Pourquoi la presse a du mal à s’adapter aux enjeux de l’internet

Un billet simple et brillant de Steve Outing qui, avec la finesse d’un bulldozer, explique avec la précision de l’initié la petite cuisine interne de l’industrie de la presse et l’origine des difficultés à se réformer. J’ai été impressionné par cet article dont j’aurais du mal à critiquer le moindre mot, en particulier parce qu’il décrit simplement des questions d’organisation, de conflits d’intérêts et de rapports humains. Il rappelle aussi très justement qu’une partie du frein au changement provient du fossé qui existe toujours entre les revenus des activités du « papier » qui dépassent encore de loin ceux du numérique. Difficile dans ces conditions de gérer l’inéluctable transition sans compromettre l’équilibre financier de l’édifice. Un dilemne qui a déjà coûté l’effondrement du groupe Knight Ridder.

On est loin des critiques de « la presse qui n’a rien compris au web », on aborde ici la réalité économique et la question de fond de l’organisation industrielle.

Lire l’article sur Editorandpublisher.com « Why Aren’t Newspapers Breaking Out of the Box? ».

La fiabilité de Nielsen Netratings et Comscore sous la critique de l’IAB

Le ton monte aux USA pour critiquer la fiabilité des mesures d’audience basées sur des panels (user centric) par Nielsen Netratings et Comscore Media Metrix. A lire cet article bien renseigné de Adweek.com « Web execs question metrics« . En cause l’écart grandissant constaté entre les mesures « user et site centric » comprenez entre les extrapolations d’un panel d’utilisateurs et les données des outils basés sur le marquage des pages. J’ai dejà mentionné plusieurs épisodes de cette saga ici et  avec en particulier la demande de certification des mesures d’audiences par des grands annonceurs américains.

Cette fois selon Adweek il s’agit de revoir les méthodes des deux instituts et exiger la transparence. Même si l’article ne mentionne pas tous les détails un des gros problèmes des panels vient de la sous représentation des utilisateurs de l’internet sur le lieu de travail. La réalité c’est que les mesures proviennent très largement d’utilisateurs grand public. Par exemple en France le panel « Work » de Nielsen (Mediamétrie) est en partie composé de personnes figurant déjà dans le panel grand public. Du coup les sites d’information professionnels soupçonnent une large sous estimation des mesures pour des sites essentiellement utilisés la journée sur le lieu de travail.

Au passage je salue l’arrivée de Benoit Cassaigne (ex RTL.net) chez Mediamétrie qui a la dure tâche de reprendre ce dossier et l’amélioration des mesures d’audience. Mediamétrie, qui représente Nielsen Netratings en France, vient par ailleurs d’instituer une commission d’autorégulation composée d’acteurs du marché (Disclosure: les Echos en font partie) chargée d’identifier les « mauvaises pratiques » susceptibles d’influencer les mesures du panel. En ligne de mire: les pages co-brandées ambigues, la pratique discutable (hum hum!) du site under (qui attribue faussement l’audience d’un site à une page d’un autre site appelée en sous impression, certaines pages lancées automatiquement pour doper les stats … etc.

Bref en France comme aux Etats-Unis le marché devient plus exigeant, la seule façon de justifier les investissements publicitaires massifs mais convenablement ciblés. J’ai encore, à l’occasion d’une réunion de travail chez Mediamétrie,  souvenir d’un représentant d’une agence spécialisée dans l’achat d’espaces à qui je démontrais l’existence d’un biais de plusieurs millions (oui, oui) de visiteurs uniques soit prés de 10% de parts de marchés fictifs, attribués abusivement à un site qui me rétorquait que je « pinaillais »! Il semble que cela ne fasse plus rire personne…