Media participatif: l’exemple de Cafebabel.com

Suite à mon précédent billet Alexandre Heully, un des fondateurs de Cafebabel.com, a présenté en quelques lignes ce projet de media participatif. Je reproduis ici son texte:

Et c’est toute la réflexion que je mène actuellement avec le site de cafebabel.com. Comme je l’ai déjà écrit, le concept de base est de faire du journalisme participatif – toutes les contributions sont bénévoles – et européen – grâce à notre réseau dans toute l’Europe, nous pouvons offrir une véritable lecture européenne de l’actualité. Qui plus est, et pour parfaire le tout, nous sommes en 7 langues (français, anglais, allemand, italien, espagnol, catalan et polonais), les traducteurs étant eux mêmes bénévoles.

Cafebabel.com a été créé en 2001 avec des amis, alors qu’on étaient encore étudiants à Sc Po à Strasbourg. Très vite, le projet s’est propagé dans toute l’Europe, grâce aux réseaux d’amis à travers l’Europe que nous avons noués par les programmes Erasmus. En 2003, nous avons décidé avec 2 autres fondateurs, de doter cafebabel.com d’une structure et d’un fonctionnement professionnels.

Cafebabel.com est géré par une association (Babel International) qui dépend partiquement pour moitié de financements publics (subvention européennes, nationale, régionales, municipales) et privés (subventions de fondations d’entreprises).

L’argent de la structure nous permet d’employer 9 salariés, dont 1 personne en Pologne. Les salariés sont 6 journalistes professionnels chacun responsable d’une version linguistique et qui ont pour tâche d’éditer tous les textes que nous sollicitons, d’assurer la vérification des faits, et le style journalistique. Nous disposons aussi d’une équipe de communication que je dirige (2 personnes) et d’un directeur du développement.

Ce choix de l’édition des articles reçus a été fait depuis le début, car notre ambition est avant tout “journalistique”. Nous voulons offrir à tous les Européens un média qui analyse l’actualité dans une perspective résolument européenne, dépassant les frontières nationales et linguistiques. Un fort idéal européen nous anime, et il correspond aussi à une demande croissante d’un traitement alternatif des questions de politiques et de société en Europe. En gros dans cafebabel.com, on ne parle pas de l’Europe de Bruxelles, mais de l’Europe au quotidien, et des réalités politiques et culturelles du continent. Notre public cible est “l’eurogénération”, c’est-à-dire les 20/35 ans qui constituent 70% du public de cafebabel.com (350 000 visiteurs par mois).

Pour ce qui est de l’aspect économique qui m’intéresse tout particulièrement, nous réfléchissons à des modèles économiques originaux. On a déjà lancé la publicité en juin dernier – qui ne rapporte pas encore autant d’argent que prévu – et nous sommes en phase de préparation d’un site entièrement renouvelé incluant les dernières innovations 2.0 (espace perso des utilisateurs, commentaire, forum, chat, blogs utilisateurs, classement des articles par les utilisateurs, vote en ligne, sondages etc…). Bref, l’idée est vraiment de créer un site communautaire rassemblant des auteurs et des lecteurs de toute l’Europe, en offrant à leur contenu une visibilité maximale. L’idée est de faire graviter notre média participatif édité par des pros autour d’un réseau social d’utilisateurs qui pourront librement commenter les contenus, mais aussi proposer leurs contributions (soit sous forme de blog, soit sous forme d’articles publiés en 7 langues)

Pour ce nouveau site, on réfléchit à un système de rémunération des auteurs, et des traducteurs, qui serait directement lié à la popularité des articles, et indexé sur les revenus publicitaires. On évalue également la piste de la fourniture de contenus à la presse papier – on a déjà des partenariats avec de la PQR européenne – et web (pour l’instant on travaille avec les sites de Courrier International et de Cicero en Allemagne).

Voilà donc pour une explication un peu longue de cafebabel.com, et de ses ambitions peut-être démesurées… Mais on tous cas, on y croit!

Merci Alexandre. J’ai lu plusieurs articles je dois dire que la qualité est au rendez-vous. S’il fallait comparer la démarche je pense qu’elle est effectivement plus proche de Ohmynews que d’Agoravox par exemple (beaucoup plus orienté opinion qu’information). J’ai bien compris qu’il y avait un travail d’editing et ça se ressent par une certaine homogénéité de style. Je pense que c’est un bon choix. J’ai bien noté également que certains contributeurs étaient des professionnels. Au fond il me semble que ce projet tient plus du magazine traditionnel que du pur projet « contributif ». Je veux dire par là que quand on crée un magazine on se fout pas mal de la distinction journaliste-expert-citoyen, on cherche des talents autour d’un projet et on tente d’en faire une structure viable. C’est le point où vous en êtes.

Puisque vous me demandez mon avis (bien qu’en matière de « contributif » je n’ai strictement rien à apprendre à qui que ce soit) il me semble qu’il ne sert à rien de courir après le modèle « citoyen » pour coller à la mode sauf pour l’essentiel: utiliser le web pour recruter des talents. J’aime bien l’idée des correspondants étrangers façon Erasmus ou auberge espagnol mature 🙂

Inutile non plus à mon avis de jouer au sapin de Noël en couvrant le site de gadgets Web 2.0, ça fera parler de vous dans Techcrunch mais le risque sera de vous disperser et de brouiller le message de votre media. Mieux vaut de vrais lecteurs attirés par des contenus originaux que des touristes qui feront voter leurs copains pour améliorer le ranking de leurs copiés-collés… Pour tout dire je pense que le web 2.0 a sérieusement besoin de sobriété (voir Newsvine.com) et que les contenus y sont plutôt maltraités. D’ailleurs puisqu’il s’agit d’un magazine européen, ça tombe bien l’information est assez indigente dans nos kiosques sur ce sujet…

Reste le modèle économique, mais là, en matière de média d’information, personne n’a trouvé le Graal. Gardez votre rigueur et la qualité de style, produisez de l’info exclusive (autant que possible), fidélisez votre lectorat, laissez le s’exprimer et gardez Google sous la barre des 50% de visites entrantes (c’est un autre débat on en reparlera) et la pub suivra parce que vous serez devenus … crédibles !

Salutations à toute l’équipe de Cafebabel.com !

(ah, j’oublais! changez de CMS… 😉 )

OhmyNews en difficulté

Le correspondant en Corée du sud de Business Week explique comment le pionnier du « journalisme citoyen » OhmyNews se trouve désormais en situation délicate avec des résultats dans le rouge en 2006. Rien de désespéré cependant mais de toute évidence l’euphorie a disparu. Une situation que j’ai déjà eu l’occasion de signaler en juin dernier. Du coup on apprend qu’en fait l’épopée de OhmyNews tenait beaucoup à des spécificités locales, en particulier une situation politique tendue et une presse sclérosée. Certes mais pourquoi ne pas l’avoir dit plus tôt alors que beaucoup d’observateurs l’expliquaient déjà en marge des conférences ronflantes sur le nouveau « citoyen journaliste »…

Mise à jour 06/11/06: je précise ma pensée suite à un échange par blog interposé avec Julien

Je n’ai pas eu l’impression que l’argument « local » venait expliquer pourquoi des lecteurs acceptaient de participer au projet (là je n’ai aucun doute que chaque pays trouvera sa formule) mais plutôt pourquoi le site a connu un succès d’audience. Je comprends dans l’analyse de BW qu’une certaine liberté de ton et d’écriture a apporté de l’oxygène à une presse sclérosée. Je ne puis juger plus loin de connaissant pas la Corée.

Non je ne suis pas hostile à ce type de projet par contre en effet je pense que le caractère « citoyen » est largement survendu alors que je constate que ces projets reposent pour la plupart sur des collaborations de professionnels ou assimilés. Connaissant la précarité grandissante de la profession je suspecte qu’un autre type d’explication, plus sociologique, se cache derrière le phénomène.

Pardon pour la comparaison qui pourra choquer mais ça me rappelle une phénomène similaire dans les années 80 quand des centaines de jeunes médecins rejoignaient les ONG. Sans critiquer l’honneteté de leur engagement il y avait aussi une réalité sociologique cruelle,  celle des étudiants en médecine en surnombre que le marché ne pouvait accueillir…