Crise de la presse: moins une question de qualité des contenus que de clivages sociaux

janvier 30, 2009

A l’occasion de la lecture sur Mediacafé d’un nième article sur le mal de la presse et tout le gnagnagna sur la qualité des contenus et la misère de la presse d’opinion je me suis fendu d’un long commentaire que je crois assez en décalage avec ce qui se dit habituellement pour juger qu’il a sa place ici.  Je me permets de le reproduire ci-dessous et de l’enrichir un peu , il tiendra aussi lieu de réponse tardive aux conclusions des Etats généraux .

***

Pour commencer, même si je partage avec d’autres une vision critique sur la qualité des contenus il me semble utile de relever les paradoxes suivants:

- Si c’était une crise du contenu pourquoi les mêmes journaux en ligne battent des records d’audience. Avec une grande part de l’audience sur des dépêches d’agence réécrites et parfaitement interchangeables d’un media à l’autre.

- Si c’est un problème de presse d’opinion comment expliquer que sur Internet c’est justement l’opinon et la subjectivité qui triomphent au travers des blogs (et que tout le monde acclame)

- Pourquoi toujours critiquer la stratégie internet des grands titres de presse alors qu’ils ont pour la plupart atteint des niveaux d’audience tout à fait respectables.

Mes conclusions:
Question contenu c’est moins une question de fond que de nouveaux usages et d’adaptation des contenus aux nouveaux modes de lecture.

La vraie question de fond: une lutte pour le pouvoir et la friction entre classes sociales. L’internet permet l’expression d’une communauté qui ne se sent pas représentée par ses élites, ses journaux. La fracture s’étend jusqu’au coeur des rédactions, elle cisaille les partis politiques etc…

Internet est l’instrument de la revanche des classes moyennes qui voient s’éloigner les perspectives de progression sociale. C’est le media des cols blancs qui se découvrent en voie de prolétarisation et vont s’allier très naturellement avec les professions intellectuelles de plus en plus marginalisées vis à vis du pouvoir économique.
Parmi elles, une grande partie des…journalistes.

Ce qui explique que la fracture passe au beau milieu des rédactions et que certains aient besoin de mettre en avant plus que de nécessaire la question d’un contenu devenu "illégitime" (je ne dis pas que cette critique est totalement infondée).

En vérité c’est une bataille pour la prise de pouvoir autour des fonctions d’intermédiation. Et comme toute lutte qui se veut révolutionnaire, ceux qui la mènent le font au nom du peuple et de la démocratie pour n’instaurer, au final, qu’un système équivalent mais rénové.

La presse traditionnelle menée par des générations ayant précédé l’âge du numérique s’accroche à l’ancien système de pouvoir politique et reçoit une juste rétribution de sa peine. Un salaire bien mérité rendu possible parce que la balance économique leur est encore favorable. Pas sa tendance…

Moralité : pour parvenir à accomplir a révolution numérique au sein de l’industrie de la presse il faut le faire avec l’appui de forces politiques représentatives des aspirations des classes moyennes (pour le moment aucun parti politique ne répond à ce cahier des charges) mais également construire de nouveaux circuits de financement dégagés des influences de l’Etat et de l’industrie traditionnelle.

On est encore loin du compte et le risque est grand de découvrir que de tout cela émergera un ordre économique qui renforcera en réalité la précarité de ses acteurs. En grande partie parce que les nouveaux circuits de financement servent directement les intérêts marchands et n’offrent à l’industrie de l’information que la perspective d’une économie de survie tout en encourageant un mode individualisé de production de l’information. Mode hautement précaire et soumis au risque juridique.

Au final on accouchera d’une industrie qui relèvera plus de la production agricole et dont la matière première servira essentiellement à nourrir le pouvoir des véritables nouveaux infomédiaires, l’industrie des telecoms, Google et tous les services relevant de la distribution des biens numériques. Pour le moment rien n’est encore irréversible.

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28 Responses to “Crise de la presse: moins une question de qualité des contenus que de clivages sociaux”


  1. C’est vraiment profond … et juste!
    Des réflexions dérangeantes mais stimulantes doivent en naître.
    a+
    didier


  2. Très juste.

    J’ai entendu une prédiction de la bouche d’une personne des milieux de droite proche du pouvoir et prononcée sur un mode confidentiel: "dans dix ans, 90% de la population sera au SMIC".

    Si le pouvoir continue à avancer vers ce gouffre à reculons, ou bien en crabe, en combattant la crise à la petite cuillière, c’est assurément l’explosion sociale assurée.

    Il est temps à mon sens de mettre sur la table des idées radicales, qui sont ni de droite ni de gauche, telle celle du Revenu Universel:

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Allocation_universelle

  3. narvic Says:

    Ça me semble très juste également, et c’est une approche très originale.

    Je sors du "meeting" organisé ce soir au théâtre du Chatelet par "l’appel des six" (mediapart, rue89, marianne, Inrock, NouvelObs, Charlie Hebdo), pour appeler le peuple à s’unir derrière la corporation des journalistes, présentée comme l’avant-garde éclairée de la défense de la démocratie menacée de berluscono-poutinisation par Sarkozy.

    C’est le public de ce genre de happening qui est intéressant : une bourgeoisie intellectuelle de gauche parisienne plutôt âgée, qui semble acquiescer quand on lui présente internet comme "une menace" (dixit Bernard Maris de Charlie-Hebdo). Je n’ai même pas entendu prononcé le mot blog…

    Il y a une vraie fracture avec les gens qui surfent et s’expriment sur le net et celui des velours du théâtre du Chatelet ! Ce n’est pas le même monde.

    Bruno Patino soulignait récemment (en substance, et je force le trait) qu’il n’y aurait en réalité pas de transfert possible du papier vers le net, car les médias qui ont un pied de chaque côté y touchent en pratique un public différent, et il n’y a pas réellement de véritable transfert d’un même public d’un média vers un autre. Le nouveau média s’adresse à un nouveau public. Et quand ce "vieux public" vient au net tout de même, on l’oriente vers des "sas" de décompression, des espaces fermés et rassurants comme Mediapart ou le club des adhérents du monde.fr !

    Cette dimension sur le net de prise de parole publique d’une classe moyenne jeune et diplômée en plein déclassement, que tu soulignes à juste titre, n’est pas du tout relayée par ces journalistes parisiens bien trop bourgeois (appartenant à la frange supérieure des classes moyennes et lorgnant en réalité vers la bourgeoisie- fusse-t-elle de gauche – à laquelle ils gardent espoir de s’intégrer. Par mariage ?).

    C’est probablement un drame pour l’industrie de la presse et la corporation du journalisme. Mais cette jeunesse déclassée des classes moyennes est en train de se constituer ses propres médias en ligne, puisqu’elle ne se reconnaît pas dans les autres. Quelques journalistes parviendront probablement probablement à monter dans ce train, et apporter une expertise et des compétences à l’organisation de ces nouveaux médias, mais l’ancienne corporation est en train de se laisser marginaliser totalement sur le net.

    Je serais tenté de ne pas te suivre quand tu voix cet avenir comme un sorte d’artisanat dispersé, dépendant de grands groupes qui sont parvenus à bien se placer sur la chaîne de production de valeur sur le net (le modèle des petits agriculteurs face à la grande distribution). Cette période pourrait n’être que transitoire. Toutes les économies construites sur la production de contenus intellectuels n’ont pas invariablement évoluées vers des systèmes où la totalité du pouvoir (et de la rente) est aux mains des distributeurs (ceux d’Hollywood hier, Google aujourd’hui). Du moins je l’espère. ;-)

  4. Nicolas Says:

    "Internet est l’instrument de la revanche des classes moyennes qui voient s’éloigner les perspectives de progression sociale."

    > c’est aussi l’analyse d’Emmanuel Todd ("après la démocratie") et j’aurais tendance à partager ce regard..

  5. Emmanuel Bruant Says:

    Merci Emmanuel pour cette piste. Un point de vue pas si éloignée du vôtre dans le début de votre argumentation : http://medias.blog.lemonde.fr/2007/04/13/sommes-nous-des-intellectuels-frustres/
    Et merci de rouvrir la pointe de pandore socio-culturelle ! En effet, les débats sur l’avenir du net etc. sont très souvent techniques (les nouveaux usages etc.) alors qu’ils ont des incidences macro très importantes. Et si les rédactions et autres décideurs se sentent à l’aise avec les enjeux techniques (Google ou pas google etc.), le changement culturel est un tsunami sur lequel ils n’ont pas prise (contrairement aux changements économiques) !

  6. Emmanuel Bruant Says:

    Merci Emmanuel pour cette piste. Un point de vue pas si éloignée du vôtre dans le début de votre argumentation : http://medias.blog.lemonde.fr/2007/04/13/sommes-nous-des-intellectuels-frustres/
    Et merci de rouvrir la boite de pandore socio-culturelle ! En effet, les débats sur l’avenir du net etc. sont très souvent techniques (les nouveaux usages etc.) alors qu’ils ont des incidences macro très importantes. Et si les rédactions et autres décideurs se sentent à l’aise avec les enjeux techniques (Google ou pas google etc.), le changement culturel est un tsunami sur lequel ils n’ont pas prise (contrairement aux changements économiques) !

  7. martial Says:

    "internet est le media des cols blancs qui se découvrent en voie de prolétarisation…" : la portée de cette phrase, rare, et on ne peut plus juste est immense. Je ne sais pas si le mot "prolétarisation" est employé dans son sens "Stieglérien" (B.Stiegler) mais si c’est le cas vous avez vu juste et bravo pour l’ananlyse. Oui, les cols blancs sont prolétisés dans la mesure ou ils ne voient plus la finalité de leur travail du fait de la division des tâches. Cette absence de visibilité entraine la démotivation et, dans son sillage les nouvelles maladies psycho-sociales du XXI ème siècle, dont l’une des caractéristiques va être l’hyper-consommation compulsive et pulsionnelle. Internet est un moyen de lier à nouveau la production et la consommation en un même lieu, de donner une visibilité à la finitude du travail, et ainsi de déprolétariser les individus. En tous cas, il existe cette opportunité (dans la sphère de la connaissance tout au moins)

  8. Rosselin Says:

    Bravo pour cette analyse (qui m’a permis de ne pas regretter d’avoir "séché" le Châtelet et de découvrir que Nicolas Voisin était Toddien). Mais on attend la suite…

    Quatre questions :

    - Pourquoi évoquer une presse traditionnelle "menée par des générations ayant précédé l’âge du numérique" et expliquer dans le même article qu’il est absurde de "toujours critiquer la stratégie internet des grands titres de presse alors qu’ils ont pour la plupart atteint des niveaux d’audience tout à fait respectables".

    - C’est quoi un contenu “illégitime”. Je pose cette question parce que vous expliquez que cette critique n’est pas "totalement infondée".

    - Vous expliquez que, pour faire sa révolution numérique, la presse a besoin de l’appui de forces politiques. Pourquoi ?

    - Enfin vous évoquez de "nouveaux circuits de financement dégagés des influences de l’Etat et de l’industrie traditionnelle". Vous pensez à quoi ?

    JR


  9. > “internet est le media des cols blancs qui
    > se découvrent en voie de prolétarisation…”

    D’accord sur la prolétarisation en cours des classes moyennes. Pas d’accord sur la ligne de fracture.

    La fracture me semble générationnelle : quand tu as moins de 40 ans tu sais que tu n’aura pas de retraites. Quand tu as plus de 50 ans tu serres les fesses en espérant que tu va pouvoir passer.

    Cette même facture se retrouve chez les électeurs de Sarkozy ou lors du référendum européens : les "vieux" défendent l’EURO et Sarkozy … (meilleurs rempart selon eux pour protéger leur mode de vie ?)

    Or Internet est un média générationel. Je proposerai donc :

    > Internet est le média des jeunes générations
    > se découvrent en voie de prolétarisation


  10. Bonjour Jacques, mes réponses dans l’ordre

    1- Comme certains ont pu le noter durant les Etats Généraux , il y a une grande différence d’approche entre la direction des groupes de presse traditionnels et celle de leur filiale ou activité internet. L’activité de ces dernières ne pesant que rarement plus de 10% de l’ensemble, il est difficile d’engager des réformes radicales sans détruire l’ensemble de l’édifice. Des intérêts divergents cohabitent donc…

    2- Il y a une sorte de consensus pour critiquer les contenus de la presse et affirmer en particulier le décalage vis à vis des attentes des lecteurs et leurs préoccupations. Je pense que ce problème de l’offre est "réel" et à la fois exagéré. "Exagéré" parce ce que je suis obligé de constater que la médiocrité des contenus s’est industrialisée sur Internet en répondant en particulier aux règles de distribution de Google. Donc on peut en déduire que le probleme de l’offre n’explique pas à lui seul la crise du papier. "Réel" parce que je crois volontiers au décalage vis à vis des attentes. La toute puissance des services politiques au sein des quotidiens est à mon avis une des pistes pour comprendre l’origine du problème.

    3- Mon texte est peut être ambigu sur ce point. Je ne crois pas qu’il puisse y avoir de grand projet éditorial sans grand projet politique. Le succès d’un projet éditorial tient par ex à sa capacité à accompagner les aspirations d’une génération, être en phase avec une communauté. Ce qui ne signifie nullement qu’il faille s’associer à un parti politique. Simplement les partis politiques sont soumis au même enjeu. Pour cette raison j’ai soutenu le discours de Plenel sur Mediapart. Plenel a une approche très politique et très consciente de ces enjeux. En revanche à ma grande stupéfaction il s’est jeté dans les bras du mouvement de Ségolène Royal puis de Bayrou ce qui à mon avis était aussi ridicule qu’inutilement compromettant.

    4- Toute la question tient autour de la capacité de l’Internet à dégager une valeur ajoutée suffisante pour financer une industrie de la presse. Pour le moment c’est un échec en particulier du fait de la prédominance d’un modèle publicitaire basé sur la performance, totalement contradictoire avec les intérêts des medias. C’est pourtant là qu’il faudra trouver son financement, au sein de l’économie numérique au sens large, sans pour autant réduire l’activité éditoriale à une activité de distribution de marchandises numériques…


  11. Oui Laurent, la fracture peut être aussi générationnelle mais je pense que ce n’est pas sa caractéristique première. Benoit Raphaël m’a expliqué plusieurs fois comment il s’étonnait de voir que la moyenne d’âge des lecteurs du Post est beaucoup plus élevée que la moyenne des autres medias d’information du web. Il y voit même la prédominance d’une population de préretraitée. Etonnant non?
    Je crois que la fracture générationnelle concerne les usages et l’adaptation des contenus à ces usages, pas forcément l’attente sur le fond de ces contenus.

  12. Fabrice Says:

    Je vais aller du coté de Narvic (parfaitement d’accord avec ton analyse ceci dit), j’ai la nette impression d’une sous estimation totale de la dimension générationelle de la fracture que tout cela met à jour.

    Certes, il y a de la fracture sociale, et effectivement, au vu des salaires dans le monde des journalistes, elle doit traverser les salles de rédaction de façon violente. Mais il y a aussi une fracture générationelle, et celle-ci ne peut aller qu’en s’aggravant, bien plus que l’autre.

    Cela n’empêche en rien des sites comme lepost.fr, totalement web dans leur esprit et leur façon de fonctionner, de drainer une population de pré retraités, et des sites comme Mediapart ou les abonnées du Monde ne doivent pas être bien éloignés démographiquement parlant, mais il n’en reste pas moins que la génération Y et Digitale est ailleurs, vraiment ailleurs.

  13. Olivier Bonsart Says:

    Je vous félicité pour cette analyse qui ouvre une voie encore peu explorée. C’est vrai que les tentatives habituelles de compréhension de l’évolution de la presse et d’internet sont soit technologiques, soit économiques, parfois sociologiques ou générationnelles, mais peu avaient emprunté la voie de la lutte des classes. Le matérialisme historique a là aussi beaucoup de pertinence, et il a beaucoup brillé à ce jour par son absence dans le débat. Cela en dit assez long sur la réalité de la fracture générationnelle appliquée aux marxistes !
    Il est fort probable qu’Internet est une révolution dans beaucoup de sens du terme, y compris au sens de la prise de pouvoir par (une partie) du "peuple".
    Je ne suis pas nécessairement aussi pessimiste que vous sur la suite des choses. Il est clair qu’Internet explose toute l’intermédiation telle que nous l’avons connue, à commencer par celle à laquelle travaillent les journalistes. Leur métier, très récent à l’échelle de notre histoire, va peut-être disparaître dans sa forme telle que nous la connaissons. Mais la fonction va se répandre, et il y aura certainement demain beaucoup plus de journalisme qu’aujourd’hui (100 à 1000 fois plus). Cela a largement commencé avec les blogs, twitter, etc.
    C’est pourquoi je ne suis pas aussi pessimiste que vous : avec beaucoup plus de journalisme, un pas de plus sera fait vers plus de transparence, d’égalité et de démocratie. Bien sûr, de nouveaux conflits pour l’argent et le pouvoir ont commencé, mais quand il n’y en n’aura plus, il n’y aur plus d’Histoire.

  14. Claire Aubé Says:

    Emmanuel, merci pour cette analyse.
    @ narvic, "cette jeunesse déclassée des classes moyennes est en train de se constituer ses propres médias en ligne, puisqu’elle ne se reconnaît pas dans les autres": des exemples?

  15. Xavier Dubois-Taine Says:

    Comme beaucoup d’autres, je suis d’accord avec les constats ; mais avant d’évoquer la fracture sociale ou générationnelle, je voudrai insister sur 2 choses :
    1) l’essentiel, pour les titres de presse (comme pour bon nombre d’industries d’ailleurs), réside dans la capacité à s’adapter aux besoins des lecteurs, tant sur le contenu que sur le mode de "consommation"/format de l’information ; ce principe explique beaucoup de comportements de lecture : par exemple, la perte de lectorat de la presse papier n’est alors que l’inadéquation du format et du contenu aux attentes d’une frange croissante de lecteurs ;
    2) La presse écrite a du mal à s’adapter aux besoins des lecteurs notamment car :
    - le format papier est beaucoup plus rigide que le format électronique (taille des articles, contenus complémentaires…)
    - les rédactions de journalistes ne reflètent plus ces lecteurs, les directions n’ont plus cette "agilité" ;
    Ainsi, les sites internet se développent, captent de l’audience, mais grâce à de nouvelles équipes de rédaction, des rédac chef jeunes qui ont cette attention aux besoins des lecteurs, ne sont pas "formatés" par leur passé

    Espérant que ces explications complémentaires puisse alimenter la réflexion.


  16. Constat très vrai. La presse est engagée dans une spirale descendante, où le seul modèle valable est celui de l’audimat (ordonnancé par Google et sanctionné par les régies pub), ce qui a de quoi faire peur quand on a un minimum d’ambition en termes de contenu.
    Pour compléter la réflexion, voici mon compte-rendu d’un colloque sur les nouveaux modèles de presse et la transformation du métier de journaliste :
    http://blog1.lemondeinformatique.fr/ingenierie_logicielle/2009/02/le-journaliste-30-existera-peut-etre-mais-la-presse-20-cest-moins-sur.html


  17. Bonjour Emmanuel, je te rejoins dans ton raisonnement, mais je le trouve insuffisamment tranché. D’abord, ne craignons pas de considérer une fois pour toute que l’enjeu est de rompre avec une structure de pouvoir pyramidale, et c’est autant un enjeu pour l’Rtat que pour la presse. Tout le monde se gargarise d’horizontalité, mais personne ne s’y risque. Je suis personnellement pour un discours beaucoup plus radical dans ce domaine.

    Il y a une certaine défiance à l’égard de la qualité des contenus médias (et aussi politiques) qu’est susceptible de produire la société civile (qu’il s’agisse de classes moyennes en voie de paupérisation ou de jeunes générations sacrifiées, peu importe, de toute façon, je ne trouve pas ces deux clivages pertinents). Or c’est précisemment sur eux qu’il faudrait capitaliser à l’avenir.

    Je trouve que Vendredi est une très bonne expérientation de ce modèle. Des journalistes professionnels (certes confinés dans un rôle d’éditeurs et de secrétaires de rédaction) mettent en valeur des UGC (appelons un chat un chat). C’est un moyen très intelligent, par ailleurs, de redonner vie au papier, même si c’est à mon avis prématuré, car la cible de ce nouveau média papier reste très marginale aujourd’hui. A son égard, je ne crois pas à une fracture générationnelle. Je me fait fort de convaincre aussi bien ma fille (20ans) de le lire que mon père (68 ans).

    D’un certaine manière, c’est aussi ce que nous essayons de développer avec Emmanuel Torregano sur Electronlibre, qui a vocation à valoriser (à travers un modèle d’agence de presse médias et d’entreprise) des contenus originaux produit sur un mode collaboratif par des journalistes professionnels, et un agrégat de blogs triés sur le volet. Bien sûr, c’est un modèle de mutualisation des coûts de production et de partage des revenus qui destructure complètement la profession et ses statuts, avec notamment le risque que le producteur d’information joue la carte de l’audience et de l’optimisation de ses revenus plutôt que celle de l’éthique. Mais je considère 1/que ce n’est pas nouveau, 2/que c’est un risque à prendre.


  18. [...] Parody, in un lungo articolo dal titolo « Crise de la presse : moins une question de qualité des contenus que de cliv…, ha aperto nei giorni scorsi un dibattito – assolutamente inedito – sul ruolo e il peso [...]


  19. [...] Parody, in un lungo articolo dal titolo « Crise de la presse : moins une question de qualité des contenus que de cliv…, ha aperto nei giorni scorsi un dibattito – assolutamente inedito – sul ruolo e il peso [...]


  20. [...] Aphatie. Une revanche des classes moyennes ? (sur ces sujets lire les billets d’Emmanuel Parody et celui de Narvic) Il y a sans doute une volonté de partager autre chose que la médiocrité de [...]


  21. Vision au laser et au scalpel. Tu as entièrement raison! J’ai eu ce vague sentiment aussi, lors du dernier débat du SMC (sur la démocratie participative), avec quelques blogueurs politiques "stars". Cf : http://tinyurl.com/bozr93
    Cette ligne de fracture reproduit en fait l’éternelle querelle des anciens et des modernes. Personne ne saisit que cela n’est qu’une question d’adaptation à de nouveaux outils, de digestion en somme, de l’époque et de ses codes. Il y a ceux qui le font vite, ceux qui le font bien, et ceux qui n’ont encore rien compris, voire qui ne comprendront jamais.
    On le mesure aussi à ces derniers projets de presse en ligne, pondus et menés par des anciens cadors de la presse écrite (Mediapart, Slate…) qui entendent réinventer la presse en ligne comme si… elle n’avait jamais existé avant eux! Là ce n’est plus de la fracture mais de la cécité érigé en discours marketing.

  22. Kilian75 Says:

    Petite rectification: rien ne sera jamais irréversible, tout est une question de choix de société et de majorité d’opinion…

    Un article très intéressant en tous les cas! D’une justesse absolu (travaillant dans un groupe de presse, je confirme, pour les voir, les clivages dont tu parles)


  23. [...] di Emmanuel ecosphere.wordpress.com [...]

  24. parfumerie Says:

    Je ne sais pas si c’est une revanche des classes moyennes, je pense que le problème transcende ce problème de classe, à moins que le critère de classe repose sur un critère intellectuel et non financier.

  25. gerovital Says:

    tout ce qui reste c est l Internet …ne peuvent être contrôlés


  26. [...] lire l’excellent commentaire d’Emmanuel PARODY publié aujourd’hui sur Ecosphere. Je cite: Internet est l’instrument de la revanche des classes moyennes qui voient [...]


  27. […] lecture de ce billet d’Emmanel Parody, sur ecosphère, il y trois semaines (“Crise de la presse: moins une question de qualité des contenus que de clivages sociaux&#8221…), m’a troublé. Je n’ai cessé d’y réfléchir depuis, et je m’étais […]

  28. Johnd910 Says:

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