Politique: cartographie du financement des candidats

Ok, ok, non bien sûr il ne s’agit pas d’une initiative française. Au départ il y a Politicalbase.com  un tout nouveau site d’analyse et d’actualité sur le monde politique US. L’info a attiré mon attention car ses fondateurs sont pour la plupart mes anciens patrons de chez CNET Networks (Voir l’article de Paidcontent pour en savoir plus). Je passe rapidement sur le concept qui mélange actualité, discussions et analyses. Le plus inattendu pour un lecteur français c’est la présence d’une base de données des contributions financières des citoyens et des entreprises aux candidats des différentes campagnes électorales.

politicalbase.gif 

Résultat on peut connaitre l’état des lieux de la trésorerie des candidats aux présidentielles, les donations par état, par entreprise (par exemple les donations des employés de Yahoo!) ou évidemment par citoyen en cherchant directement le nom de votre voisin… Rien de nouveau pour ceux qui savent que ces données sont en accès libre aux USA mais une démonstration spectaculaire de ce que l’on peut faire avec des bases de données. J’ai souvenir d’avoir il y a quelques années téléchargé par modem le fichier des donations US pour éplucher plusieurs heures durant un immense listing . A l’époque je cherchais à identifier l’implication de l’industrie des biotechnologie dans le financement de la campagne d’Al Gore (avant qu’il ne devienne Vice-Président de l’ère Clinton). Une heure de téléchargement par modem et des heures à décrypter les listings. Désormais il suffit de quelques clics pour produire une cartographie complète. 

Nouvelle démonstration de cette évidence: sur Internet l’information passe par les bases de données. Moins d’articles, plus de données. A graver au couteau sur la table de la cuisine…

Newsvine racheté par MSNBC

Newsvine.com, un des premiers sites dits de « journalisme collaboratif » était un de mes coups de coeur du début de l’année 2006, il vient de rejoindre la galaxie MSNBC sans que le montant de la transaction ne soit révélé. Techcrunch rappelle que le site avait levé 1,5M$, une somme relativement modeste mais qui témoignait de l’intérêt de sa démarche.  

Sur le blog de Newsvine un message annonce le rachat et nous apprend que le site attire 1M de visiteurs uniques mensuels après deux ans d’existence. Malgré mon attachement à Newsvine je suis surpris de ce chiffre qui me semble assez faible et qui témoigne d’une certaine difficulté à s’imposer sur le marché particulièrement encombré des sites d’information. J’apprécie la mise en page soignée de Newsvine ainsi que la panoplie de ses fonctionnalités permettant en particulier de créer sa page personnelle, rédiger des articles et les noter. La maquette à mon avis fait toute la différence avec les agrégateurs comme Wikio qui disposent des mêmes fonctionnalités mais font le choix d’un environnement plus basique à la Digg.com.

Newsvine ressemble a un media traditionnel, ce qui fait paradoxalement son originalité au pays du Web 2.0 toutefois, pour être franc, j’ai toujours trouvé qu’il n’avait jamais réussi à faire la démonstration de la pertinence de l’apport de sa communauté d’utilisateurs. Les dépêches de l’agence AP (dont Newsvine est client) ont toujours largement dominé la production et j’ai constaté plusieurs fois que les contributions des lecteurs n’étaient que des reproductions d’articles empruntés ailleurs. Bref je ne suis pas sûr que Newsvine ait totalement prouvé la justesse du concept de départ. Il manquait peut-être justement un partenaire à la MSNBC pour donner un indispensable coup de fouet promotionnel.

Ce qui m’amène à un doute chaque jour un peu plus présent: les sites basés sur le nouveau journalisme collaboratif n’ont peut être pas vocation à  devenir autonome mais plutôt à défricher le terrain, bâtir les fondations d’une communauté d’utilisateurs impliqués pour rejoindre au plus vite le giron d’un groupe plus solide. Un cycle qui pourrait difficilement s’accomplir au delà de deux ans d’existence. Un point que l’on vérifiera très vite.

Obiwi, dernier né des sites participatifs

Après plusieurs mois d’incubation le site Obiwi.com est enfin ouvert. Après Agoravox.com, Rue89.com, Lepost.fr, Youvox.fr, Paperblog.fr et Cafebabel.com, dans la panoplie des sites participatifs ou dits de « journalisme collaboratif » ( le Pro-am) Obiwi vient remplir la case « magazine spécialisé ».  Caractéristique principale: une équipe professionnelle va encadrer les contributions éditoriales des lecteurs. Lesquels seront valorisés par un système de points selon la qualité et la fréquence de leurs contributions.

 obiwi-famille.gif 

 Il y a plusieurs façons de différencier ces projets éditoriaux. L’une d’entre elles consiste à mesurer la part des contributions des intervenants professionnels par rapport aux amateurs. Par exemple Rue89.com est entrainé par les articles des journalistes professionnels  quand Youvox et Obiwi s’attachent en priorité aux contributions des »amateurs ». L’autre consiste à juger du positionnement éditorial, actualité pure pour Rue89 ou Lepost, magazine pratique ou art de vivre pour Obiwi ou Paperblog. Au risque de décevoir je crois que le positionnement et la finalité du projet éditorial compteront plus que la cuisine interne des uns et des autres. La capacité à informer ou rendre service et s’attacher une communauté de lecteurs sera la seule mesure valable. Avec bien entendu la sanction économique.

A quelques exceptions notables ces sites ne sont pas concurrents entre eux, en revanche ils viennent tous à des degrés divers titiller la presse traditionnelle. Lepost face à 20Minutes ou Metro, Obiwi, Paperblog ou Youvox face aux magazines spécialisés (Maison, voyage, high-tech, loisirs). La question: leur modèle de production éditoriale et leur calcul économique serviront-ils d’étalon pour la presse professionnelle numérique des prochaines années.  En cas de succès j’en fais le pari, ils rejoindront tôt ou tard le giron des groupes de presse en voie de recomposition. La course ne fait que commencer.

Note: ma liste n’est effectivement pas exhaustive, en fait elle se borne à ce que je connais. D’autres sites existent sur un créneau similaire, par exemple Come4news.com, je les connais moins, à vous de compléter…

Quelles fonctions pour la presse: l’avis d’un lecteur

Parfois nos lecteurs en disent plus que nous, même dans un simple commentaire. C’est le cas de Narvic (un pseudo, je n’en sais pas plus) qui réagissait à mon billet consacré à Arret sur Images. Je reproduis ici intégralement son texte sur les nouvelles fonctions de la presse, texte que je trouve remarquable.
(Le pro-am c’est le pied… ) 

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 “C’est une des grandes erreurs des journalistes de croire qu’on achete des articles.”
“Je pense que l’acte d’abonnement à toujours été un acte d’adhésion plus qu’un acte d’achat.”

Votre réflexion est intéressante et renvoie à d’autres usages, ou fonctions, de la presse “traditionnelle”, dont on peut se demander si elles ne sont pas profondément bouleversées par internet :

– la fonction miroir : je ne cherche pas tant à ce que la presse m’apporte des informations, des “nouvelles”, qu’elle ne me dise plutôt ce que je sais déjà. Ce qui contribue à me confirmer moi-même que j’ai raison de croire ce que je crois, et m’apporte éventuellement des argumentaires et des informations complémentaires. Ce qui m’assure également que les autres lecteurs de ce même média savent eux-aussi ce que je sais…

– De cette “fonction miroir” découle directement un second rôle, une “fonction communautaire” : la lecture de tel ou tel média renvoie à mon appartenance à une communauté. L’existence du média témoigne de l’existence de cette communauté, il me permet d’y adhérer, et de manifester ainsi publiquement mon appartenance.

Le média diffuse également, bien entendu, auprès de toute cette communauté, les informations qui lui permettent de vivre, de fonctionner, et lui assure une visibilité vis à vis de l’extérieur et un moyen d’expression dans le débat public.

– ces phénomènes jouent, bien entendu, d’autant moins que le médias est généraliste, et d’autant plus quand il est spécialisé et que son public est clairement défini et connu des lecteurs (définition géographique, dans la presse locale ou régionale, politique avec les journaux d’opinion, par groupe social (femmes, jeunes, vieux, diaspora étrangère, avant-garde, conservateurs, etc.) ou par centres d’intérêt (vie du rail, jeux vidéos…), etc.

Mais à ce régime, la quasi totalité de la presse écrite peut être considérée aujourd’hui, d’une manière ou d’une autre, comme spécialisée (le marketing dirait-là “ségmentation du marché”). Cette ségmentation est certes moins marquée, en France, dans la presse quotidienne nationale, car sa diffusion est trop réduite pour aller trop loin dans cette direction. Mais cette ségmentation est maximum dans la presse magazine, particulièrement développée en France. Au Japon, où la presse quotidienne atteint son développement maximum, la ségmentation joue à plein, avec des quotidiens qui s’adressent à des publics spécifiques.

Ces fonctions sont assez mal assumées par une partie de la presse française, qui persiste à s’affirmer “généraliste”, quand elle est manifestement très “communautaire”. La question se pose moins évidemment pour l’Humanité ou La Croix, qui “assument”, mais elle est aiguë pour Le Monde, Le Figaro et surtout Libération, qui ont bien du mal à “assumer” .

Ce journaux prétendent diffuser une information généraliste, objective, donc universelle, alors qu’ils constatent que leur audience est manifestement très ségmentée. On peut voir à ce sujet la crise de Libération, comme une crise de confiance d’une large partie de son lectorat traditionnel (environ 1/5e) qui “ne s’est plus retrouvée” dans “son” journal, ce qui suffisait à mettre en péril un équilibre économique très précaire.

Ces fonctions sont encore plus mal assumées par la profession des journalistes, dans sa volonté d’être polyvalente, généraliste, objective, et donc dans sa “prétention” à diffuser un message universel, de “service public démocratique”. Véritablement, une mission…

Cette mission autoriserait même les journalistes à intervenir dans le débat démocratique en concurrence avec les élus du peuple, voir en opposition avec eux, au nom d’un 4e pouvoir. On ne sait d’ailleurs pas très bien à quel titre et avec quelle légitimité démocratique les journalistes prétendent-ils à ce rôle !

Si ce n’est dans la mesure où ils se font porte-parole de l’opinion, ou d’une partie de l’opinion, que les élus ne représentent pas et n’entendent pas. Donc quand ils renoncent à l’objectivité et l’universalisme pour assumer une rôle de porte-parole… communautaire ! (Il n’y a rien de scandaleux ni de dégradant d’ailleurs à être un porte-parole de l’opinion. Mais dans ce cas, il ne faut pas donner de leçons d’objectivité, ni d’indépendance…)

On peut pourtant définir cette profession comme une compétence plutôt que comme une mission : la compétence dans le traitement de l’information (la sélection et la hiérarchisation des informations intéressant un public ciblé, la mise en forme de cette information en fonction des spécificités du médias utilisé).

Mais ce n’est pas la “culture” des journalistes français ;-) Et cela explique peut-être largement la difficulté de cette profession à “monter dans le train” d’internet.

Aucune rédaction française de presse papier n’a réussi “la révolution bimédia” promise par Serge July. Le succès du monde.fr, par exemple, n’est pas celui de la rédaction du monde, puisque le site est réalisé par une équipe complètement différente de celle du quotidien papier, qui n’est même pas logée dans les mêmes locaux. La coexistence de ces deux équipes, sous la même “marque”, pose d’ailleurs toujours des problèmes. L’expérience Lepost.fr “renie” même quasiment sa filiation avec la marque Le Monde, qui n’apparaît pas sur le site.

D’où vient cette difficulté ?

Peut-être de ce qu’internet propose aujourd’hui au public des moyens d’exprimer ces fonctions “miroir” et “communautaire” autrement plus efficaces que la presse traditionnelle ne sait le faire, et que l’on se passe largement des journalistes pour y parvenir…

Le blog, par exemple, remplit la fonction miroir de manière bien plus efficace que l’adhésion à un quotidien et la publication éventuelle de quelques “courriers des lecteurs”. Il offre un accès potentiel à une audience large, il le fait rapidement et quasiment gratuitement. Surtout, il le fait sans intermédiaire, sans médiateur.

Les réseaux sociaux, autre exemple, remplissent la fonction communautaire avec une puissance et une efficacité que n’ont jamais osé imaginer les médias traditionnels. Là encore, ils donnent accès rapidement, gratuitement, et sans intermédiaire, à une large audience potientielle, avec des possibilités de communication et d’interaction inconnues auparavant.

Peut-être les journalistes pourraient-ils jouer dans ces processus un rôle utile, en raison de leur… compétences. Encore faut-il qu’ils renoncent à leur… mission.

Le besoin de “techniciens du traitement de l’information” se fait en effet ressentir sur internet. Autant au niveau de la sélection et de la hiéarchisation d’une information qui se déverse désormais à profusion, alors qu’elle était rare jadis. Autant au niveau de la documentation de cette information (mise en perspective, mise en relation des informations).
Le journaliste comme “technicien du traitement de l’information” est certes en concurrence sur internet avec les algorythmes comme celui de Googgle, mais il peut (peut-être encore ?) apporter une valeur-ajoutée, à côté de ce qu’offre la machine…

Le besoin d’animateur de communauté se fait également sentir sur internet et le journaliste peut apporter aussi dans ce domaine une compétence utile. Même s’il s’agit là vraiment d’un nouveau métier, sa connaissance de l’audience et de son fonctionnement, sa connaissance des publics et de leurs spécificités, font du journaliste un bon candidat pour ce rôle nouveau…

Mais il ne reste évidemment plus aucune place dans cet avenir pour la “mission civilisatrice” du journaliste ;-)

Il ne reste pas plus de place, d’ailleurs, pour l’existence des grosses rédactions centralisées et fortement hiérarchisées de la presse traditionnelle, fonctionnant sur un principe de division fordiste du travail, calqué sur un processus de fabrication industriel, qui ne laisse guère de place à l’initiative, à l’interaction et à la réactivité…

Le métier de journaliste n’est peut-être pas mort, s’il s’adapte en profondeur. L’existence des grosses rédactions me semble en revanche fortement menacée.

Le problème me semble très mal posé actuellement, quand les journaux s’interrogent sur le modèle économique qui permettrait de maintenir sur internet les grosses rédactions “industrielles” (fort coûteuses) qui existent actuellement.

La question pertinente, à mon sens, est de savoir s’il y a réellement une place sur internet pour de telles structures ? Ne pas se demander “comment on va pouvoir les financer sur internet quand le papier aura disparu ?” mais plutôt “De telles structures servent-elles à quelque chose sur internet, ou bien existe-t-il des formes d’organisation plus appropriées ?”

Qu’en pensez-vous ?

Par Narvic

Truemors.com un concept très proche de Lepost.fr

Je cherchais désespérément des éléments de comparaison entre Lepost.fr et des projets de sites communautaires, je crois que j’ai trouvé l’exemple le plus proche: Truemors.com. Concept semblable à base de brèves d’actualité animées et modérées par des rédacteurs pros mais réalisation très différente probablement plus peaufinée sur Lepost.fr qui propose une plus grande variété de types de contenus et une approche plus pédagogique. Anecdote plutôt ironique son concepteur, Guy Kawasaki expliquait en juin dernier comment ce projet ne lui avait coûté que 12 107 $.

Pour être honnête il faut dire qu’il a bénéficié d’une publicité trés déterminante du site Techcrunch et que son site reste très « geek » et d’une ergonomie minimaliste.

Lepost.fr: le Monde Interactif s’essaye au Web 2.0

Je croyais voir arriver Ohmynews, finalement c’est Agoravox en cool et festif. Bon en réalité pas tout à fait Agoravox non plus puisqu’il ne s’agit pas d’un journal en ligne. Le résultat est à vrai dire un peu inclassable. Site communautaire d’abord, d’information un peu ensuite, Lepost.fr est un mix qui alterne les contributions des internautes et quelques dépêches d’agences pour retenir l’attention. Un mix qui existait déjà sur Quelcandidat.com le site à vocation communautaire créé par le Dauphiné Libéré et animé par Benoit Raphael qui fait justement parti des fondateurs de Lepost.fr. Le site ne laisse apparaître aucune passerelle vers les autres publications du Monde Interactif.

lepost.gifIl est trop tôt pour juger du fond mais en ce qui concerne la forme nous sommes dans le « web 2.0 by the book ». Rien ne manque côté fonctionnalités communautaires, l’utilisateur est au centre du dispositif et tout est fait pour le valoriser et mettre en avant son profil. Sur ce plan la comparaison avec Agoravox tient la route, le moteur c’est l’ego. A noter: la possibilité de créer des « groupes » d’intérêt ou de discussion, une fonctionnalité innovante à la « Facebook », des sondages, des videos ou des diaporama grâce à une interface particulièrment bien soignée.

La modération semble s’effectuer a posteriori, les CGU confirment qu’on est dans le mode « chuis-pas-éditeur-mais-hébergeur-le-responsable-c’est-l’internaute » sauf que les dépêches sont bien publiées par « Lepost » donc on repasse dans le mode « ah-oui-c’est-vrai-en-fait-chuis-editeur ». Pas simple mais pas nouveau non plus. A ce stade je m’interroge sur des points différents:
– S’il s’agit d’un site communautaire pourquoi y publier de l’info?
– S’il s’agit d’un site axé sur l’info comment conserver la cohérence et limiter le bruit des contributions hors sujets?
– Enfin … pourquoi? Puisqu’il s’agit d’un projet editorial, quelle est sa raison d’être? S’il s’agit de faire naître des commentaires autour de sujets d’actualité pourquoi ne pas l’avoir adossé au Monde.fr ou Telerama.fr?

Ce sont les questions que je poserai à Benoît dès que possible. Réponses à suivre…

>Maj 10/9/07 : les explications de Dao Nguyen, directrice générale du Monde Interactif, dans LesEchos: « Il n’y a pas de logique éditoriale dans la présentation du site. Les articles d’actualité ne sont ni hiérarchisés, ni thématisés »
Celles de Benoît Raphaël dans un article du Monde: « le Post est avant tout un site d’information animé par une rédaction qui propose aux internautes un flux d’informations mêlant des contenus produits par la rédaction et par l’audience. Le traitement de l’information est ouvert, très pédagogique, parfois ludique et met au premier plan les témoignages. »


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A lire aussi les commentaires de Philippe Couve

Pro-am: Obiwi en béta privée

J’ai découvert récemment qu’il fallait dire « pro-am » pour désigner ce que j’appelais avant journalisme participatif ou collaboratif. Ca me paraît bien trop moche pour avoir un avenir mais allons-y pour pro-am, comprenez ces projets éditoriaux où se se mélangent contributions d’amateurs et encadrement professionnel. Après le démarrage en fanfare de Rue89 où il faut bien le dire les journalistes tiennent le devant de la scène, c’est au tour de d’Obiwi  de se lancer avec un concept clairement orienté contenu utilisateur sur fond de magazine « style de vie ».

 obiwi2.jpg

Pour le moment en béta privée le site débute le recrutement de ses rédacteurs tout en peaufinant le décor. Le coeur de concept: valoriser l’autogestion et les contributions de la communauté pour faire émerger peu à peu des experts et spécialistes reconnus et notés par les lecteurs eux-mêmes. Comprenez qu’on débute par des brèves et des commentaires, on amasse des points à mesure des contributions et on dispose de droits supplémentaires ou des avantages comme une prise en charge de la formation professionnelle. Bref du Padawan à Obiwan (ça y est vous avez compris!). Pour ceux qui n’ont pas suivi c’est la mise en pratique de la pyramide de Maslow dans le domaine de l’information: tout est là (version pdf).

S’il est trop tôt pour juger du contenu et de la capacité du modèle  à susciter à la fois motivation et qualité des contributions, l’expérience à le mérite d’aller au bout du concept. Impossible de ne pas le comparer à About.com où les meilleurs contributeurs deviennent guides et responsables de rubriques. Les choix de design sont sensiblement différents et on sent bien que si About.com est avant tout optimisé pour les mots clés sponsorisés, le style magazine d’Obiwi  avec beaucoup d’illustrations mise sur une publicité plus visuelle. Ma première impression est plutôt positive mais je me demande si, comme pour des sites comme Agoravox, le dispositif communautaire à base de notations, commentaires et bidules interactifs n’est finalement pas trop envahissant. Question que je me pose aussi en général sur tous les sites d’information. A suivre…

> Pour participer au beta test c’est ici

Facebook: la viralité au pas de charge

Aujourd’hui, pour voir, mes premiers pas sur Facebook le réseau social qui monte. C’est Fred qui le dit, Freddy qui en rajoute, Techcrunch aussi. Par curiosité j’ai voulu expérimenter comment se construisait la viralité, exponentielle parait-il, sur Facebook. A titre non-professionnel je suis plutot prudent face aux réseaux sociaux en particulier à cause du risque de spam, par horreur absolue de Myspace, parce que je pense qu’il ne faut pas se disperser en matière de données privées,  parce que je suis marié. Enfin c’est tout comme…

Premières impressions: Facebook me donne l’impression d’être une sorte de MySpace sérieux, croisé de Yahoo 360 et Linkedin. MySpace parce que si on remplit au départ une fiche de sécurité sociale on se retrouve vite avec un mini blog remplit de tout et n’importe quoi. Yahoo 360 parce que les photos jouent un rôle central et parce qu’on lâche peu à peu tout plein d’informations privées sans s’en rendre compte. Enfin Linkedin parce que rapidement les liens se construisent autour des relations professionnelles et par le nom de l’entreprise (en fait pas si sûr mais dans mon cas oui). A noter ce détail assez choquant pour nous européens: nous sommes invités à préciser nos orientations politiques et religieuses dans notre profil!

Reste à comprendre la viralité: sans rien faire je me retrouve en effet ce soir  avec 7 « amis »! Comme pour MySpace le système est assez redoutable pour matérialiser de façon très artificielle des « amis ». Alors que les listes d’amis sur MySpace sont à mon avis largement bidons  et exagérés le dispositif est ici plus subtil. En fait toute l’astuce repose sur l’autorisation que l’on donne à Facebook d’aller farfouiller dans notre messagerie électronique. Au moment de l’inscription on se voit ainsi proposer de chercher des amis … dans notre propre liste de contacts. Logique sauf que dans les messageries type Yahoo (la mienne) ou Hotmail il suffit d’échanger un message pour enrichir sa liste de contacts. Facebook puise alors dans une liste qui dépasse largement le cadre des relations proches. Si l’email ou le nom de la personne se retrouve quelque part sur Facebook, la voilà qui apparaît de facto dans notre liste « d’amis ». (Maj: pas tout à fait de facto car on valide la liste ou chaque profil est précoché. On peut ensuite « inviter » les autres sur Facebook.)

Dans ces conditions on comprend comment la viralité se construit de façon exponentielle. Le système est ensuite assez intelligent pour que l’on trouve des raisons de préciser son profil, communiquer avec les « amis » et qualifier les liens. Le résultat est franchement impressionnant, on obtient une sorte de tableau de bord de sa propre vie d’où je comprend vite que certains sont enclins à piloter leur identité 2.0. Je m’interroge tout de même sur un point: si le résultat est spectaculaire, la majorité des utilisateurs de Facebook sont-ils réellement actifs. Rien n’est moins sûr même si le décor est conçu pour donner l’illusion du contraire. C’est tout le problème de ces réseaux qui se nourrissent avant tout de leur propre viralité: il y a toujours un profil à corriger, un message à envoyer, une requête à laquelle répondre ce qui produit autant de visites, de clics et d’animation apparente. Un système pyramidal parfait ou l’ego se transforme en produit marchand. Brillant…

(Note : au moment où je me disais que ce serait très fort de pouvoir y importer les notes de son blog j’ai découvert que la fonction existait. Bluffant!)

Rue89.com, c’est parti

Baptème du feu pour le tout nouveau Rue89.com, le site des dissidents de Liberation. J’ai bien failli titrer « naissance du premier journal en ligne d’opposition de l’ère Sarkozy » mais finalement il ne s’agit pas de celà. Orienté politique oui mais façon citoyenne et sans parti pris idéologique, les fndateurs (voir la presentation) affirme vouloir s’attacher aux « solutions » plutôt que de disserter sur les problèmes. Une approche qui me rappelle un peu celle d’Alexandre Jardin avec son site Commentonfait.fr. On y trouve des analyses, des entretiens, des videos (comme l’excellente interview d’Eric Dupin, toujours pertinent). La présence des journalistes est plutôt discrète, on ne distingue pas les plumes maisons des contributions, c’est le but et ça marche. On jugera plus tard du caractère informatif du dispositif.

J’aime assez l’architecture simple du site qui emprunte largement aux style « blog » sans fioriture inutile. L’inscritption est obligatoire pour participer, je note l’opt-in bien en place sur le formulaire preuve que la démarche est pro et assumée.  A l’occasion d’un commentaire le lecteur se présente par son métier et éventuellement son nom, une bonne démarche pour valoriser la contribution. Le site est bâti sur Drupal, logiciel libre et CMS qui s’impose peu à peu sur le marché (avec Joomla) et dont l’intérêt est de permettre un gestion intégrée des contenus et des services communautaires. En clair il s’agit d’une génération de CMS conçue pour gérer les contributions des utilisateurs au même niveau que celle des éditeurs. Bref c’est tout bon.

A suivre, l’aventure du Sarkoscope pour vérifier si les promesses seront tenues…

Blogs et élections: on a eu chaud à la jurisprudence

L’honneur est sauf. Entre blogs et medias la dernière semaine s’est passée en jouant à se faire peur sans qu’ils réalisent qu’ils font partie de la même famille. Tout s’est fini sans dégâts, comme on l’espérait, peut-être au fond suffisait-ils de les inviter à l’apero et partager ces fameux chiffres en privé pour calmer les velléités de rébellion. L’honneur est sauf. L’honneur est sauf parce que Le Monde a authentifié que personne « n’avait franchi la ligne jaune« , et que l’AFP et la commission de contrôle n’a rien vu non plus (lu chez Pointblog).

Donc parce que personne n’a rien vu ou rien dit, l’honneur est sauf. Evidemment à 18h il fallait être particulièrement aveugle pour n’avoir rien vu des premières estimations. En fait d’honneur préservé je crains qu’on ne le doive surtout au seul l’effondrement des serveurs des medias belges et suisses sous l’afflux de connexions simultanées. La nature électronique fait bien les choses, parce que franchement les chiffres circulaient partout. Ce qui ne manque pas d’énerver le sieur Birenbaum, qui n’avait peut être pas lu sur Les Echos que cette histoire de lien interdit était finalement une affaire plus bancale qu’on voulait le dire. Au fond personne n’est dupe de cette affaire mais un certain civisme a finalement triomphé, l’irréductible esprit gaulois a simplement sauvé son honneur en tournant l’épreuve au jeu du chat et de la souris.

Reste quelques petites questions soulevées très justement sur Media 2.0 autour du cas Birenbaum (le cas Morandini est plus simple il se mesure à la longueur de la laisse). J’ai bien failli expliquer mercredi dernier ici pourquoi Birenbaum ne publierait pas les chiffres sur son blog en particulier parce que j’anticipais très logiquement l’engagement de la responsabilité de son hébergeur et éditeur, le quotidien 20Minutes. De fait ce dernier est intervenu fermement pour interdire à ses blogueurs de braver la Loi. « En tant qu’éditeur, le directeur de publication est légalement responsable du contenu du site, qu’elle qu’en soit l’origine. Il est donc dans l’obligation de faire respecter la loi. »

Logique direz-vous, 20Minutes a agi en éditeur...

Pas si simple. Question : la relation entre le media et ses lecteurs blogueurs est-elle une relation d’éditeur à auteur ou d’hébergeur à éditeur? Dans le texte cité plus haut on affirme la responsabilité sur les contenus, logique et courageux mais en contradiction avec ce qu’on peut lire dans les conditions générales d’utilisation (à lire lors de l’ouverture d’un blog). Là le discours est tout autre: la plate-forme de blog y est clairement décrite comme un « service » proposé au lecteur qui y « transmet, diffuse, publie, édite, met à disposition, partage ou tout autrement divulgue quelque Contenu que ce soit et quelles qu’en soit les modalités, grâce ou par l’intermédiaire des Services Interactifs  » en s’engageant à la légalité de ses contenus.

En clair il y a un paradoxe: l’éditeur se définit en fait par contrat comme un hébergeur et reporte la totalité de la responsabilité légale sur l’auteur du blog défini de facto comme éditeur. Mieux, en souscrivant au service l’auteur accepte de devoir payer à l’hébergeur les frais et pénalités financières éventuelles. Comprenez qu’au fond si Birenbaum avait voulu braver la Loi en en assumant les conséquences financière (ou de fermeture du blog) il aurait pu le faire sans engager a priori la responsabilité de l’hébergeur. D’ailleurs la mise en demeure du responsable éditorial invoque moins l’autorité éditoriale que « possibilité de poursuivre individuellement tous les auteurs de blogs »… CQFD

Sauf que …

Sauf qu’à mon avis, sur un plan juridique, trois raisons rendaient obligatoire la mise en demeure du rédac chef envers ses ouiailles:
– Birenbaum a commis l’erreur d’annoncer publiquement sa volonté de braver la Loi.  L’hébergeur est donc informé a priori de cette volonté, en ne réagissant pas sa responsabilité est de facto engagée.
– Birenbaum n’est pas un blogueur occasionnel. Il a expliqué avoir été invité par 20Minutes à bloguer sur la plate-forme. Il est possible je pense d’invoquer le lien de subordination. En clair c’est un rédacteur du quotidien, certes non-rémunéré mais c’est une autre histoire.
– Enfin malgré l’astucieuse rédaction des CGU, la position officielle des éditeurs de presse est d’assumer publiquement la responsabilité des écrits publiés sur leur marque. La position du rédacteur en chef relève de l’obligation morale.

Je me trompe peut-être mais voilà comment j’analyse l’imbroglio à chaud. Pas simple n’est-ce pas…

Netvibes lance ses Univers

A l’occasion du Web 2.0 Expo à San francisco Netvibes a lancé ses Univers, en fait des pages perso qui deviennent… publiques!  Elles permettent aux utilisateurs de créer leur propre espace à partir d’un univers dejà en place. Un projet que j’ai suivi de près comme partenaire (voir l’univers pour lesechos.fr) et dont je n’exagererais pas en disant qu’il a mobilisé les équipes de Netvibes jusqu’à la dernière seconde avant le lancement…

Pour résumer sous Netvibes on pouvait partager ses flux RSS, ses modules interactifs puis ses onglets ou pages et désormais c’est l’ensemble de l’espace ou univers que l’on peut partager. Cela confirme que la vraie valeur ajoutée de Netvibes réside moins dans le principe de la page en Ajax (on ne compte plus les concurrents d’ailleurs je signale au passage le lancement de Itsmynews.com du camarade Jeff Mignon) que dans l’ecosystème, veritable annuaire de tous les éléments partageables, au coeur du dispositif viral.

netvibes-lesechos.jpg 

On en reparlera, j’ai volontairement placé la mention « béta » sur la page des Echos.fr car elle devrait évoluer. Vos avis sont d’ailleurs les bienvenus. L’expérience est intéressante car l’enjeu pour moi, et Netvibes aussi me semble-t-il, est de savoir si l’usage du RSS peut s’étendre au grand public de façon intuitive. L’autre motivation s’explique par ce que j’ai pu mesurer tout à fait par hasard sur Nielsen: les pages d’accueil personnalisées sont un facteur de fidelisation plus puissant que beaucoup d’espaces communautaires. Ca semble évident mais c’est toujours mieux quand on voit les chiffres…

A noter que j’en ai profité pour y glisser les premiers Podcasts des Echos.fr, ceux de notre correspondante à San Francisco Laetitia Mailhes (Bientôt sur iTunes …) pour la rubrique Innovation.  Fin de la pub, en fait j’expliquerai bientôt aussi le détail de notre nouvelle offre e-paper qui intrigue pas mal de monde, mais c’est aussi pour dire qu’en dehors du blog on bosse…

D’autres Univers ont été créés pour la presse française: Le Figaro, Elle, L’Equipe, 20 Minutes

Rob Curley: où sont les croisés de la presse en ligne?

Merci, merci Francis Pisani de m’avoir fait découvrir cette intervention de Rob Curley, petit prodige de la presse en ligne qui a rejoint le Washington Post après une carrière dans la presse en ligne régionale. A l’occasion d’une conférence à l’université de Berkeley il expose avec passion et simplicité quelques unes de ses expériences de medias hyperlocaux (voir la video ici). Je ne vais pas retracer ici l’ensemble de ses exemples, ce soir éteignez la télé, versez vous un petit cognac et offrez-vous un cours de deux heures sur la presse en ligne. 

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Je retiens comme Pisani ses projets articulés autour de bases de données très complètes, ses podcasts à durées variables, ses videos de quidams (les célèbres « On Being« ), ses services à base de SMS pour picoler la nuit, sa mise en scène du quotidien des villes de province, son utilisation de toutes les plateformes possibles sans jamais céder à la gadgetisation, sans jamais parler de Web 2.0 alors que les lecteurs sont au coeur de l’ensemble de des réalisations. Le tout avec un design impéccable. Du bonheur.

« We’re not in the paper business, we’re in the news business, we’re in the content business »

Du bonheur qui en toute franchise m’aide à comprendre ce qui va mal dans les medias français. Ils baignent dans une eau croupie. Oscillant entre une révérence sirupeuse, l’effronterie calculée et l’information formatée. Désolé, la misère des JT en période électorale me mine en ce moment, tout autant que parti pris désespéré de la presse. Je discutais récemment avec Jean Guisnel, vieux briscard habitué des affaires troubles de la République, enquêteur de l’hebdo Le Point, et qui découvre avec effarement qu’une bonne enquête se publie désormais dans un livre. Un peu comme l’info a déserté depuis longtemps les JT pour les émissions de fin de soirée.

Mais peut-on faire de l’info avec des gens formés à la dissertation (j’en suis)? C’est un peu ça la leçon de Rob Curley. Où est la passion? Où est la vision? Et franchement je réalise en écrivant ces lignes que c’est précisément ce qui n’a pas surgit jusqu’à présent de toute cette logorrhée sur le Web 2.0 et le journalisme citoyen. Peut-être parce que jusqu’à présent beaucoup de medias de type communautaire sont menés comme des boutiques. Une épicerie où à défaut de prendre le risque de dire et de publier en son nom, on attend du lecteur qu’il remplisse lui-même les colonnes, prenne le risque de la publication sans oublier de céder ses droits. Merci mon gars.

> Voir aussi le blog de Rob Curley (qui rejoit illico ma blogroll)