Certains medias ont toujours beaucoup de mal à mettre un lien vers les sources sur Internet. Donc pour ceux qui veulent lire le rapport les médias et le numérique remis à Sarkozy par Danièle Giazzi, secrétaire générale de l’UMP, cliquez ici (Voir aussi l’entretien avec Danièle Giazzi sur 20Minutes.fr).

Comme prévu le rapport vise à détricoter les dernières barrières limitant la concentration dans l’industrie des medias. L’argument, logique, de la nécessité de de bâtir des groupes multimedia l’emporte sur la question de légiférer sur le seul écosystème de l’internet. Pas le temps de commenter plus avant ce matin  mais je note qu’on tente de renouer sans surprise avec la bonne vieille recette colbertiste qui favorise la constitution de pôles industriels puissants dont on favorisera la position dominante et qui deviendront l’interlocuteur naturel de l’Etat. Reflexe naturel bien français, parfois efficace, toujours spectaculaire, et qui permet de s’économiser une vraie réflexion sur le développement des initiatives individuelles et d’un ecosystème favorable au développement d’un tissu industriel. D’ailleurs je ne vois pas grand monde représentant les medias internet dans la liste des personnes consultées. Mais les principaux consommateurs d’aides de l’Etat y sont bien représentés.

Je constate qu’il y a des petits gestes pour tout le monde et que l’essentiel vise à préserver les intérêts des différents acteurs de la profession. Il faut faire le tri entre les cadeaux, les gestes symboliques et les prises de risques. Je note en vrac pour commenter plus tard, :

- Il faut sortir de la beatitude numérique"

- Sauvegarde des medias traditionnels. La plupart de ces recommandations appellent aujourd’hui des décisions urgentes. Elles touchent en effet :
soit

  • à la sauvegarde des médias traditionnels dont certains sont aujourd’hui menacés dans leur pérennité même, et d’autres dans leur qualité ;
  • soit à l’aide au développement vers le numérique de ces médias, qui risquent sans cela de se replier sur des marchés en régression ;
  • soit au nouveau monde des médias sur le web, à travers des régulations, des instruments de qualité professionnelle ou des cadres juridiques (droit d’auteur) ou éthiques.

- Il n’y aura pas d’indépendance ni de qualité sans rentabilité

- Il y a donc urgence à faire sauter les verrous qui empêchent de grands groupes de médias français à devenir de grands groupes plurimédia mondiaux, entraînant avec eux tout le secteur des industries culturelles.

- Stimuler la compétitivité globale de l’écosystème notamment en favorisant l’émergence de champions internationaux.

Les recos  :

- Recommandation n°1 : Constitutionnaliser la défense du pluralisme et de l’indépendance de la presse
- Recommandation n°2 : Améliorer le financement de la presse en développant le mécénat
- Recommandation n°3 : Créer auprès du Premier ministre un observatoire du pluralisme dans la presse
- Recommandation n°4 : Étendre les compétences du CSA et le charger du respect du pluralisme
- Recommandation n°5 : Élargir les aides de la commission paritaire aux nouveaux supports d’information

[Les journaux gratuits et journaux intenret]  doivent pouvoir bénéficier des dispositifs d’aides existant (aides à la fabrication, aides à la modernisation,…) et, pour les supports pur web d’une TVA à taux réduit que nous recommandons également d’appliquer, comme nous le verrons plus bas, aux supports numériques destitres de presse.

- Recommandation n°6 : Inscrire les chartes de déontologie des journalistes dans leur Convention collective
- Recommandation n°7 : Professionnaliser les sites d’information en favorisant le recrutement de journalistes
- Recommandation n°8 : Recentrer les aides à la presse sur la presse d’information générale et politique
- Recommandation n°9 : Doter l’Agence France Presse d’un statut et d’une direction pérennes
- Recommandation n°10 : Recentrer la Loi Bichet sur sa vocation d’origine

Pour cela, nous recommandons de revenir à l’esprit d’origine de la loi Bichet en limitant son domaine d’application à la seule presse d’information générale et politique (PIGP).
- Recommandation n°11 : Appuyer le plan des NMPP, favoriser l’ouverture de nouveaux points de presse
- Recommandation n°12 : Libéraliser la réglementation des points de vente
- Recommandation n°13 : Développer la pratique du portage à domicile

- Recommandation n°14 : Soutenir une réforme drastique des imprimeries
- Recommandation n°15 : Stimuler la recherche et l’innovation sur la diffusion numérique
- Recommandation n°16 : Soutenir une recherche et une formation ambitieuses sur les stratégies numériques
- Recommandation n°17 : Susciter des formations marketing dans les écoles de journalisme et de communication
- Recommandation n°18 : Inciter les groupes de presse à former leurs journalistes aux technologies numériques
- Recommandation n°19 : Mettre en place des mesures d’incitation à l’investissement numérique

- Recommandation n°20 : Élargir le périmètre des aides à la numérisation
- Recommandation n°21 : Soutenir financièrement la double diffusion analogique et numérique de l’audiovisuel
- Recommandation n°22 : Élargir le périmètre d’intervention de la Caisse des Dépôts à l’investissement dans les groupes de médias
- Recommandation n°23 : Autoriser un groupe de médias à posséder une chaîne de télévision, une radio et un quotidien de dimension nationale
- Recommandation n°24 : Relever le seuil d’audience maximale pour un média radio
- Recommandation n°25 : Asseoir les limites à la concentration de la télévision sur une audience réelle à défi nir plutôt que sur le nombre de chaînes
- Recommandation n°26 : Supprimer les seuils de détention capitalistique (49 %, 15 %, 5 %)
- Recommandation n°27 : Résoudre la question des droits d’auteur des journalistes de la presse écrite
Selon nous, une adaptation du régime actuel des droits d’auteurs s’impose. Elle devrait intégrer trois principes fondamentaux :

  • la neutralité du support (papier vs numérique) ;
  • la sécurité juridique de l’éditeur ;
  • la garantie de droits attachés aux journalistes et
    à leur statut.

    Pour notre part, nous privilégions une approche
    par cercles concentriques ;

  • en contrepartie du paiement d’un salaire, le journaliste
    céderait son contenu à l’ensemble des
    supports d’un même titre ou marque (Ex : pour
    le support papier, le support internet, le support
    mobile…)
  • Ensuite, et dans le cadre d’une négociation
    collective et en contrepartie d’une rémunération
    supplémentaire, la possibilité d’exploiter
    le contenu sur d’autres titres ou marques du
    groupe auquel appartient le journaliste peut être
    accordée ;
  • Enfin, le journaliste, en l’absence d’accord explicite,
    dispose du droit de refuser la cession du
    contenu à l’extérieur du groupe si le support ou
    le groupe acquéreur ne lui convient pas.

- Recommandation n°28 : Adapter le cahier des charges des chaînes de télévision aux contraintes de la nouvelle donne numérique
- Recommandation n°29 : Repenser les obligations de coproduction et les droits patrimoniaux des chaînes de télévision
Augmenter de 15 à 34 % le seuil qui fait considérer les sociétés de production « dépendantes » des chaînes de télévision.

- Recommandation n°30 : Préserver les équilibres économiques face aux évolutions des marchés de la publicité
- Recommandation n°31 : Aménager les règles de la publicité à la télévision
- Recommandation n°32 : Optimiser et garantir les règles de mesure d’audience des contenus
- Recommandation n°33 : Permettre à la radio de relever le défi numérique dans de bonnes conditions
- Recommandation n°34 : Appliquer un régime de TVA unique pour les médias, quel que soit leur support de diffusion

A suivre

Video hilarante à voir à propos d’une controverse mineure au sein de la conférence TC50 organisée par Techcrunch (qui rassemble par ailleurs plein d’acteurs intéressants du web 2.0).  Visiblement l’événement s’est ouvert avec, en fond sonore, l’hymne américain devant une partie du public d’origine étrangère plutôt éberluée. Je passe sur certaines réactions acerbes qui n’enlèvent rien à la qualité de la manifestation mais le pompon revient à Lauren Feldman, blogueur au style saignant et controversé,  qui couvre la conférence et résume ce matin la polémique dans la video ci-dessous:

En clair il approuve l’hymne national US (ce qui est inattendu) car – je traduis – "il n’y a qu’aux Etats-Unis qu’on peut foutre autant de pognon dans autant de sociétés qui n’ont pas de revenus, de produits, ou la moindre preuve de succès… God bless America!"

[YOUTUBE=http://www.youtube.com/watch?v=01l-tfN50f4]

Injuste mais tellement bon…

On l’attendait depuis des années, c’est fait. Google Archives ouvre ses portes et propose plus de 50 années d’archives de journaux. Impressionnant même si le nombre de sources semble encore limité, le New York Times se taillant la part du lion dans cette bibliotheque d’un nouveau genre (voir par exemple sur la requete "Nixon" les archives qui remontent jusqu’en 1950). En France c’est Le Monde et le Point qui semblent remonter le plus régulièrement: voir sur la requête "balladur".

Toutefois il semble que l’ensemble du contenu ne soit pas issu de partenariats. Pas mal de sources semblent indexées à partir du référencement naturel des articles. Sur la requête "balladur" on peut trouver en bas de page un article de Liberation de 2007 mais contrairement au Monde il ne s’agit pas d’une page d’archive mais d’une page à imprimer dépourvue de publicité (voir ici). Dommage, aucun revenu à espérer. Même problème pour Les Echos ou je tombe sur des brêves en acces libre mais quand même monétisées par la publicité. Je retrouve avec plaisir les articles de ZDNet.fr de 2003 et comme je confirme n’avoir pas d’accord concernant ces archives j’en déduis que Google a pioché ça et là dans son index pour constituer ses archives. 

Principal avantage du système, et c’est une bonne nouvelle, Google préserve le modèle économique des éditeurs en pointant vers les pages d’archives payantes si nécessaire, vers la page en accès libre si disponible. D’où l’intérêt de rendre visible le chapô ou résumé de ses articles quand ils sont payants (ce que nous avions fait aux Echos mais Google ne semble pas l’avoir identifié). Selon Techcrunch Marissa Meyer annonce la mise à disposition d’archives numérisées par Google mais je n’ai pu trouver des exemples de ce type, la plupart des sources disposant de leurs propres archives. 

Au final Google Archives se comporte ni plus ni moins comme une extension de Google News à un détail près puisqu’il comporte aussi des liens vers Google Books comme on peut le voir sur cette requête (toujours"nixon", troisième et cinquième paragraphe). 

Le résultat est, je dois dire, impressionnant, et pourrait donner un peu d’oxygène au marché des archives payantes auparavant chasse gardée de quelques prestataires privés. Ici les éditeurs restent maître de la commercialisation de leurs archives donc de leur politique de prix, Google se rémunère comme d’habitude sur la recherche. Bien vu, l’initiative ne devrait moins se prêter à la polémique que Google News à ses débuts.

Je ne vais pas m’amuser à disséquer Google Chrome, la moitié de la blogosphere s’en occupe ce soir et vous trouverez ça demain matin. Je note un truc amusant en activant le fameux onglet dit de "navigation privée" qui va faire couler beaucoup d’encre. A l’ouverture ce message qui montre qu’on doute de rien chez Google: 

Passer en navigation privée n’a aucun effet sur les autres utilisateurs, serveurs ou logiciels. Méfiez-vous :

  • des sites Web qui collectent ou partagent des informations vous concernant ;
  • des fournisseurs d’accès Internet ou des employeurs qui conservent une trace des pages que vous visitez ;
  • des programmes indésirables qui enregistrent vos frappes en échange d’émoticônes gratuites ;
  • des agents secrets ;
  • des personnes qui se tiennent derrière vous

Je suppose qu’ils parlent des données de navigation partagées avec Doubleclick. je suppose ensuite qu’ils savent que la Loi impose désormais aux fournisseurs d’accès et aux entreprises de conserver les données de navigation. Enfin je pense qu’il veulent nous dire qu’il faut se méfier des distributeurs de spywares qu’on trouve via les liens Adwords. Du coup je me retourne pour regarder le portrait de Sergey Brin que j’ai punaisé derrière moi et je me dis qu’il est gonflé le gars !   ;-)

(Beau boulot quand même sur ce navigateur mais pas plus rapide que Firefox d’apres mes tests mais argh! mais où sont les flux RSS??!!)

La rentrée s’annonce chaude. Google devrait lancer aujourd’hui son navigateur maison, Google Chrome. On peut dire que c’est un des buzz les plus spectaculaires du moment, Google ayant choisi de diffuser l’annonce auprès d’un public restreint, sous la forme d’une bande dessinée (Voir sur le site Blogoscoped.com qui reproduit les 38 pages de cette BD d’un nouveau genre). En quelques heures l’annonce fait le tour du web. Impressionnant.

J’ai parcouru ces pages et au delà de la simple annonce d’un nouveau navigateur ma première réaction à chaud est simple. Le message tient dans la première page: un constat limpide, le navigateur web n’est plus un navigateur c’est avant tout la nouvelle interface pour utiliser des applications web. Le navigateur est le nouveau bureau au sein de votre PC. L’annonce d’une multitude de nouveautés ergonomiques (certaines inspirée du navigateur Opera, comme quoi on n’invente rien…) ne pèse pas lourd face à la démonstration de fond. Sur de nombreuses pages la BD de Google explique comment Google Chrome est avant tout conçu pour optimiser les fonctions multitâches, la mémoire de votre PC, la sécurité etc…

Je laisse aux nombreux commentateurs le soin de disséquer dans les prochains jours les fonctionnalités de la bête. Pour moi le message est clair, Google Chrome est l’offensive attendue pour détroner Microsoft du PC. Non pour bousculer Explorer mais l’ensemble de l’écosystème qui vise à contrôler la chaîne de distribution des services sur votre PC. Comprenez du système d’exploitation au web (dont Google régule déjà l’économie) en passant par les outils de bureautique. La chaîne nourricière de Microsoft depuis sa fondation.

Un exemple simple: si chaque onglet ("tab") peut fonctionner en toute indépendance et se séparer du corps du navigateur et si dans chaque onglet nous ouvrons une application, alors nous avons reproduit via le navigateur l’exact fonctionnement d’une suite d’applications. Reste à sécuriser l’utilisation de l’ensemble et en particulier des données introduites par l’utilisateur (image, chiffres, textes) et il ne reste plus grand chose qui nous sépare de la suite de logiciels. C’est exactement ce que démontre la présentation de Google Chrome. Saut ultime. Plus besoin de PC complexe, place au terminal connecté au web. Le PC low cost (j’ai mon asus eee pc 900 ouf merci).

Bref on ne va pas s’ennuyer dans les prochains mois

MAJ 02/09/08 : télécharger Google Chrome sur ZDNet.fr

Stay tuned…

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