payant… Pendant ce temps la Newspaper Association of America présente un bilan positif pour l’audience des sites des journaux américains avec +6% de visiteurs uniques sur le dernier trimestre 2007 (notons toutefois que la croissance ralentit par rapport aux 9% de 2006).  

Crouic !

janvier 23, 2008

crouic.gif

Aidez-moi à trouver la bonne légende

« Digg it »
« Fallait un deuxième port USB »
« Tiens, je vais acheter les droits du foot »
« Le super-wall j’y crois … »
….

A vous…

Pas sûr que vous l’ayez noté, pour ça il fallait regarder et écouter attentivement hier soir l’excellent reportage de « Complément d’Enquête » sur France 2 et consacré, entre autres choses, à Dailymotion. Un plan furtif sur une réunion de direction dans les locaux de Dailymotion et une phrase captée à la volée qui annonce l’objectif de la société pour 2008 : atteindre 20,3 M d’euros de CA publicitaire.

A la volée? Pas si sûr, d’après les vérifications de la rédaction de ZDNet (encore Estelle), la présence du micro était connue et assumée. Du coup on s’interroge, l’info est peut être un peu plus « téléphonée » qu’elle n’en a l’air (voir la video autour de 60% de la séquence).

Bluff ou pas bluff, cette séquence a le mérite de mettre un chiffre sur Dailymotion et de calmer les fantasmes de ceux qui pensent que la société a déjà atteint ce niveau de CA en 2007. La réalité est probablement largement inférieure mais tout démontre que Dailymotion s’est engagé de façon aggressive dans la course aux revenus. Une bonne chose.

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Une bonne chose pour un service qui corrige peu à peu ses défauts. J’abordais la question dans un précédent billet « Dailymotion, plus de professionnalisation, pas assez de garanties« , qui m’avait valu une réaction assez vive du service marketing de la société. On m’avait demandé de revoir mon texte. Ce que j’ai refusé de faire, pas convaincu par les arguments, je regrette simplement que la promesse de réponse sur le blog n’ait pas été tenue à l’époque. La vraie réponse c’est peut être justement l’opération en cours avec BFM TV , qui fait aussi l’objet du reportage, où l’on voit comment la chaîne de TV utilise Dailymotion pour impliquer les lecteurs dans une émission politique sans pour autant diffuser ses programmes sur Dailymotion (ce qui me paraissait justement source d’un déséquilibre dans l’échange de valeur). Comment faire de la plate-forme autre chose qu’un instrument de buzz, c’est une bonne démonstration. A suivre…

> MAJ 29/01/08: lire le billet de Rodrigo qui propose un calcul très intéressant

(Au passage l’emission confirme l’imminence d’une procédure de TF1 contre Dailymotion)

Interrogé par Daniel Schneidermann sur Arretsurimages.net, Jean-Michel Dumay président de la société des rédacteurs du quotidien aborde la question de l’activité du Monde interactif et de la relation avec le quotidien papier. L’accès à l’émission suppose d’être abonné. Je transcris l’essentiel à la volée:

- Sur Lepost.fr: « en deux clics on tombait sur une video d’un joueur argentin qui se masturbait devant une webcam. [...] Nous souhaitons débattre (pour savoir) si ce site avait sa place dans un groupe avec  des journaux de qualité. [...] Ce n’est pas mon univers, je m’interroge. Il y a des groupes de presse qui pour survivre dans un coin de leur groupe avaient développé à l’époque du minitel rose des sites qui permettaient de rapporter de l’argent (NDLA: Le Nouvel Obs). Je pense qu’il y a d’autres moyens de se développer que celui-ci d’autant plus que celui-ci n’est pas rentable avant un certain délai or nous avons besoin de fonds dès aujourd’hui. [...] Je préfererais l’information de qualité. »

arretsurimages-dumay.gif 

- Daniel S. « combien de journalistes du Monde ont des blogs? [...] Ils se comptent sur les doigts d’une main, pourquoi? »
JM Dumay: « parce que je pense qu’au niveau de la direction le signal a été donné de nous maintenir séparés. Nous sommes un des seuls quotidiens à vivre séparément à qlq km (NDLA: de la redac du site). Au début il y a eu une distance que les journalistes prenaient par rapport à ce site mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. On est conscients qu’il y a une nouvelle politique de l’offre à proposer sur le papier de même qu’il y a un developpement sur le numérique , on souhaite que les deux se fassent de front. [...] Ceux qui ont permis le développement du  Net ont l’impression qu’on veut coloniser le Net. Ce n’est pas la question. » 

- « Des anomalies financieres »: « on ne peut pas prendre de décision sur la filiale interactive sans l’accord de Lagardère » (NDLA: qui détient 34% de la filiale).[...] Problème la filiale achète la production du Monde à un prix qui nous paraît démesurément petit.  Ce n’est pas équitable. [...] Par ailleurs aucun produit des abonnements sur le site ne revient à la maison mère. On souhaite que les choses soient remises à plat. Nous nous sommes opposés au budget du Monde interactif sur cette question là.  
On nous avait dit qu’une nouvelle organisation éditoriale serait possible avec la possibilité pour le directeur du Monde d’assumer la production éditoriale (du site). Dans les faits ce n’était pas le cas ».

D’autres aspects de la crise sont abordés dans l’entretien je ne les transcris pas mais Daniel Schneidermann aborde aussila question du manque d’intérêt de la rédaction pour le web. Un échange plus critique que ma transcription ne le laisse penser.

Difficile pour moi de commenter ces propos, d’abord parce que je suis très partagé sur la question. Je respecte et comprends la volonté de conserver une stratégie cohérente en matière de production éditoriale, d’un autre côté j’apprécie LePost.fr et sa nature expérimentale, qu’on rencontre trop rarement dans les groupes de presse institutionnalisés. Je coince enfin sur les propos « Au Monde  on n’est pas dans cette logique de rentabilité. Chez Lagardère les journaux on leur demande 12% de rentabilité. C’est une aberration, les journaux doivent rentrer dans le domaine de l’intérêt général ».

> Lire aussi la chronique de Daniel, critique sur la Société des Rédacteurs du Monde tout en saluant la démarche de Dumay.

Au passage je suis heureux de payer mon abonnment à Arretsurimages.net pour accéder à des échanges aussi francs où l’on prend le temps de développer les idées. Le regrette simplement le découpage inutile des videos en plusieurs parties alors qu’on pourrait envisager une navigation au sein du flux video.

A voir cette entretien video de ZDNet.fr avec Frédéric Pie, P-DG de Vodeo.tv (désolé ça date du 9 janvier mais je réagis avec un peu de retard pour cause d’occupations alternatives et inutilement chronophages). Comme le titre l’indique Frederic Pie partage quelques réflexions intéressantes sur le modèle économique de la video en ligne, en particulier l’impossibilité de financer sérieusement la production et la distribution de programmes video par la seule publicité. L’approche de Vodeo est basée sur le payant et l’audience hyper qualifiée ce qui paraît presque incongru après une année passée les yeux rivés sur Youtube/Dailymotion.

Beaucoup y découvrirons un raisonnement rarement exposé en public qui explique que la durée des programmes qu’on peut raisonnablement produire et monétiser exclusivement par la publicité ne dépasse pas, en moyenne, une durée de 13 mn:

« On est dans un monde d’emiettement de l’audience. [...] La matiere video coute très cher à produire. [...] Avec la seule publicité pour arriver au point mort avec Vodeo il me faudrait entre 8 et 9 millions de visiteurs uniques. La publicité, oui pour des courts formats. La plupart des grands portails ne sont pas capable de monétiser un film de plus de 13 minutes. [...] On commence à rémunérer des formats de 26 mn aux USA sur MSN. » La pub permet éventuellement de baisser le coût des programmes.

frederic-pie-vodeo.gifPreuve que la sampiternelle fatalité des videos à durée courte correspond moins à une demande réelle des lecteurs qu’à une contrainte économique propre à la gratuité. Logique mais on l’aborde rarement de façon aussi frontale. Conclusion par raisonnement inverse: la monétisation des programmes longs passe par la VOD (Video à la demande) pour encore longtemps.

On revient aux choses sérieuses…
L’hypothèse d’un passage du WSJ.com à la gratuité suscite les calculs des analystes. Un article de Paidcontent.org résume bien les termes du débat en tentant d’évaluer l’effort à fournir en terme d’audience pour compenser la perte des revenus des abonnements. Les données utilisées dans l’article sont discutables mais les commentaires rétablissent bien les enjeux du débats. L’auteur estime qu’il faut multiplier l’audience par 12 pour compenser cette perte.

Son calcul est toutefois contestable pour plusieurs raisons soulevées à juste titre dans les commentaires:
– Le calcul se base sur un CPM à 6 euros ce qui est ridiculement faible sur le marché des sites d’infos financieres. Donc les revenus ont toutes les chances d’être sous estimés.
– Les revenus des abonnements sont probablement surestimés, les politiques de rabais sur le prix des abonnements ne sont pas évaluées.
– Plus important l’auteur oublie le paramètre le plus important: le coût d’acquisition de l’abonnement qu’il faut soustraire aux revenus. En clair en passant en gratuit on économise aussi sur des coûts (raisonnement déjà expliqué pour le NYTimes.com).

Dans ces conditions l’effort à fournir est probablement plus faible (2x, 3x?) mais comme certains le précisent, le payant est aussi la garantie d’une audience hautement qualifiée et, in fine, d’un CPM élevé. Passer en gratuit c’est assumer une audience non qualifiée et des CPM contestés. Les solutions sont envisageables: comme le NYTimes, stimuler l’enregistrement obligatoire pour maitriser la qualification par le ciblage publicitaire.

Reste une autre question: peut-on envisager une croissance de l’audience spectaculaire en conservant le même périmètre éditorial. Je reste persuadé que la stratégie de Murdoch, si il opte pour le gratuit, passera par une extension de ce périmètre vers des contenus plus accessibles afin de contrer le NYTimes. En clair le WSJ nouvelle formule n’aura probablement rien à voir avec le media actuel. A suivre…

Fin de l’histoire, merci à Estelle Dumout de la redac de ZDNet.fr qui a pris le soin de contacter Facebook USA. La réponse est arrivée cette nuit. C’est ici

Matt Hicks, du département de la communication de la société : «Facebook is not affiliated with the website or the application referring to the election of a “Facebook President.” This is an independent effort and not in any way an official “election” for Facebook. » (Blog ZDNet.fr)

Je traduis pour les non anglophones: « Cette élection est une embrouille à deux balles et Dédé, l’anguille de la Caspienne, est un mytho de première bourre » (Ok c’est approximatif).

Voilà qui clos cet épisode qui restera malheureusement un grand moment de ridicule. L’épisode n’est d’ailleurs peut être pas clos puisque l’usage de la marque Facebook par Arash Derambarsh est juridiquement contestable, à suivre…

MAJ 04/01/08: dernier épisode, les précisions de la société ClutterMe à l’origine de l’application utilisée pour l’opération. Infos recueillies toujours par Estelle Dumout (ZDNet). 

Pour ceux qui pensent que ça ne méritait pas tant d’énergie je m’autorise un acte rare, je vais publier ci-dessous l’extrait d’un mail de ma maman, auditrice d’Europe 1 et qui comme d’autres lecteurs/auditeurs a réagi à ce qu’elle ressentait comme un léger problème au niveau de la crédibilité de notre profession. La suite en copier collé, c’est du brut(al) :

****

Ma maman m’écrit donc ce matin:

Bonjour Emmanuel, je voulais te téléphoner pour te parler de ce fameux président virtuel de Facebook. Je l’ai entendu en long en large et en travers sur Europe 1. Ils en ont fait des tonnes au point que je me suis posée pas mal de questions à son sujet. J’ai presque eu envie de crier « Elkabach où es-tu ? Ta radio fout le camp! » Merci donc pour ton article et ses nombreux commentaires, j’ai ma réponse.
D’une façon générale je suis en train d’insupporter les médias actuellement : radio = téléphoner comme sur TF1 sur des sujets mais nuls, mais nuls. J’attends le jour où on nous dira d’appeler pour savoir si Sarkozy fait pipi avant ou après le déjeuner le matin !!!! Quand aux télés ils ont des reportages trottoirs indigents surtout en ce moment avec la cigarette. C’est affligeant et je ne comprends pas que les rédac en chef laissent passer autant d’ineptie. On dirait qu’il n’y a personne aux commandes. La course à l’audience se traduit par une course à la bêtise, et au nivellement par le bas. En fait la boucle est bouclée : les « jeunes » aux commandes sont le pur produit d’une éducation nationale qui n’a pas fait son travail. Le nivellement est bien arrivé en bas. Mission accomplie.

Tout est dit je crois, merci M’man !

(Note : si c’est pas du contributif ça!!)

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