Un regard sur la convergence: Yves Goblet (TF1)

A voir chez Télévision 2.0 de Laurent Esposito  le compte rendu de la journée du Forum des Opérateurs qui a rassemblé les dirigeants de M6, TF1 et Lagardère Active. J’aime tout particulièrement l’entretien en video avec Yves Goblet, Directeur général adjoint Stratégie & Nouveaux Médias chez TF1. Un regard intéressant, dépassionné et prudent sur le Web 2.0 et le phénomène de partage des vidéos. 

Je retiens qu’il minimise l’impact du web sur la télévision: « pas de cannibalisation de la télévision par les nouveaux usages ». La théorie de la consommation simultanée de plusieurs médias par les jeunes n’est pas nouvelle mais personnellement je resterais prudent car si l’ordinateur est allumé près de l’écran de télévision, l’attention elle ne se partage pas, je le crains.

« Difficile d’amener des contenus suffisamment intéressants en VOD gratuite pour créer un usage et un temps d’écoute suffisant. On fabrique des visiteurs uniques mais ils restent tellement peu de temps, quelques minutes, qu’on se demande si ça a beaucoup de sens. Il faut un vrai usage pour faire de la VOD… »

 yves-goblet-tf1.gif

(Note: toujours pas possible d’intégrer des vidéos de Dailymotion sur la plate-forme WordPress.com…)

Publicités

RSS: Yahoo ne partage plus?

Bizarre, bizarre, certains des nouveaux sites éditoriaux lancés aux USA par Yahoo ne proposent aucun flux RSS. Alors que l’absence de flux RSS sur un site éditorial est devenue la marque de la plus absolue ringardise voilà que Yahoo crée la surprise en laissant de côté le Saint Graal du partage 2.0 sur ses trois derniers sites Yahoo! Food, Yahoo! Advertising et Yahoo! TV (j’ai vérifié partout, pas de RSS). 

Il n’en fallait pas plus pour lancer la polémique: Steve Rubel y voit la marque d’une stratégie média préhistorique où le RSS minimise les pages vues, réduit le temps de lecture et pousse à l’atrophie des sites éditoriaux.  Au passage je n’ose imaginer les réactions si un responsable de site de presse avait avancé ce type d’argument… Les canadiens du Blogue Marketing Interactif enfoncent le clou en y voyant un moyen d’optimiser les revenus publicitaires.

J’avoue qu’il est assez difficile de croire qu’il puisse s’agir d’un oubli. Techniquement les arguments de Steve Rubel sont tout à fait pertinents: le RSS est un moyen efficace de capter un lectorat mais il génère proportionnellement moins de pages vues par visite, laquelle dure moins longtemps que celle d’un visiteur en provenance d’un moteur et d’une lecture spontanée. En clair il favorise le zapping.

Au risque de me tromper je suis tenté de proposer une autre interprétation. Je pense aussi que l’objectif final est de maximiser l’impact publicitaire et l’approche média traditionnelle mais je ne crois pas que celà puisse se résumer à un compte d’apothicaire sur les pages vues. Le RSS a bien des effets collatéraux négatifs sur le trafic mais la démarche consistant à sélectionner un flux s’apparente à une souscription c’est à dire ue forme d’abonnement qui témoigne aussi d’un lien fort avec le média. En ce sens on peut le concevoir comme la marque d’un lien fort avec ce même média.

En revanche la prolifération des flux RSS a une conséquence qu’on peut juger plus discutable: elle favorise l’émergence d’une nuée d’infomédiaires parasites qui développent des services (agrégateurs, blogs verticaux, revue de presse) voire même de nouveaux sites éditoriaux. Sous prétexte d’offrir un service et de la visibilité ils n’en captent pas moins une petite fraction du marché publicitaire sans supporter le coût de production des contenus. On pense ce que l’on veut de ce débat ancien mais j’utilise volontairement le terme « parasite » non pour les stigmatiser mais pour désigner une forme d’exploitation dérivée des contenus rarement avec l’accord des éditeurs (ce qui ne veut pas dire qu’ils s’en plaignent, les blogs par exemple se satisfont généralement de cette visibilité gratuite). Reste que quand les sites en question produisent des contenus de « niche » il n’est pas forcément pertinent de nourrir sa propre concurrence, a fortiori quand on s’appelle Yahoo et que l’on dispose déjà d’un réservoir d’audience.

Pour cette raison je pense que Yahoo tente de construire des sites de destination, une petite révolution quand on s’est longtemps défini comme un service de passage (où l’on assume que le lecteur vient pour trouver des contenus et basculer in fine sur un autre site). J’imagine sans peine que cette stratégie de sites de destination vise à créer des zones à CPM élevés en concurrence directe avec les sites d’éditeurs traditionnels. Logique car, comme je le rappelais en août dernier, Yahoo est dirigé par des hommes issus de l’industrie des medias qui visent la manne du CPM, non les revenus à la performance trustés par Google.

Un petit pas de plus pour la stratégie média de Yahoo…