Personnalisation des sites d’information, le mirage communautaire

Apres plusieurs mois d’utilisation de Digg, Scoopeo, Fuzz, Newsvine ou Wikio, je n’arrive pas à m’y faire. je n’arrive décidemment pas à en faire ma page d’accueil du matin, celle où d’un coup d’oeil je balaye l’actualité du jour ou de la nuit. J’ai toujours un petit faible pour Newsvine pour la lisibilité de sa maquette ou Wikio pour en extraire des flux RSS ciblés mais non, rien à faire je n’accroche pas à la hiérarchie des actualités. Je préfère toujours Google News pour lequel j’ai délaissé petit à petit Yahoo News, suivi d’un balayage des principaux sites de quotidiens français. Au final je m’appuie de plus en plus sur Netvibes pour agréger MES choix.

La raison me paraît de plus en plus évidente. ces services sont supposés offrir une classification et une hiérarchisation des infos au plus prés du désir des lecteurs puisqu’elles sont justement optimisées à partir des votes des internautes eux-mêmes, à des degrés divers chacun ayant sa petite recette. C’est justement là que le bât blesse pour une raison évidente: le calcul est la résultante du plus petit dénominateur commun au sein d’une communauté d’utilisateurs. Il n’y a absolument aucune raison que la synthèse de ce choix collectif corresponde à l’aspiration de chaque individu. Au contraire ce processus engendre immanquablement de la frutration car à vouloir satisfaire tout le monde on n’en satisfait aucun.

Pire la prédominance de certaines communautés conduit à orienter de façon caricaturale le classement des infos. C’est par exemple le cas de façon flagrante sur Digg.com terriblement influencé par son audience massivement composée de geeks. Imposible d’échapper à un mix de gadgets high-tech, de développement informatique, de buzz immature etc… Au final on se plaît à apprécier le confort d’une ligne éditoriale imposée même si on en contestera ça et là les choix. Ce qui me conduit à penser que le bon compromis pour un média d’information consiste à assumer une ligne éditoriale tout en proposant des espaces de personnalisation (merci Ajax) mais de ne surtout pas céder aux sirènes du communautarisme à outrance.

Un étude récente (Tim O’Reilly?) sur laquelle je n’arrive pas à remettre la main démontrait justement qu’une trés large majorité d’internautes trouvait fastidieux cette démarche consistant à continuellement voter pour juger de la pertinence des informations et, pire, trouvait bien trop fastidieux cette idée de paramétrer continuellement des pages ou des portails personnalisés à rebours des préceptes du Web 2.0. Et si on se trompait…

C’est le souk chez Buzzbazar et Podemus

Encore un méli mélo sur fond de morale citoyenne qui secoue la blogosphère. Buzzbazar, site anonyme mais autoproclamé « citoyen », publie des podcasts video de personnalités politiques commandés à des célébrités de la blogosphère et les diffuse gratuitement via Podemus l’hébergeur français dirigé par Bertrand Lenotre. Pas de chance Bertrand refuse de diffuser le dernier podcast de Marine Lepen et Buzzbazar dénonce la censure. Le souk commence.

Plusieurs choses m’étonnent dasn cette histoire. D’abord une situation inédite: un hébergeur qui revendique une ligne éditoriale et refuse de diffuser un contenu pourtant non illicite. Habituellement les hébergeurs prennent bien soin d’afficher une stratégie exactement contraire: celle d’une absolue neutralité, non pas au nom de la liberté d’expression mais plus prosaïquement pour s’affranchir le plus possible de la moindre responsabilité sur le contenu soumis par les internautes. Lequel est en général truffé de séquences vidéo dont le copyright ne fait aucun doute. Les YouTube, Dailymotion et autre Google Video jouent une course contre la montre à celui qui parviendra à conquérir l’audience la plus large pour disposer d’une marge de négociation face aux ayants droits. Lesquels sont à l’affut, soupesant la solvabilité des uns et des autres ou l’intérêt pour eux de négocier des accords de diffusion (Voir NBC avec YouTube). En affirmant l’existence d’une ligne éditoriale, Podemus prend un risque, celui d’exercer une responsabilité sur la diffusion du contenu. En clair Podemus passe du côté des éditeurs.

La polémique sur le podcast de Marine ne me fait ni chaud ni froid, même si je connaîs peu Bertrand Lenôtre je sais à l’occasion de sa collaboration pour ZDNet que c’est un homme de conviction et que sa décision, même maladroite est honnête. Elle reste risquée. S’il s’agit effectivement d’affirmer une ligne éditoriale cela fera de Podemus un hébergeur d’un nouveau genre, une expérience intéressante suivre.

A ce stade ce n’est pas censure d’un podcastqui pose problème c’est l’absence de transparence sur les règles de publication sur Podemus, j’espère que cela sera corrigé très vite. J’espère aussi que le projet Buzzbazar renoncera à son anonymat franchement malvenu, en particulier quand il s’agit de relayer de la communication politique sans « prétention journalistique » (on se demande bien ce que celà veut dire).  Gilles ironisait d’ailleurs sur Pointblog à propos du curieux parrain de ce projet. Un projet supposé suivre les propositions des internautes mais qui semble n’en suivre aucune, préférant singer les bonnes vieilles recettes des médias traditionnels, à savoir coller aux têtes d’affiche des différents partis.

Bref c’est le souk avec un hébergeur qui se rebelle et des blogueurs rebelles qui vont à la soupe. Comprenne qui peut.