USA: le New York Times révèle la fraude au site under

Les choses s’accélèrent sur le front de la mesure d’audience. Je parlais il a quelques jours de la chasse au « site under » (ou « pop under ») par Mediamétrie. C’est au tour des USA de se lancer dans le grand nettoyage. Selon cet article du New York Times plusieurs sites auraient été repérés comme abusant de cette pratique consistant à lancer automatiquement l’affichage de certaines de leurs pages à partir d’autres sites. Ce qui génère bien évidemment des pages vues mais aussi attribue des parts de marchés fictives sur Nielsen Netratings. Cette fois on donne des chiffres et ça fait très mal:

> Entrepreneur.com est passé ainsi de 7,6 M de visiteurs uniques à 2 M
> Forbes.com lui même a utilisé en 2005 les services d’un réseau de Adware, eXact Advertising (logiciel malicieux qui se niche sur le PC et lance des pages de pubs intempestives), pour son service ForbesAutos.com. Un service dont le trafic avait déjà attiré les soupçons de certains analystes.
> Le site d’hotellerie de luxe Concierge.com a également utilisé les services d’un Adware pour afficher ses pages, une pratique interdite car les Adware sont installés sans l’accord de l’utilisateur du PC
> Heavy.com, un concurrent de Youtube, aurait perdu 35% de trafic sous Nielsen Netratings dès l’abandon de ses pop ups

Evidemment pas besoin de rappeler que tout ceci ne peut se faire qu’avec la complicité de certains réseaux d’Adware ou de régies publicitaires peu scrupuleuses. Une réalité qui vaut aussi pour la France …

Au passage je me demande quand un média français s’interessera à cet aspect un peu nauséabond des pratiques d’une certaine industrie. Trop d’ondes négatives probablement, et des rédactions en chef incapables de juger de la pertinence de ces sujets…

Le Web 3: too much

De toute évidence la conférence Le Web 3 a fini aujourd’hui dans une magistrale eau de boudin. Pas besoin d’en rajouter mais inviter Bayrou et Sarkozy et l’imposer en lieu et place du programme à des blogueurs ayant payé leur place et leur déplacement n’était pas une bonne idée, mais alors pas du tout. Du coup la couverture éditoriale a atteint des sommets: lire les réactions des gentils américains ici, et la résultante une lettre ouverte d’une rare violence

Dommage la journée avait commencé par un moment d’émotion et de respect assez remarquable, offert par Shimon Perez. En vieux monsieur fatigué il est venu, au crépuscule de sa vie, partager un testament auprès d’un public jeune: « la tâche des hommes n’est plus de se souvenir mais d’imaginer et de découvrir » (quelques autres citations chez Jean-François Ruiz).  Une video de l’intervention ici (Fichier Wmv à télécharger, 200Mo). J’ai peur que la prestation de  foire des politiques français n’ait pas vraiment été à la hauteur du message.

Par curiosité je voulais aussi assister à la conférence « is old media dead? », un peu aussi par masochisme histoire de prendre le pouls en matière de media participatif. Malgré un titre provocateur Pierre Chappaz (Wikio) et Gilles Babinet (Eyeka) ont largement tempéré le débat en insistant sur la nécessaire réforme des medias à défaut de leur enterrement. J’ai particulièrement apprécié les remarques de Gilles Babinet très lucide sur la fragilité du modèle publicitaire et de l’incapacité du Web 2.0 à absorber la croissance trop faible des budgets publicitaires. En clair un krach est à prévoir et il faudra plus que de l’audience pour s’en sortir: gare à ceux qui ne diversifieront pas leurs revenus ou dépendront trop du modèle gratuit.

A côté, les arguments d’un Oleg Tscheitzoff pour Citizenbay frisaient l’indigence, un copier collé hasardeux d’un discours web 2.0 où le citoyen se transforme en producteur docile d’infos locales, avec des contenus de qualité coulant comme le miel. C’est là que j’ai réalisé que le discours sur le citoyen journaliste venait de prendre un coup de vieux tandis que les plus malins commencent à tourner casaque. Le coup de massue vint peu après à ma grande surprise. Le modérateur de la conférence a entrepris de faire voter la salle sur cette simple question:

– « pensez-vous que d’ici quelques années les projets des différents membres du panel (les medias collaboratifs de Wikio à Citizenbay) resteront indépendants cad autonome et rentables (je cite de mémoire) »? Et là, chose étonnante, pratiquement aucun bras ne se lève dans la salle.

Le modérateur continue …

– « Pensez-vous qu’ils seront achetés par exemple par des grands groupes de médias [traditionnels] »? Et là, les trois quarts des mains se dressent tout à coup! Dans cette salle composée à 95% du gratin de l’internet, entrepreneurs et blogueurs réunis, la fine fleur du web 2.0!

Quelques instants de malaise devant ce constat simple et effrayant: aucun de ces acteurs du web 2.0 ne croit un instant à la capacité des médias dits participatifs de survivre de façon autonome …

MAJ 13/12/06: il semble que j’ai raté une conférence de très bonne tenue sur la distribution de la video. Heureusement Television 2.0 rattrappe le coup avec la rediffusion de la séance.

Le Web 3: la bulle est lisse mais elle tourne toujours

Ce matin ouverture attendue de la conférence  Le Web 3. Impressionnant avec près 1000 personnes dont près de la moitié de provenance internationale. Accueil très pro malgré les petits ratés du Wifi le matin vite oubliés (j’avais un calepin hehe…) et une organisation qui favorise le réseautage. Normal c’est le vrai intérêt de ces grands messes. Chapeau quand même de parvenir à faire salle pleine avec un public qui paye plein pot alors que les conférences sont retransmises en direct sur le web . Une grande leçon pour les organisateurs d’événement.

Frustrant en revanche l’enchaînement des conférences de 20 minutes chacune surtout quand les intervenants n’ont pas grand chose à dire, c’est le cas des institutionnels et en particulier de Google, représenté par sa directrice marketing Europe, qui a expédié sa prez ppt façon « ouvre-ton-gosier-que-j’y-fourre-mon-maïs-transgénique ». Bien aimé la réaction de Dominique Vidal, MD Europe de Yahoo, qui a répliqué un peu vertement à un VC allemand de la salle qui ironisait sur la situation de Yahoo. En gros il a demandé si les VC était là pour investir sérieusement ou simplement pour parier au grand casino du Web 2.0. Façon de rappeler que si Yahoo a un peu de mal en ce moment en bourse c’est aussi parce qu’il est à peu près le seul à chercher vraiment à monétiser le contenu communautaire (je me trompe peut être mais c’est comme ça que j’ai compris sa réaction). Bien aimé aussi sa franchise sur le contenu utilisateur: « I don’t care content is crap as long as part of the content is good quality » (Je me fous que le contenu soit merdique du moment du moment qu’il y en ait un peu bonne qualité »).

Grand moment tout de même avec la présentation presque hors sujet de Hans Rosling, suédois spécialiste international des questions de santé, sur les tendances du développement humain (voir sa prez spectaculaire ici). En gros le tiers monde n’existe presque plus et l’asie a rattrapé sur de nombreux points les pays de l’OCDE. Je dis hors sujet mais en réalité c’est une approche assez passionnante et originale pour expliquer certains aspects de la mondialisation et une façon de dire qu’une partie beaucoup plus large de la population mondiale qu’on pourrait imaginer est mûre pour l’économie de l’internet. Message reçu même si ça mérite certainement quelques critiques.

On passe rapidement sur la conférence sur la bulle 2.0: les VC s’accordent à ne pas voir de bulle, normal ils sont dedans… J’exagère un peu, tout a déja été dit et pour faire court chacun s’accorde à minimiser l’impact boursier (à juste titre) tout en prédisant la mort de la plupart des acteurs du web 2.0. On regrettera simplement que personne ne s’attarde à expliquer pourquoi et encore moins à s’attarder sur les modèles économiques. De façon générale c’est bien le problème, plus personne ne s’attarde vraiment à expliquer quoi que ce soit. Fallait suivre…

Je passe sur l’étude Ipsos qu’on nous a resservi avec un culot incroyable sans la moindre précaution oratoire. C’est bien la peine d’avoir relévé certaines approximations grossières, là encore circulez y’a rien à voir (ce qui prouve ne passant que la critique via les blogs ne pèse pas lourd).

Je n’ai pu suivre les débat de fin d’apres midi mais visiblement il y a eu de bonnes choses en particulier Bernard Liautaud (Business Object) qui estime qu’il faut donner la priorité à la monétisation du Web 2.0 (« Commencez par embaucher un commercial »), ce qui n’est pas vraiment la tendance du moment plus tournée vers la spéculation. Enfin l’excellent Yossi Vardi (le fondateur d’ICQ) qui trouve le concept de « blog » désormais réducteur et souhaite une approche plus fine de la segmentation des nouveaux medias. J’applaudis des deux mains …

Voilà pour aujourd’hui. Pour suivre les débats: 
Le Web 3 sur Technorati (meilleur que l’année dernière) 
> Le blog d’Adam Tinworth (sans langue de bois, vive les anglais!)
> L’analyse de Shane Richmond du Telegraph.co.uk (sans langue de bois, vive les anglais!  bis)
> Ambiance vue par Laurent Dupin sur ZDNet.fr

Et bien sur les videos sur VPod.tv (très bon boulot, bien meilleur que l’année dernière)

(NOTE: j’ai perdu mon téléphone NOKIA N80 durant les conférences du matin, si quelqu’un l’a trouvé il gagne ma reconnaissance éternelle!)