Technorati, l’impact est-il réel?

La question me préoccupe, professionnellement s’entend, depuis plus d’un an. Comme beaucoup je suis assez fasciné par l’émergence de la folksonomie . Je suis convaincu que les outils comme Technorati, les tags, trackbacks, les Del.icio.us sont à la base d’une nouvelle économie des échanges, le coeur de ce fourre tout qu’on a baptisé web 2.0. Le problème c’est qu’il faut maintenant faire la preuve que ces outils auront un impact durable et économique. J’en suis persuadé mais ce qui est en jeu ce n’est pas mon avis ou celui de quelques milliers d’internautes nécessairement convaincus parce que ces outils sont faits pour eux. Bref le boulot c’est aussi de discerner les signaux d’alarme. 

J’ai déjà eu l’occasion ici de relativiser l’impact des trackbacks (ZDNet.fr a été le premier site professionnel de news à les adopter en France), j’ai aussi critiqué la lisibilité de technorati dans un billet dont l’impact m’a un peu dépassé. Je n’ai pas commenté en revanche Del.icio.us dont l’usage m’a toujours paru à la fois génial mais abscons pour l’usager lambda. Son rachat par Yahoo me laisse, je l’avoue, perplexe même s’il est stratégiquement justifié. Digg.com me fascine également mais comment ne pas voir qu’il est avant tout le jouet d’une communauté de geeks.

Mon inquiétude se résume assez simplement: tous ces joujoux peuvent-ils convaincre au delà du cercle des utilisateurs férus de technologie. Un problème qu’il ne faut surtout pas sous-estimer lorsque l’on cherche à s’adresser au grand public. Flickr est par exemple un vrai succès populaire mais les fonctionnalités de “nuages de tags? sont-elles vraiment exploitées par la majorité de son public? Voilà le genre de questions que je me pose. De la même manière je m’interroge avec l’équipe technique de ZDNet sur la meilleure façon d’utiliser Technorati dont il faut bien admettre que la fiabilité est hasardeuse. A l’occasion de cette interrogation je me suis demandé combien d’utilisateurs consultent, en France, le service Technorati ou Digg.com. Ce fut la douche froide.

D’après les données d’un institut de mesure faisant autorité, le nombre d’internautes français utilisant chaque mois Technorati se monterait à quelques dizaines de milliers. Idem pour Digg.com ce qui m’étonne moins compte tenu de la jeunesse du service. Je ne vous donnerai pas le chiffre exact parce que précisément il est trop bas pour atteindre le minimum requis en terme de fiabilité statistique. J’avoue avoir été totalement surpris par ces données compte tenu de l’importance du buzz favorable qui a entouré Technorati depuis plus d’un an et alors qu’on estime à plusieurs millions le nombre des lecteurs de blogs.

Quelques dizaines de milliers de visiteurs par mois !

Alors? Alors comment ne pas douter sérieusement de la popularité de ce service? le manque de lisibilité ou d’ergonomie est-il en cause? Ne surestimons-nous pas la patience des internautes face à des outils qui prolonge indéfiniment la recherche d’information? La pertinence de leurs résultats n’est-elle pas avant tout appréciée selon les critères d’une communauité restreinte d’utilisateurs? C’est un peu déjà le problème du social networking: on y voit de la démocratie alors qu’il s’agit surtout de l’opinion majoritaire des la communauté des utilisateurs les plus assidus, les plus actifs fussent-ils nombreux.

Pour être franc je n’ai pas la réponse à ces questions, il est probablement aussi trop tôt pour juger de l’avenir de ces services, mais j’en tire une leçon de prudence et de modestie. Il faudra probablement inventer de nouvelles manières de les intégrer à nos sites, réinventer leur ergonomie si l’on ambitionne de rendre leur usage populaire et … utile.