L’information partagée – la nouvelle frontière

La mode est au local. Alors que les journaux télévisés du midi mise sur la fibre régionaliste on sent bien que ceux du soir vacillent doucement consacrant leurs premières minutes à la météo ou aux résultats sportifs plutôt qu’au remue ménage africain où il est si difficile de distinguer le milicien rebelle du soldat loyaliste. En presse écrite, le nombre de correspondants internationaux diminue chaque année et le public ne s’inquiète pas de savoir que les informations en provenance de l’immense continent asiatique sont rapportées par une poignée de professionnels et le plus souvent par une armée de copistes qui épluchent soigneusement la presse anglo saxone, ou locale. On ne s’étonne plus de savoir que l’envoyé spécial de tel grand quotidien, une fois son papier expédié endorse la panoplie de correspondant d’une radio nationale puis, le soir venu, enfile une veste de baroudeur ou un costume pour commenter en direct l’événement sur une chaîne de télévision.

Du coup, toute une frange de la société, ceux pour qui l’information est vitale ou simplement utile, ont recours à des médias parallèles. Depuis quelques années le marché de la lettre d’information est en pleine expansion, sa diffusion se démultipliant en parfaite illégalité dans le ronronnement des photocopieurs. Ainsi l’information utile se diffuse dans des cercles restreints, des cercles d’initiés. C’est peu dire que la lecture de la Lettre du Continent informe plus sûrement des dessous des affaires africaines que la plus volumineuse des liasses de dépêches de l’AFP. Les investisseurs désireux de pénétrer les marchés chinois ont le China Trade Report, lettre mensuelle issue de la Far Eastern Economic Review. La liste est longue et couvre tous les domaines des activités humaines. Un point commun : elles sont toutes pratiquement inconnues du grand public et elles exploitent le marché de « l’information confidentielle », c’est à dire à diffusion restreinte.

Dés lors une faille grandissante sépare les individus ayant accès à l’information et ceux prisonniers de la qualité aléatoire des médias généralistes.
A première vue on pourrait croire que l’Internet viennent bousculer cette belle ordonnance inégalitaire. La réalité est peut-être moins rassurante. Pour ceux qui ont appris à manipuler l’outil informatique et disposent du temps pour parcourir les arcanes du réseau, tout devient possible. Dans la quasi totalité des pays connectés les médias locaux ouvrent des éditions en ligne, transposent leurs archives. Un choc boursier, un tremblement de terre, un accident d’avion, et les témoins offrent leurs commentaires dans les forums de discussion, en temps réel. Pourquoi attendre le travail des correspondants de presse lorsque l’on a accès à la presse locale, aux images en temps réel ?
Le problème de la fiabilité ? L’internaute avisé apprend vite à sélectionner les bonnes sources, souvent en provenance de médias établis, de chercheurs bien identifiés. Cette année, l’AFP a été prise en faute plusieurs fois sur de simples questions de chiffres non-vérifiés, d’informations imprécises et reprises dans la presse française puis corrigées avec un, deux ou trois jours de retard. Les lettres d’informations électroniques ou les listes de diffusion regroupant des spécialistes offrent une information rapide et où l’émetteur peut être contacté dans l’instant pour confirmation ou correction.

Le revers de la médaille : la connaissance de ces points de ressources est l’apanage d’une minorité qui maîtrisent les langues étrangères, détentrice du meilleur du savoir scolaire ou universitaire. Ne bénéficient de l’information que ceux qui savent où la trouver et comment la trier. En clair, rien de nouveau sous le soleil.

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