USA: baisse des investissements publicitaires début 2008
juin 22, 2008
On le sentait venir, c’est désormais confirmé par l’IAB USA: les revenus publicitaires du premier trimestre 2008 sont en baisse par rapport au dernier trimestre 2007. Un décrochage très bien commenté par Didier Durand dont je partage l’analyse centrée sur la récession américaine et l’élasticité du marché publicitaire. On attendait cette confirmation dans les résultats du premier trimestre de Google mais ceux-ci, comme l’avaient noté quelques analystes, étaient brouillés par la croissance des revenus hors USA.
Ajoutons au décor le taux de change dollars/euros qui pénalise les investissements des entreprises américaines et on peut supposer que l’impact ne se limitera pas à la zone US. J’ai par ailleurs constaté, malgré le démenti (faussé à mon sens) des résultats de Google une large baisse des revenus aux clics sur le réseau Adsense, ce que me confirme plusieurs blogueurs indépendants dont les revenus proviennent exclusivement de ces publicité à la performance. Mes observations portent toutefois sur plusieurs pays aussi ai-je de bonnes raisons de penser qu’on assiste à une baisse de la pression publicitaire sur ce réseau, peut-être pas dans tous les secteurs. N’hésitez pas à me contredire ou confirmer cette impression…
Les conséquences n’ont même pas à être imaginées puisqu’on les observe depuis quelques mois: le web 2.0 est en vente car bon nombre d’investisseurs anticipent une à deux années de vaches maigres et la concentration s’accélère. Pour faire court la bulle qui n’existe pas a éclaté sans bruit. Sans bruit puisque cette fois, les répercutions n’affectent pas massivement la bourse. Personne n’a toutefois noté que quelques grosses acquisitions des derniers 12 mois ont dégringolé dans des proportions inquiétantes. Enfin pourquoi est-ce que je mentionne le Web 2.0? Parce que les valeurs des sociétés emblématiques de ce secteur reposaient sur une surestimation du visiteur unique, lui même survalorisé par une anticipation exagérée de la croissance du marché de la publicité (du point de vue de l’acheteur potentiel).
Bref 2008 est bien partie pour être l’année de la correction.
Presse US: la carte des restructurations
juin 18, 2008
Le truc le plus anxiogène du moment (du coup je ne le publie pas sur Mediachroniques):
Vu sur Graphicdesignr via Cyberjournalist.net
Un audit accuse BBC.co.uk de mauvaise gestion
mai 29, 2008
Controverse saignante autour du site BBC.co.uk rapportée par Paidcontent.co.uk. Un rapport d’audit (consultable ici) conclut à un dépassement de budget record de 36 M£, soit 45 M d’euros sur un total de 140 M d’euros. La direction ne dément pas le dérapage financier mais conteste les chiffres. En attendant les investissements se retrouves gelés dans l’attente d’une restructuration.
Le rapport est particulièrement sévère, accusant la direction d’avoir perdu le contrôle de son activité, rien que celà. De toute évidence l’activité online de la BBC a bénéficié d’une année faste côté budget. Le rapport, que j’ai parcouru, rend aussi hommage au succès d’audience du site et son incontestable créativité tout en pointant certaines carences en matière de visibilité de ses contenus. Visiblement un certain nombre de contenus se retrouvent dilués dans la profusion de services (ce qui me paraît plutot une promesse de croissance).
A force de dialoguer par blogs interposés ça devait arriver, nous avons décidé de nous regrouper pour créer un lieu de réflexion sur l’avenir de la presse. Mediachroniques se lance sur la plate-forme communautaire Ning avec 6 plumes (pour commencer), Jeff Mignon (5W Mignon-Media), Philippe Couve (RFI, déjà familier de Ning avec L’atelier des médias), Francis Pisani (journaliste indépendant), Benoît Raphaël (lepost.fr), Catherine Lottier (Canal +) et ma pomme.
En un an nous avons écumé tellement de conférences anxiogènes sur le déclin de la presse qu’il nous a semblé utile de rassembler nos forces pour créer ce qui pourra aussi devenir un centre de ressources et de veille sur le sujet. Une façon de prendre l’initiative alors que notre industrie semble atteindre le creux de la vague. Disons que nous souhaitons en faire un lieu d’optimisme lucide.
Un peu d’ambiance avec quelques unes de mes lectures du moment sur le sujet:
> Où se joue la bataille de l’information ? Le buzz, idiot ! (Narvic)
> Variations lilloises sur l’(in)utilité des journalistes (Couve)
> La dernière chance des journalistes (Narvic)
> Pourquoi je suis en colère (Giraudo)
> Journalistes: révolution ou choléra? (Raphaël)
Hébergeur vs éditeur: une piste de réponse
mai 22, 2008
J’ai laissé en plan l’affaire Fuzz il y a quelques semaines tout en promettant une suite, elle commence à prendre forme. Sans reprendre la polémique en détail disons qu’une malheureuse vague de jugements en référé ont conduit pas mal de monde à douter de la pertinence du statut d’hébergeur tel que décrit par la LCEN. Au minimum son efficacité à protéger un certain nombre de services en ligne ayant cru pouvoir limiter leur responsabilité en invoquant ce statut. Pour faire court il a suffi de démontrer que ces services “organisaient le contenu” pour contester le statut d’hébergeur et les faire basculer comme éditeurs avec un régime de responsabilité maximum, ce qui a ébranlé plus d’un modèle économique et suscité l’émoi.
Le GESTE qui regroupe une bonne part des principaux medias professionnels d’information en ligne a décidé dans la foulée de mobiliser ses juristes pour plancher sur la question. Objectif: préciser la responsabilité repective des services concernés au besoin en clarifiant la nature de leur activité et retrouver les conditions favorable à leur développement économique. Je vais essayer de résumer ici le résultat de cette réflexion le plus simplement possible (je ne suis pas juriste mais le GESTE précisera dans les prochaines semaine le détail de cette argumentation).
Au départ, deux points majeurs à retenir:
- Sortir de la distinction binaire hebergeur vs editeur: c’est la leçon des derniers jugements, l’opposition brutale, sans nuance entre les deux statuts mène à l’impasse. Pour une raison simple: le statut d’hébergeur est attractif mais aussi très restrictif en particulier parce qu’il décrit essentiellement une activité de stockage (assertion la plupart du temps risible pour n’importe quel observateur, avis personnel). S’il apparaît d’une manière ou une autre que l’activité du service s’étend au delà du simple stockage c’est l’ensemble du statut qui est remis en question. Dans un système binaire cela signifie qu’on bascule ipso facto du côté du statut d’éditeur avec un régime de responsabilité accru. C’est exactement ce qui est arrivé avec Fuzz. Autrement dit, revendiquer le statut d’hébergeur est un jeu à quitte ou double. On gagne ou on perd tout. Mais surtout on s’interdit de plaider sur toutes les nuances de l’activité, par exemple d’agrégateur, puisqu’elles vont toutes contredire l’activité d’hébergement (on organise les contenus, on indexe, on hiérarchise etc…). Du coup, dans un contexte hostile, on se retrouve suspecté de mauvaise foi. Bing!
- Préciser la définition de l’éditeur: c’est le grand paradoxe du débat, le concept qui semble le plus solide dans l’esprit de tous les acteurs est un mirage. Croyez-le ou non (voir les commentaires de mon billet et mon échange avec Lionel Thoumyre de Jurisnet.com) le statut d’éditeur n’existe pas. Pire, entre multimedia, audiovisuel, interactivité, il devient chaque jour plus complexe et fuyant. Au mieux on l’identifie aux medias traditionnels, à sa forme la plus palpable, l’édition papier. Il n’est plus opérant. Qualifier sans nuance la plupart des services interactifs d’”éditeurs” à défaut de pouvoir les définir comme hébergeur, revient donc à les expédier à l’autre extrémité du spectre des définitions possibles, dans le mur ou le néant.
La vérité est simple est cruelle. La plupart des services concernés par la polémique ne sont pas des hébergeurs au sens strict du terme. C’est une évidence, du moins hors du champ juridique. Ils ne sont pas non plus des éditeurs au sens traditionnel. C’est aussi une évidence. La question n’est pas de savoir s’ils sont hébergeurs (qui peut croire sérieusement que Murdoch investirait pour vendre du gigaoctet), la question est de savoir s’ils peuvent le plaider. Nuance.
Paradoxe les éditeurs traditionnels s’éloignent aussi de la simple activité de production de contenus, ce que reconnaît la LCEN en leur reconnaissant une fraction du statut d’hébergeur, par exemple en ce qui concerne la gestion des commentaires (dans le cas d’une modération a posteriori la responsabilité est celle d’un hébergeur, pour faire court).
Constat important: la LCEN a introduit l’idée qu’au sein d’un même service ou media, la nature de la responsabilité pouvait être nuancée. Une façon polie de reconnaître la nature profondément ambivalente des medias en ligne. Rétrospectivement c’était une approche visionnaire, même si, au départ il ne s’agissait que de préserver des lieux de débat et la liberté d’expression. C’est ce point, je crois, qu’il faut préserver.
La proposition du GESTE: reconnaître la notion d’éditeur de services
Simple. Ne remettons pas en cause le statut d’hebergeur, il décrit une activité qui existe bel et bien. Opérons une distinction dans le statut d’éditeur. Le GESTE a déja produit une définition du statut d’éditeur qui reconnaît l’ambivalence entre la production de contenu et la production de services (à télécharger ici). Enfoncons le clou, reconnaissons la distinction entre éditeurs de contenus et éditeurs de services. L’éditeur de services organise des contenus, peut opérer des choix éditoriaux, indexer, ajouter des mots clés, hiérarchiser l’information avec ses utilisateurs (pensons à Digg.com). L’éditeur de service peut réaliser tout celà sans produire ni prendre connaissance des contenus un par un. L’éditeur de service a la responsabilité des choix éditoriaux qu’il opère en organisant même partiellement les contenus, il n’a pas la responsabilité des contenus eux-mêmes à la différence de l’éditeur de contenus. Bref il est reponsable de ce qu’il édite vraiment. Il peut ainsi réagir a posteriori à un contenu litigieux selon le même régime de responsabilité qui est reconnu à l’hébergeur… et à l’éditeur de contenus dans le cas des commentaires.
Appliqué à Fuzz c’est lui permettre de reconnaître pleinement l’ambition éditoriale de ce service tout en le déchargeant de la responsabilité de contenus produits par d’autres (à condition qu’il ne les produisent pas lui-même mais c’est une autre histoire). C’est aussi et surtout l’opportunité de pouvoir se défendre sans devoir se revendiquer d’une improbable activité de stockage.
Dans les prochaines semaines, peut être via un nouveau livre blanc, le GESTE devrait préciser cette approche dont le mérite est aussi de ne pas remettre en cause les acquis de la LCEN. Je précise au passage, que bien qu’ayant pris part au débat certains commentaires écrits ici relève de mon opinion personnelle et n’engage pas tous les membres du GESTE.
Parce qu’il faut rendre à César son dû, je remercie Marine Pouyat, juriste du GESTE, et surtout Etienne Drouard avocat du cabinet Morgan Lewis qui ont orchestré ces travaux en un temps record (je ne désespère pas de leur faire ouvrir un jour un compte Facebook mais pour le moment on se passera de liens). J’espère n’avoir pas dénaturé leur raisonnement.
La discussion ne fait que commencer. J’inaugure le crash test en exposant ces idées dès demain aux ateliers de l’ADIJ dans le cadre d’un débat avec Lionel Thoumyre (Juriscom.net) qui est aussi l’avocat de Myspace.
Stupéfaction à l’occasion d’un entretien sur Canal+ avec Jean Dionis du Séjour rapporteur de la LCEN qui plaide pour une évolution de la Loi. Propos analysés par l’avocat Eolas sur son blog où l’on relève cette déclaration suprenante:
“On en est à dire que Dailymotion sera… serait, il faudra l’encadrer, le limiter, il serait partiellement responsable des contenus [qu'il héberge], il faudra que Dailymotion s’engage plus (d’ailleurs, ils le font déjà) dans la surveillance, dans le contrôle des contenus qui seront apportés par les internautes, et les contenus qui seront [soumis au droit d'auteur], il faudra qu’ils fassent en sorte qu’ils ne soient pas mis en ligne, quoi.”
Lapsus ou démonstration que la révision (pour le moment écartée) de la Loi ou la redéfinition possible de la notion d’hébergeur n’irait pas forcément dans le sens d’une liberalisation? Autre hypothèse, les techniques de marquages des contenus, qui relèvent pour le moment de l’action symbolique (toujours aussi étonnant de voir comment chacun feint de de croire à leur efficacité et la réalité de leur déploiement), pourrait jouer un vrai rôle de filtre si les producteurs de contenus adoptaient le marquage systématique. A condition d’en supporter le coût ce qui ne manque pas de sel…
Je suis également surpris de voir que le député s’étonne des dérives autour de l’application de la LCEN alors que, je le répète, elles étaient parfaitement anticipées dés le départ. Jusqu’au phénomène d’assignation collective des sites qui avait été mentionné comme issue probable. Le pari était simple: la jurisprudence tranchera et donnera l’orientation. Nous y sommes.
Concernant l’affaire Fuzz, relancée par la décision d’Eric Dupin de faire appel et l’assignation de Wikio, j’en profite pour conseiller vivement la lecture de ces deux articles - controversés- de Maître Eolas. Juste pour rappeler que le contexte dans lequel se déroule cette affaire est loin d’être simple.
> et si le juge avait raison ?
> Affaires Fuzz et autres, réplique à Adscriptor
Ce dernier article que je trouve brillant et juste même s’il est devenu difficile d’aborder cette affaire avec sang froid sous l’angle juridique sans passer pour liberticide. Je crois utile de rappeler que cette affaire ne menace absolument pas le Web 2.0 et la majorité des sites assumant leur rôle d’éditeur (et qui bénéficient tout de même de la couverture de la LCEN en ce qui concerne la modération des commentaires) ou leurs fonctions de prestataires techniques. A condition bien sûr de savoir que le risque juridique est inhérent à la fonction d’éditeur.
Seul vrai point de crispation: l’émergence de sites, certes emblématiques du Web 2.0 mais loin d’avoir démontré leur pérennité, dont l’activité se situe pile à la charnière de la fonction d’hébergeur et celle d’éditeur dans la mesure où leur activité ne se résume pas au stockage et la prestation de service mais bel et bien dans l’exploitation du contenu éditorial. Selon que l’on interprête leur nature du côté de l’une ou l’autre des deux fonctions, le risque est total. C’est toute la stratégie des plaignants qui remettent en cause le statut d’hébergeur pour appuyer leurs revendications.
Ethique en toc
avril 22, 2008
Il y a des journées comme ça, qu’on traverse comme un mauvais rêve. Il y a des signes annonciateurs. Un dirigeant de TF1 plongé dans une affaire crapoteuse sans qu’aucun journal télévisé ne juge pertinent de traiter l’info. Heureusement la presse est encore là, sur internet aussi. La pdeudo mort de Sevran qui donne lieu à un cafouillage magistral sur Europe 1. Démenti brutal, et long silence assourdissant, avant qu’on ne découvre l’origine des pseudos “sources multiples sérieuses”: Elkabbach, patron de la rédaction d’Europe 1. On oublie au passage qu’Europe 1 annoncait deja le mariage d’Olivier Martinez il y a quelque temps (la faute à l’AFP).
Le même qui appelait à la création d’un comité d’éthique contre la “dictature de l’émotion”, comprenez le Net puit à rumeurs (lire l’interview collector sur La Croix). Merci ArretsurImages.net et LePost.fr qui donnent l’info. Merci le Web. Qui sait d’ailleurs que la marmelade sur le comité d’ethique doit son origine à la mise en cause de David Douillet, info reprise par Europe 1, démentie par Douillet face à au site Bakchich qui a finalement obtenu gain de cause au tribunal. Merci le Web (honnêtement qui a entendu parler de l’affaire Douillet depuis une semaine?).
Ce soir le pompon.
L’emission 66 Minutes de M6 devait diffuser un reportage (à charge) sur la Chine. C’est un reportage sur les jeunes SDF qu’on se voit servir. Pourquoi? Le forum de M6 s’échauffe à juste titre. Le sujet est reprogrammé la semaine prochaine. La version de l’animatrice, celle du directeur de l’info sur… Europe 1.
POURQUOI?
Alors faut-il un comité d’éthique?
Le problème ce n’est pas l’éthique, le problème, c’est que cette semaine pour être informé il fallait lire l’info sur le web. Parce que le problème c’est celui d’une lutte contre un certain pouvoir. Le pouvoir dans et sur les medias. Comme une page qu’on ne parvient pas à tourner.
Limpide.
Bonus : Je passe la parole à ma maman qui pour la seconde fois trouve les mots justes (et au passage, après 30 ans d’Europe 1 s’informe sur LePost.fr et ASI.net. Qu’on médite là dessus).
Cadeau d’Ecosphere, un “focus group” percutant pour pas un rond:
Cherche nanas, musicos et techos
avril 10, 2008
Un peu de promo gratuite, histoire d’oublier les nuages au dessus de l’industrie de la presse. CNETNetworks France (où je suis) a lancé une brouette de nouveaux sites: Onlylady.fr blog féminin où l’on retrouvera Pascale Weeks (blogueuse et cuisinière réputée qui officie déjà chez nous sur Goosto.fr) et Juliette, animatrice de CNETTV.fr (oui on a aussi une télé).
Musicspot.fr, un site communautaire pour les fans de musique, et Music360.fr un autre site communautaire conçu pour mettre en relation les musiciens qui cherchent à monter un groupe et diffuser leurs oeuvres. Ce dernier site était au départ un site perso conçu par Benoit Darcy un de mes journalistes gratte guitare, l’idée était simple et géniale du coup on lui a collé un billet aller simple pour le vol roule-ma-poule-c’est-tout-bon. Faites passer les URL à vos amis musicos on a besoin de bras pour déboguer tout ça et collecter les avis des initiés.
J’en profite pour signaler qu’on embauche des developpeurs (envoyez les CV ici)
Voilà voilà, je retourne bosser, côté blogs ça va aussi bouger mais là on vous contactera …
Le NYTimes à la moulinette de l’analyse financière
avril 8, 2008
C’est une autre façon d’aborder la crise de la presse. C’est brutal. Un analyste financier montre comment le fleuron de la presse américaine, le groupe New York Times, pourrait se résumer à un champ de ruines. Beaucoup d’investisseurs se pressent au chevet du groupe mais les chiffres sont dévastateurs. Peu d’issues hors du démentellement. On frissonne.
Lu via le très direct Innovations in Newspapers
Papier et Web: comparaison des revenus de la presse US
mars 30, 2008
Rien de tel qu’un graphique pour apprécier la tendance du moment. Trouvé sur The Long Tail à partir des données de la NAA avec lesquelles vous pouvez fabriquer vos propres graphs, voici les chiffres d’affaire publicitaires des journaux US depuis 25 ans. Pour ceux qui trouvent qu’il y a encore de la marge ci-dessous vous trouverez la même courbe calculée hors inflation pour la presse papier: on voit que 2007 constitue un retour à la situation de 1982…
(note : Revenue = Chiffre d’affaire)
> A lire aussi, l’excellent article de Benoit Raphael sur la “mort des journaux“
Stupéfiant! Même si j’ai expliqué pourquoi le statut d’hébergeur allait nécessairement prendre du plomb dans l’aile je pariais en mon for intérieur pour un jugement plus prudent dans le cas opposant Olivier Martinez et Fuzz. En particulier parce que la procédure prévue par la LCEN et consistant à désigner à l’herbergeur le contenu potentiellement litigieux n’a pas été respectée. Helas cette procédure n’est pas obligatoire, on l’avait oublié, et comme d’habitude le jugement le plus symbolique sanctionne le cas le moins évident, le plus injuste. Fuzz.fr, petit agrégateur sans véritable poids économique.
(Maj 28/03/08 : le détail de l’ordonnance de référé)
Je le dis clairement, j’aurais aimé qu’on discute aujourd’hui d’une Laure Manaudou qui avait toutes les raisons d’attaquer sans regret tous les sites qui d’une manière ou une autre ont sciemment exploité la diffusion des photographies intimes. On aurait pu tranquillement démontrer comment la querelle autour du statut d’hébergeur est parfaitement fondée et comment il peut permettre de détourner, pour des intérêts commerciaux, l’esprit de la Loi conçue, je n’en doute pas, pour préserver les conditions de la liberté d’expression.
Las, Manaudou a choisi la modération malgré son honneur bafoué et Martinez dont on apprend, culot suprême, l’annonce de son mariage, a choisi l’affrontement (MAJ: le mariage est finalement démenti, c’est le bouquet, merci l’AFP et Europe 1 de m’avoir induit en erreur). La justice tranche ainsi sur fond de confusion extrème et génère incompréhension et inutile frustration. Ainsi soit-il. Désormais messieurs vous savez ce qui empoisonne la presse française depuis plusieurs années: on peut publier la vérité et être condamné. Je le dis et le redis, le combat des blogs se mène avec les éditeurs et non avec les hébergeurs.
Puisque, faute de mieux, il faut bien commenter l’affaire Fuzz rappelons que techniquement ce jugement n’a pas valeur de jurisprudence et que rien n’est joué sur le fond (l’affaire Lespipoles.com est bien plus pernicieuse sur ce point). En revanche, dans l’attente de pouvoir lire le détail du jugement, il me faut exprimer mon effroi devant l’extrême bétise qui s’est épanchée au cours des derniers jours pour défendre Eric Dupin sur le thème “je n’aime pas Olivier Martinez”.
Je m’explique…
Je ne mets pas en doute la bonne foi des initiateurs et de la très large majorité des individus ayant soutenu cette initiative, y compris l’astucieuse technique du Google bombing. Le résultat, une campagne de lynchage pure et simple, relève pourtant de la plus profonde immaturité, pire il est extrèmement dangereux:
- La blogosphère a offert sur un plateau des milliers d’articles dont le caractère diffamatoire ne fait aucun doute. Alors qu’à l’origine l’affaire pouvait se plaider, il y a désormais un boulevard pavé d’euros pour exiger des dommages et intérêts. On ne peut pas faire mieux en matière de crétinisme. Prions simplement pour que le défenseur d’Olivier Martinez comprenne la nécessité de calmer le jeu.
- Qu’on le veuille ou non Olivier Martinez A LE DROIT de demander à la justice de trancher s’il estime être lésé. C’est à la justice de décider si sa démarche est fondée ou si elle est abusive. En clair on peut hurler à l’abus, à l’erreur, à l’injustice mais on ne peut nier à un plaignant son droit fondamental à faire appel à la justice. AUCUN JURISTE ne peut contester ce droit car ce serait précisément nier l’existence d’un état de droit. Ce que je crains est simple: l’organisation spontanée ou non de l’opération “je n’aime pas Olivier Martinez” a-t-elle pu influer négativement sur le jugement de l’affaire en se transformant en un déni pur et simple des droits du citoyen.
Alors, et ensuite?
Ensuite, il faudra attendre les autres jugements à venir et rapidement s’attaquer au fond de la question. Puisqu’on a pris le temps de définir ce qu’était un hébergeur en sachant pertinemment que ce type de litige allait survenir tôt ou tard et puisque des juristes m’expliquent (voir les commentaires) à juste titre que c’est le statut d’éditeur qui n’a jamais été précisé et bien repartons du point de départ, redéfinissons le statut d’éditeur à l’heure d’internet. Redéfinissons le cadre juridique permettant à ceux qui assument ce rôle de librement diffuser partie de leur contenu (par exemple via RSS) sans contraindre nécessairement à la contractualisation. Travaillons à définir le media d’un nouveau genre, le media ouvert. N’instrumentalisons pas la Loi pour couvrir les éditeurs masqués sous le statut d’hébergeur.
A titre personnel et professionnel je compte m’engager sur cette question et l’appliquer aux medias que je dirige. C’est dit.
Quelques bonnes lectures:
> Chez Narvic, la question du lynchage
> Chez l’incontournable Versac, le lynchage encore
> Chez Eolas toujours brillant, Que faire quand on reçoit un courrier d’avocat (pour expliquer simplement qu’une assignation n’est pas une condamnation)
> Chez Juriscom.net toujours pertinent (et du côté de la LCEN) un bilan intéressant de la LCEN par le parlement - document toutefois encore non définitif. Document qui tente de soutenir la légitimité du statut d’hébergeur tout en le distinguant ouvertement du statut d’éditeur pourtant réputé “non défini”…
> Chez JB Soufron sur ZDNet.fr, le statut d’hébergeur remis en question
> Chez Adscriptor, la défense de Fuzz, côté bonne foi
Mediapart J-1 : la présentation
mars 15, 2008
Ce matin au cinéma MK2 près de la Bibliothèque de France, la présentation officielle de Mediapart.fr avant son lancement demain 16 mars 2008. Déjà près de 3500 abonnés (objectif 25 000 à la fin de l’année), et une équipe de 30 personnes. Avant de publier mes impressions voici trois videos prises durant la session. Dans l’ordre François Bonnet le directeur éditorial qui présente le site (video 1 et 2) et Benoît Thieulin qui explique la mécanique participative (video 3).
> Voir aussi le précédent billet sur Mediapart
L’équipe de Mediapart autour d’Edwy Plenel (cliquer pour agrandir)
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Stratégie et choix éditorial par François Bonnet Directeur de la rédaction
Contenu et interactivité par François Bonnet Directeur de la rédaction
Le Club: les fonctions de réseau social - par Benoit Thieulin (LaNetscouade.com)








