A lire sur ZDNet.fr (un des sites dont j’ai la charge) un entretien avec Olivier Abecassis DG de WAT, la plate-forme video de TF1. Il annonce un intéressant revirement de stratégie: désormais la priorité consiste à monétiser le contenu propriétaire de la chaîne ainsi que celui de ses partenaires. WAT continuera à héberger le contenu des utilisateurs (UGC) mais ne croit plus à la capacité de tirer des revenus suffisants de ces videos à la qualité aléatoire et controversée.

Une décision qu’on peut rapprocher de la stratégie autour de Hulu.com aux USA, soutenue en particulier par Fox (Murdoch) et qui consiste à privilégier exclusivement la monétisation des contenus des éditeurs. Le calcul est simple: mieux vaut moins d’audience mais une monétisation à l’unité accrue et exploiter ses fonds de catalogue. En face rappellons que Youtube ne monétise que moins de 5% de son stock de video.

La strategie des Youtube, Dailymotion et même Myspace consiste aussi à accroitre la part du contenu propriétaire par des accords avec des éditeurs mais également, ce qui est passé un peu plus inaperçu, à recycler le contenu « piraté ». Comment? Grâce aux différents système d’identification des videos qui permettent de réattribuer la paternité de ces contenus aux éditeurs d’origine et de leur proposer un partage des revenus sur leur exploitation. Une stratégie ingénieuse qui transforme le piratage en système de distribution. Malin. Très malin même si, en pratique, l’identification des videos est loin d’être un processus fiable et repose sur la capacité de référencer au préalable les oeuvres originales afin de comparer les signatures numériques.

Bref deux modèles et deux choix stratégiques s’opposent sur le marché de la video. Une course contre la montre.

Apres son premier reportage sur la bulle internet la chaîne 13eme rue diffuse sa dernière production cette fois sur le phénomène du buzz sur Internet. Au delà de l’aspect anecdotique l’intérêt de ce documentaire repose sur la démonstration de l’intérêt économique qui nourrit impitoyablement la diffusion du buzz, par exemple dans le cas de Laure Manaudou (déjà abordé ici). On y retrouvera aussi le thème de la manipulation, de la fin du « OFF » et de l’exposition incontrôlée des personnalités politiques.

Bref toute une époque. Je regrette toutefois qu’on mette sur le même plan les buzz crapoteux et le hors antenne qui a valeur d’information (sur ces questions Arret sur images fait un bien meilleur boulot). A signaler quelques passages ironiques sur les bloggeurs qui « aiment passer à la télé ». Sur le fond impossible de ne pas rappeler aux bloggeurs, grands ou petit, que tout relève de l’acte publication, avec les conséquences juridiques associées.

La phrase qui résume tout: « avec Internet le hors antenne a trouvé son media »

En général si une entreprise investit près de deux milliards de dollars pour un jouet, elle s’intéresse assez rapidement à la meilleurs manière de le rentabiliser. On peut supposer qu’elle consacre un peu de temps et ses meilleurs experts au problème. En général aussi les règles du commerce font qu’il n’est pas envisageable de vendre à perte un service pour acquérir des parts de marché sous peine de se voir accuser de concurrence déloyale. Encore faut-il qu’il y ait une concurrence…

Pour Google il semble que certaines règles ne s’appliquent pas. Ca ressemble presque à une blague « cool » comme la neteconomie en a le secret. Dans un entretien filmé organisé par le New Yorker Eric Schmidt, Pdg de Google, explique tranquillement que « lors d’une réunion en janvier » il a annoncé à ses cadres qu’il serait peut être bon de s’intéresser à la monétisation de Youtube. Et même d’envisager de le rendre rentable fin 2008. Pour ça il a un plan, même « s’il n’aime pas les objectifs de court terme » comme le relève Newsfactor.

Alors que tout le monde spécule depuis deux ans sur les revenus de Youtube, l’annonce confirme d’abord que Youtube ne l’est pas, rentable. Ensuite que l’acquisition  relevait bien de la prise de position dominante plus que d’un calcul économique. Reste à savoir si les propos d’Eric Schmidt relève de la posture « cool » face à l’agressivité de Wall Street, d’une manière de signifier que Google dispose de relais de croissance, ou de la simple légereté. Que penser du départ, il y a quelques semaines, de Shashi Seth, précisément responsable de la monétisation de Youtube?

Et si Google ne parvenait tout simplement pas à monétiser Youtube? Du bluff?

> Lire aussi sur ZDNet

Petit gadget que j’ai découvert hier avec la rédaction de CNETFrance et qui pourrait changer la donne dans les prochaines années: le Gigabyte GSmart t600 est le premier téléphone capable de recevoir la TNT disponible sur le marché français. Pas chose à dire sur le téléphone lui même qui n’est pas un foudre de guerre mais pour ceux qui en doutent, regarder la télévision sur son téléphone ça marche et c’est impressionnant. La taille de l’écran ne pose pas de probleme en revanche comme on s’y attendait il ne faut pas trop imaginer regarder ses émissions préférées dans le metro car la capacité de réception reste limitée. Ceux qui utilisent des clés USB avec tuner TNT comprendront, le moindre mur gêne la réception.

> Lire le test complet du Gigabyte GSmart t600 sur CNETFrance.fr

En cadeau la petite demo que nous avons tourné à la volée en attendant la présentation sur CNETTV.fr la seamine prochaine:

[YOUTUBE=http://www.youtube.com/watch?v=B7icUecrN3g]

Les medias de 2028

février 20, 2008

Peu de temps pour bloguer en ce moment mais pour respecter la règle du Web 2.0 qui veut que les usagers s’autodistribuent me voici en vidéo. Je suis interrogé par des étudiants de l’ESCP-EAP dans le cadre d’une excellente série d’entretiens de professionnels de la profession qui tentent de se projeter dans l’industrie des medias des vingt prochaines années.

Pour tout dire je suis très agréablement surpris par la qualité de ces entretiens menés avec une grande sobriété de style, où chacun prend le temps d’expliquer simplement et tranquillement sa vision ou ses doutes. Surpris aussi de voir à quel point les idées des uns et des autres concordent.

A voir aussi (cliquez sur les images):

> Christophe Agnus du groupe Mondadori (amusant on dit la même chose avec des mots différents)

agnus-medias-2028.jpg

> Eric Mettout, L’Express.fr (excellent, beau parcours radio, BD, presse – Si, si Eric il y a des « pure players » qui fonctionnent…)

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> Benoït Raphael, LePost.fr (qui nous refait le coup du paysan des montagnes mais sans accent – coucou Benoît…)

raphael-medias-2028.jpg

> Frederic Schlesinger, France Inter

schlesingerl-medias-2028.jpg

> Gerard Louvin, Louvin Productions (toujours plein de projets)

louvin-medias-2028.jpg

Pas sûr que vous l’ayez noté, pour ça il fallait regarder et écouter attentivement hier soir l’excellent reportage de « Complément d’Enquête » sur France 2 et consacré, entre autres choses, à Dailymotion. Un plan furtif sur une réunion de direction dans les locaux de Dailymotion et une phrase captée à la volée qui annonce l’objectif de la société pour 2008 : atteindre 20,3 M d’euros de CA publicitaire.

A la volée? Pas si sûr, d’après les vérifications de la rédaction de ZDNet (encore Estelle), la présence du micro était connue et assumée. Du coup on s’interroge, l’info est peut être un peu plus « téléphonée » qu’elle n’en a l’air (voir la video autour de 60% de la séquence).

Bluff ou pas bluff, cette séquence a le mérite de mettre un chiffre sur Dailymotion et de calmer les fantasmes de ceux qui pensent que la société a déjà atteint ce niveau de CA en 2007. La réalité est probablement largement inférieure mais tout démontre que Dailymotion s’est engagé de façon aggressive dans la course aux revenus. Une bonne chose.

dailymotion-complement-enquete-france2.gif

Une bonne chose pour un service qui corrige peu à peu ses défauts. J’abordais la question dans un précédent billet « Dailymotion, plus de professionnalisation, pas assez de garanties« , qui m’avait valu une réaction assez vive du service marketing de la société. On m’avait demandé de revoir mon texte. Ce que j’ai refusé de faire, pas convaincu par les arguments, je regrette simplement que la promesse de réponse sur le blog n’ait pas été tenue à l’époque. La vraie réponse c’est peut être justement l’opération en cours avec BFM TV , qui fait aussi l’objet du reportage, où l’on voit comment la chaîne de TV utilise Dailymotion pour impliquer les lecteurs dans une émission politique sans pour autant diffuser ses programmes sur Dailymotion (ce qui me paraissait justement source d’un déséquilibre dans l’échange de valeur). Comment faire de la plate-forme autre chose qu’un instrument de buzz, c’est une bonne démonstration. A suivre…

> MAJ 29/01/08: lire le billet de Rodrigo qui propose un calcul très intéressant

(Au passage l’emission confirme l’imminence d’une procédure de TF1 contre Dailymotion)

A voir cette entretien video de ZDNet.fr avec Frédéric Pie, P-DG de Vodeo.tv (désolé ça date du 9 janvier mais je réagis avec un peu de retard pour cause d’occupations alternatives et inutilement chronophages). Comme le titre l’indique Frederic Pie partage quelques réflexions intéressantes sur le modèle économique de la video en ligne, en particulier l’impossibilité de financer sérieusement la production et la distribution de programmes video par la seule publicité. L’approche de Vodeo est basée sur le payant et l’audience hyper qualifiée ce qui paraît presque incongru après une année passée les yeux rivés sur Youtube/Dailymotion.

Beaucoup y découvrirons un raisonnement rarement exposé en public qui explique que la durée des programmes qu’on peut raisonnablement produire et monétiser exclusivement par la publicité ne dépasse pas, en moyenne, une durée de 13 mn:

« On est dans un monde d’emiettement de l’audience. [...] La matiere video coute très cher à produire. [...] Avec la seule publicité pour arriver au point mort avec Vodeo il me faudrait entre 8 et 9 millions de visiteurs uniques. La publicité, oui pour des courts formats. La plupart des grands portails ne sont pas capable de monétiser un film de plus de 13 minutes. [...] On commence à rémunérer des formats de 26 mn aux USA sur MSN. » La pub permet éventuellement de baisser le coût des programmes.

frederic-pie-vodeo.gifPreuve que la sampiternelle fatalité des videos à durée courte correspond moins à une demande réelle des lecteurs qu’à une contrainte économique propre à la gratuité. Logique mais on l’aborde rarement de façon aussi frontale. Conclusion par raisonnement inverse: la monétisation des programmes longs passe par la VOD (Video à la demande) pour encore longtemps.

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