C’est John Battelle, incontournable googologue qui a recueilli la déposition de Giuan Fulgoni, Président de Comscore. Comme on peut s’y attendre il défend la valeur ajoutée de son service et explique à juste titre que Comscore propose une anlayse de l’audience plus poussée que Ad Planner. C’est l’avantage de l’expérience du panel, la remarque vaut pour Nielsen, ces services sont capables de détailler les données socio démographiques et certaines caractéristiques comportementales des internautes alors que l’outil de Google semble (si on en juge aux quelques infos disponibles) reste sommaire.

Conclusion: comme Google Analytics Google propose avant tout un service d’entrée de gamme pour des entreprises ne pouvant se payer les deux Rolls du secteur. Perfide il rend compte de certaines observations sur les écarts statistiques entre les différents outils de mesure. Un terrain plutôt glissant quand on connaît l’interminable débat sur la fiabilité des outils users centric (par panel). Je suis toutefois assez d’accord avec ses arguments malgré ce que j’ai pu dire hier il n’y a pas de mort programmée de Comscore ou Nielsen. Comme d’habitude Google se positionne juste en dessous, raflant le marché de masse. Reste à savoir si Ad Planner parviendra à convaincre les agences et les media-planneurs…  

Google est notre ami. Il se balade chez nous, dans toutes les pièces. Il ne touche à rien mais regarde un peu partout.  Parfois, parce que c’est notre ami, on lui prête un caleçon et des chaussettes. Pas de gêne entre nous, après tout il nous apporte chaque jour des cookies. Seulement ce matin le potos s’est fait la malle avec tous nos caleçons. Le voilà qui se balade sur la place du village et commence à exposer nos sous-vêtements devant l’épicerie.

En quelques jours Google vient de prendre deux initiatives qui déshabillent littéralement l’ensemble des acteurs du Web. Avec la nouvelle option “websites” de Google Trends il propose une estimation précise du trafic d’un site (il faut s’enregistrer pour faire apparaitre les données volumétriques). Avec Ad Planner il fournit aux annonceurs des informations sur l’audience du site,  volume et données socio-démographiques. Données exportables dans les outils de media planning. Des données accessibles gratuitement aux annonceurs. Une mise à mort programmée des Comscore, Nielsen.

Comment Google peut-il réaliser ça?

Simple, quand vous indexez la quasi totalité du web, que vous monopolisez 90% des requêtes d’utilisateurs, que vous mesurez directement les flux de trafic de certains sites (via Google Analytics), que vous représentez 40 à 70% de l’apport de trafic moyen d’un site et que vos cookies conservent les habitudes de consommation des utilisateurs il ne reste plus grand chose à savoir sur vous. Votre nom? Ouvrez-donc un compte Gmail…

Pourquoi gratuit?

C’est une question qui peut paraître incongrue alors que plus personne de s’étonne de la légereté avec laquelle le Web 2.0 traite la question de la monétisation. Pourquoi fournir ces données gratuitement? Parce que Google peut se le permettre? Non. Enfin plus exactement oui il peut se le permettre, mais non je ne pense pas que ce soit la raison fondamentale. On sous estime, je pense, le caractère profondément idéologique de la démarche de Google, depuis les premiers jours de sa fondation. On peut brocader le “Do no evil” mais même Eric Schmidt confesse qu’il ne s’agit pas d’une lubie d’étudiant. L’assertion fondamentale “Google veut aider les gens à trouver ce qu’ils cherchent” (lire l’histoire de Google) contient bien plus de significations qu’il n’y paraît.

Google veut rendre l’information accessible à tous non comme une gigantesque entreprise de distribution mais en anihilant ses coûts. La valeur marchande de l’information tend vers zéro non parce qu’elle prolifère mais parce qu’un moteur de recherche omniscient supprime les barrière d’accès et le facteur de rareté. La gratuité absolue des outils de recherche est le facteur indispensable pour conduire à la gratuité de l’information. C’est une stratégie destructrice pour ceux qui vivent de l’information, elle est voulue, calculée, tout au moins assumée.

Pourquoi?

Des souvenirs d’étudiants en économie me hantent chaque jour un peu plus à mesure que j’observe le développement de l’internet. En particulier les souvenirs, terriblement ennuyeux, des multiples exercices de modélisation mathématique des théories néolibérales. Je constate chaque jour un peu plus combien internet incarne les fantasmes des théoriciens de l’économie. Gloser sur la main invisible d’Adam Smith n’est pas nouveau, mais construire le modèle absolu du marché avec une fluidité parfaite du mécanisme de l’offre et la demande  n’est pas une chose banale.

Rien n’est encore parfait ni absolu dans l’ecosystème numérique mais une barrière fondamentale est en train de tomber, et je pense c’est le sens de la démarche de Google. Un des prérequis fondamentaux de l’économie néolibérale consiste à permettre aux acteurs de l’économie d’accéder aux informations du marché dans des conditions de transparences absolues. La fixation du juste prix en découle. Nul n’osait en rêver, il s’agissait avant tout d’une construction mathématique. Avec une conséquence politique notable: on accordait à l’Etat la mission de faciliter l’accès à l’information, ce qu’il s’est de tout temps empressé de faire de façon très partielle puisque du contrôle de l’information naît le pouvoir…

Le problème?

Il est devant nous, il est titanesque. Personne n’aurait osé imaginer que l’accès à l’information et sa fluidité reposerait un jour entre les mains … d’une entreprise privée. En d’autres termes Google est en train de mettre en place les fondamentaux d’une économie néolibérale en détruisant barrières traditionnelles de l’industrie et des Etats. Séduisant? Certainement.

Certainement Si on passe que Google est lui même un acteur économique et non un acteur politique. Si on passe sur le fait que les revenus de Google proviennent désormais moins de la vente de service que de la ponction financière des échanges économiques qu’il induit lui-même, ni plus ni moins qu’un baron du Moyen Age au croisement d’une route commerciale. Une taxe. Un impôt.

Lors du rachat de Google Analytics puis de Doubleclick certaines voix se sont élevées pour critiquer la position dominante d’un acteur qui contrôle désormais la distribution, l’accès à l’information, la mesure d’audience, la régie publicitaire pour son seul profit. De quoi s’agit-il? De l’ensemble des mécanismes de marché régulant la fixation des prix. Paradoxe effrayant, Google, ce monstre issu du fantasme d’une économie néo-libérale épurée, contrôle les prix parce qu’il contrôle désormais les voies commerciales et l’accès à l’information.

Les autorités de régulation n’y ont vu que du feu, faut-il s’en étonner?

En général si une entreprise investit près de deux milliards de dollars pour un jouet, elle s’intéresse assez rapidement à la meilleurs manière de le rentabiliser. On peut supposer qu’elle consacre un peu de temps et ses meilleurs experts au problème. En général aussi les règles du commerce font qu’il n’est pas envisageable de vendre à perte un service pour acquérir des parts de marché sous peine de se voir accuser de concurrence déloyale. Encore faut-il qu’il y ait une concurrence…

Pour Google il semble que certaines règles ne s’appliquent pas. Ca ressemble presque à une blague “cool” comme la neteconomie en a le secret. Dans un entretien filmé organisé par le New Yorker Eric Schmidt, Pdg de Google, explique tranquillement que “lors d’une réunion en janvier” il a annoncé à ses cadres qu’il serait peut être bon de s’intéresser à la monétisation de Youtube. Et même d’envisager de le rendre rentable fin 2008. Pour ça il a un plan, même “s’il n’aime pas les objectifs de court terme” comme le relève Newsfactor.

Alors que tout le monde spécule depuis deux ans sur les revenus de Youtube, l’annonce confirme d’abord que Youtube ne l’est pas, rentable. Ensuite que l’acquisition  relevait bien de la prise de position dominante plus que d’un calcul économique. Reste à savoir si les propos d’Eric Schmidt relève de la posture “cool” face à l’agressivité de Wall Street, d’une manière de signifier que Google dispose de relais de croissance, ou de la simple légereté. Que penser du départ, il y a quelques semaines, de Shashi Seth, précisément responsable de la monétisation de Youtube?

Et si Google ne parvenait tout simplement pas à monétiser Youtube? Du bluff?

> Lire aussi sur ZDNet

Un peu de rigolade. Vu aujourd’hui via Nielsen, les cinq plus importants sites référants (qui apportent du trafic) d’un site orienté commerce recemment dézingué par Google (qui sanctionne durement depuis plusieurs mois les sites trop chargés de liens):

fr.abcvisiteurs.com
www.easyprog.info
www.01autosurf.com
www.simply-surf.info
autohits.videoserie.net

Amusant non?

Controverse saignante autour du site BBC.co.uk rapportée par Paidcontent.co.uk. Un rapport d’audit (consultable ici) conclut à un dépassement de budget record de 36 M£, soit 45 M d’euros sur un total de 140 M d’euros. La direction ne dément pas le dérapage financier mais conteste les chiffres. En attendant les investissements se retrouves gelés dans l’attente d’une restructuration.

Le rapport est particulièrement sévère, accusant la direction d’avoir perdu le contrôle de son activité, rien que celà. De toute évidence l’activité online de la BBC a bénéficié d’une année faste côté budget. Le rapport, que j’ai parcouru, rend aussi hommage au succès d’audience du site et son incontestable créativité tout en pointant certaines carences en matière de visibilité de ses contenus. Visiblement un certain nombre de contenus se retrouvent dilués dans la profusion de services (ce qui me paraît plutot une promesse de croissance).

C’est une autre façon d’aborder la crise de la presse. C’est brutal. Un analyste financier montre comment le fleuron de la presse américaine, le groupe New York Times, pourrait se résumer à un champ de ruines. Beaucoup d’investisseurs se pressent au chevet du groupe mais les chiffres sont dévastateurs. Peu d’issues hors du démentellement. On frissonne.
Lu via le très direct Innovations in Newspapers

Rien de tel qu’un graphique pour apprécier la tendance du moment. Trouvé sur The Long Tail à partir des données de la NAA avec lesquelles vous pouvez fabriquer vos propres graphs, voici les chiffres d’affaire publicitaires des journaux US depuis 25 ans. Pour ceux qui trouvent qu’il y a encore de la marge ci-dessous vous trouverez la même courbe calculée hors inflation pour la presse papier: on voit que 2007 constitue un retour à la situation de 1982…

newspapers-web-revenue-usa2.jpg

print-revenue-usa.jpg

(note : Revenue = Chiffre d’affaire)

> A lire aussi, l’excellent article de Benoit Raphael sur la “mort des journaux

 Vu chez Jean-François Ruiz cette excellente présentation sur les motivations des blogueurs, une étude réalisée par les agences Via Nova Spheeris et Seprem auprès de 266 éditeurs de blogs. Coup de pot ce n’est pas l’argent qui les intéresse même si 49% souhaitent professionnaliser leur activité.

L’annonce est passée inaperçue alors que tout le monde avait les yeux tournés vers l’OPA de Microsoft sur Yahoo, Google, de l’aveu même de Serge Brin, n’est pas satisfait des performances publicitaires des réseaux sociaux (lire la traduction de l’article par ZDNet.Fr). Du coup on se rappelle avec un peu de retard la nature de l’accord avec Myspace : 900 M$ de revenus garantis mais sur 3 ans avec l’essentiel pour 2009 et à condition de respecter des critères de croissance pour l’audience de Myspace. L’arrivée de Facebook a probablement bouleversé le plan et les revenus de Myspace restent toujours à mon avis une affaire bien mystérieuse.

Ce qui est intéressant dans cette histoire c’est d’entendre Serge Brin parler de “déception” à propos des performances des réseaux sociaux. Parler de médiocrité est plus proche des témoignages qui se multiplient depuis plusieurs mois. Pas sûr non plus dans le cas de Myspace que les contenus et le contexte soient très favorables à la publicité. Les uns et les autres étant probablement trop hétérogènes pour permettre un ciblage satisfaisant.

Lire aussi : la chute de la durée de session sur les réseaux sociaux (aussi ici)

Maj 05/02/08: News Corp affirme à l’occasion de l’annonce de ses résultats financiers que sa filiale Fox Interactive (incluant Myspace) atteindra ses objectifs de 1 milliard de $ de CA. Affirmation qui laisse ouvert toute interprétation (apres tout le revenu est garanti donc en clair la question est de savoir si Google récupère sa mise à l’issu du deal).

MAJ 05/02/08: L’analyse de Larry Dignan, plus nuancée sur Myspace qui semble le grand gagnant du deal au contraire de Google. 

Fin de la saga du WSJ gratuit. Certains ont vendu la peau de l’ours un peu trop vite, le WSJ restera payant même si on y trouvera plus de contenus en accès libre. Cerise sur le gâteau l’abonnement va même augmenter. Peu de détails sur les raisons de la décision mais on peut largement supposer que le petit calcul du gratuit-hausse-du-trafic vs payant-audience-qualifiée a largement eu le temps de se répandre sur les tableurs excel (voir mon précédent billet).

Du coup, vu l’ambiance boursière, je me demande si je ne vais pas ressortir mes prédictions 2007 en faveur du retour du payant… Pendant ce temps la Newspaper Association of America présente un bilan positif pour l’audience des sites des journaux américains avec +6% de visiteurs uniques sur le dernier trimestre 2007 (notons toutefois que la croissance ralentit par rapport aux 9% de 2006).  

Crouic !

janvier 23, 2008

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Aidez-moi à trouver la bonne légende

“Digg it”
“Fallait un deuxième port USB”
“Tiens, je vais acheter les droits du foot”
“Le super-wall j’y crois …”
….

A vous…

Pas sûr que vous l’ayez noté, pour ça il fallait regarder et écouter attentivement hier soir l’excellent reportage de “Complément d’Enquête” sur France 2 et consacré, entre autres choses, à Dailymotion. Un plan furtif sur une réunion de direction dans les locaux de Dailymotion et une phrase captée à la volée qui annonce l’objectif de la société pour 2008 : atteindre 20,3 M d’euros de CA publicitaire.

A la volée? Pas si sûr, d’après les vérifications de la rédaction de ZDNet (encore Estelle), la présence du micro était connue et assumée. Du coup on s’interroge, l’info est peut être un peu plus “téléphonée” qu’elle n’en a l’air (voir la video autour de 60% de la séquence).

Bluff ou pas bluff, cette séquence a le mérite de mettre un chiffre sur Dailymotion et de calmer les fantasmes de ceux qui pensent que la société a déjà atteint ce niveau de CA en 2007. La réalité est probablement largement inférieure mais tout démontre que Dailymotion s’est engagé de façon aggressive dans la course aux revenus. Une bonne chose.

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Une bonne chose pour un service qui corrige peu à peu ses défauts. J’abordais la question dans un précédent billet “Dailymotion, plus de professionnalisation, pas assez de garanties“, qui m’avait valu une réaction assez vive du service marketing de la société. On m’avait demandé de revoir mon texte. Ce que j’ai refusé de faire, pas convaincu par les arguments, je regrette simplement que la promesse de réponse sur le blog n’ait pas été tenue à l’époque. La vraie réponse c’est peut être justement l’opération en cours avec BFM TV , qui fait aussi l’objet du reportage, où l’on voit comment la chaîne de TV utilise Dailymotion pour impliquer les lecteurs dans une émission politique sans pour autant diffuser ses programmes sur Dailymotion (ce qui me paraissait justement source d’un déséquilibre dans l’échange de valeur). Comment faire de la plate-forme autre chose qu’un instrument de buzz, c’est une bonne démonstration. A suivre…

> MAJ 29/01/08: lire le billet de Rodrigo qui propose un calcul très intéressant

(Au passage l’emission confirme l’imminence d’une procédure de TF1 contre Dailymotion)