Pourquoi je paye 3 euros par mois à « Arrêt sur images »

Au départ je ne souhaitais pas en rajouter sur cette mini polémique blogosphérique mais à y réfléchir et à lire le billet de Pierre Chappaz et celui de Vinvin (qui tape juste)  je me dis qu’il y a quelque chose à défendre dans cette histoire. Donc j’ai payé pour soutenir ce projet éditorial d’un site qui prolongera autrement la vie d’une émission de critique des medias.  Je préfère le dire tout de suite, comme d’autres, je n’adhère pas forcément au choix d’inscrire ce projet dans une forme de ressentiment et de règlement de compte. A vrai dire peut être parce que je n’ai pas trop d’illusions sur cette idée d’un service public refuge de toutes les audaces.

Je ne prétends pas non plus à l’objectivité puisque j’ai moi même collaboré à Arrêt sur Images il y a plus d’une dizaine d’années et j’en tire une indécrottable fierté. Il se trouve aussi que début août j’ai rencontré Daniel Schneidermann pour discuter de certains aspects économiques et éditoriaux de ce projet. Je ne sais quelle forme prendra finalement cette nouvelle version mais sur le fond je pense que l’initiative est assez intéressante pour être soutenue pleinement. La critique de Vinvin est justifiée parce qu’elle relève quelques incohérences de communication mais il me semble que l’intention est sincère et ne mérite pas ce procès (surtout de Vinvin qui a précisément tiré les premières leçons sur les limites de la rémunération par la publicité).

L’erreur serait, je crois, de ramener cette initiative à l’interminable débat du contenu payant/gratuit qui agite le monde de l’édition. Je doute fortement de la capacité d’un tel projet à s’autofinancer par la publicité, j’ai partagé ces doutes avec Daniel et proposé quelques pistes de développement. Daniel croit en l’abonnement, nul ne sait ce que cela donnera mais son choix est cohérent et fondé. Pourquoi? Parce l’enjeu n’est pas ici de lancer une sorte d’émission à péage mais d’authentifier la dimension communautaire du projet. Sur ce plan l’initiative m’intéresse et nous concerne tous.

Il y a un procès qu’on ne pourra jamais faire à Arrêt sur Images c’est celui de n’avoir pas compris très tôt l’intérêt de construire un projet éditorial en prenant en compte l’engagement des internautes. On ne peut lui repprocher d’aller jusqu’au bout de l’aventure en leur demandant de s’engager financièrement pour garantir la pérennité du projet et son indépendance. On peut être sceptique, critiquer le projet, mais l’initiative doit aussi nous interpeller alors que l’on cherche tous un second souffle pour la presse en ligne.

Il ne s’agit pas ici de payer pour acheter des contenus, mais de payer pour adhérer à un projet. Une démarche courante Outre-Atlantique, plus rare en France précisément parce que l’on attend du service public une improbable omnipotence. Je ne crois pas que la publicité financera jamais tous nos projets éditoriaux, parce que la publicité à ses règles impitoyables qui privilégient certains choix. Et ce n’est pas la prolifération des « billets sponsorisés » sur les blogs les plus respectables qui me fera penser le contraire. L’ogre dévore tôt ou tard ses enfants. Certains projets éditoriaux ne sont pas « bancable« , il est donc logique d’explorer d’autres voies.

Et bien payons, non pour soutenir un projet humanitaire, mais parce que dans certains cas c’est l’aboutissement de l’engagement des internautes. Je pense fermement que c’est même la véritable évolution de la notion d’abonnement à un média. Peut-être même que cela a toujours été. On s’abonne non pour acheter le droit de lire ou de voir mais parce que l’on manifeste son adhésion au média (attention rien à voir avec l’abonnement au câble ou au satellite). Pour cette raison cette initiative isolée est aussi l’expérimentation d’une nouvelle approche du payant. La seule qui vaille la peine, peut être.

> pour s’abonner à Arrêt sur Images c’est ici