Où l’on reparle de taxer les revenus de la publicité en ligne

On ose à peine y croire mais c’est authentique. Tentative dejà écartée une fois fin 2007, plusieurs amendements surprises au projet de Loi Audiovisuel relancent l’idée de taxer les revenus publicitaires des services en ligne. L’amendement 844 de Frederic Lefebvre vise directement les plateformes d’hébergement de videos afin de contribuer au financement désespéré du marigot télévisuel.

Réactions imméditates:

De l’ASIC : « Alors que le plan Numérique 2012 présenté il y a à peine quelques semaines vise à faire de la France un pays leader sur la scène de l’Internet mondiale, cet amendement constituerait un frein brutal au développement des acteurs de l’économie numérique française. « 

– Du GESTE (dont je suis membre): « Le GESTE (Groupement des éditeurs de contenus et de services en ligne) dénonce le racket orchestré dans le projet de loi relatif à la communication audiovisuelle qui sacrifie les acteurs de l’économie numérique » (Téléchargez ici le communiqué du GESTE)

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Etats généraux de presse: toujours la pub

Compte rendu express par Eric Scherer (AFP) de la troisème session du pôle Internet et numérique des Etats Généraux de la presse écrite. On planche encore sur la question de la pub. Cette fois on parle de baisse des recettes publicitaires pour les medias en ligne à partir du deuxième trimestre aux US, sur le quatrième trimestre en France. Marie-Laure Sauty de Chalon, CEO d’Aegis Media Europe du Sud, s’inquiète du prix de la pub, tiré vers le bas. C’est en effet le risque annoncé par pas mal d’analystes. Risque auquel il faudra résister. L’expérience de 2001 a montré qu’on se relève difficilement des braderies improvisées.

A noter que l’on désigne à nouveau Google et sa position dominante: « On est tous en train de se mettre dans la gueule du loup » a-t-elle expliqué. On parle d’un taux de reversement de 70% (ce qui me paraît la moyenne basse, très basse tout de même) et un chiffre d’affaire de près d’un milliard d’euros (chiffres estimés mais non-confirmés). De l’autre côté on fustige la faiblesse des titres français en matière de référencement. Sur ce point je ne suis pas tout à fait d’accord. Certes la presse quotidienne régionale qui devrait être en pointe en matière de presse en ligne s’est repliée sur elle-même (à mon avis) mais les principaux titres ont au contraire phagocyté assez rapidement Google News en mettant en place une politique de production de dépêches assez agressive. Simplement une partie des contenus n’est toujours pas mis en ligne, gratuitement ou non. Je ne suis pas sûr qu’il y ait des marges de progression si importante que cela alors que Google se tourne de plus en plus vers les contenus « rich media ».

Bref je pense qu’il y a  surtout une trop grande disparité des pratiques pour en tirer une conclusion globale. A vrai dire mon sentiment c’est que la presse est passée d’une méfiance trop grande vis à vis de Google à une soumission dangereuse. La course au volume se fait parfois au détriment de la cohérence du positionnement éditorial. Normal avec un prix de la pub 3 ou 4 fois inférieur à nos voisins anglo-saxons la course au volume est ouverte. Le piège est là. Intéressant de voir que les acheteurs d’espace et les régies prennent conscience que la course au prix le plus bas va à l’encontre des intérêts de tous et n’a pour conséquence qu’un alignement à terme sur Google. Une perspective mortelle.

Plus d’infos anxiogènes: TELECHARGEZ le rapport Perfect-Storm 2008-2009 d’AFP MediaWatch  qui propose un état des lieux annuel des medias.


WAT: pour TF1 le contenu utilisateur n’est plus une priorité

A lire sur ZDNet.fr (un des sites dont j’ai la charge) un entretien avec Olivier Abecassis DG de WAT, la plate-forme video de TF1. Il annonce un intéressant revirement de stratégie: désormais la priorité consiste à monétiser le contenu propriétaire de la chaîne ainsi que celui de ses partenaires. WAT continuera à héberger le contenu des utilisateurs (UGC) mais ne croit plus à la capacité de tirer des revenus suffisants de ces videos à la qualité aléatoire et controversée.

Une décision qu’on peut rapprocher de la stratégie autour de Hulu.com aux USA, soutenue en particulier par Fox (Murdoch) et qui consiste à privilégier exclusivement la monétisation des contenus des éditeurs. Le calcul est simple: mieux vaut moins d’audience mais une monétisation à l’unité accrue et exploiter ses fonds de catalogue. En face rappellons que Youtube ne monétise que moins de 5% de son stock de video.

La strategie des Youtube, Dailymotion et même Myspace consiste aussi à accroitre la part du contenu propriétaire par des accords avec des éditeurs mais également, ce qui est passé un peu plus inaperçu, à recycler le contenu « piraté ». Comment? Grâce aux différents système d’identification des videos qui permettent de réattribuer la paternité de ces contenus aux éditeurs d’origine et de leur proposer un partage des revenus sur leur exploitation. Une stratégie ingénieuse qui transforme le piratage en système de distribution. Malin. Très malin même si, en pratique, l’identification des videos est loin d’être un processus fiable et repose sur la capacité de référencer au préalable les oeuvres originales afin de comparer les signatures numériques.

Bref deux modèles et deux choix stratégiques s’opposent sur le marché de la video. Une course contre la montre.

Crise de la presse sur France Culture

Petit passage ce matin au micro de France Culture avec mon collègue de l’AFP Eric Scherer sur le thème de la crise de la presse. Discussion bien sage qui a tourné en aimable pugilat (en partie aussi hors micro). Ecouter ici (ou dans les archives à partir de demain – émission du 6 novembre).

Après coup je pense que certains de mes propos peuvent être mal compris ou interprétés. En particulier quand je rétorque un peu trop vivement à Clémentine Autain que la question des Etats Généraux ne « concerne » pas les lecteurs (et j’imagine déjà les réactions horrifiées face à ma comparaison avec les boulangers). Evidemment les lecteurs sont au coeur des préoccupations simplement je pense que les Etats Généraux devraient se concentrer sur les aspects économiques et industriels, il n’est pas normal de venir dans un ministère discuter des contenus et de « quoi et comment écrire ». Il y a d’autres lieux pour ça et en théorie chacun devrait aborder les Etats Généraux avec une vision claire de sa stratégie éditoriale.

Bref c’est une question qui se traite en amont, ailleurs, ou même en aval des Etats Généraux. Dire que les journalistes ne sont pas présents aux Etats généraux est faux, dire qu’il faut inviter les lecteurs relève de la démagogie facile (en particulier parce ce que se poserait aussi la question de leur représentativité). Qu’on se rassure, les lecteurs, on ne pensent qu’à eux mais il faut parfois assumer de se poser des questions industrielles et commerciales et laisser de côté la philosophie. En particulier en situation d’urgence, parce qu’on a pas voulu se poser ces questions il y a dix ans.

Très étonné d’entendre Alexandre Adler (que j’admire par ailleurs) souhaiter protéger le petit cocon des aides de l’Etat pour « préserver » L’Humanité, Le Figaro et d’autres journaux. Faut-il rappeler que certains journaux ne doivent leur survie sous perfusion que par la position stratégique qu’ils occupent dans la chaîne de distribution afin de préserver le marché français de l’arrivée de groupes de presse étrangers et concurrents. L’emploi attendra, ne touchons à rien. Faut-il rappeler que les aides de l’Etat ont permis aussi de financer indirectement tout une partie de la diffusion « grise » gratuite de certains journaux, lesquels tirent fierté d’un modèle payant qu’ils ont pourtant gangrené. Bref je maintiens que la question économique et industrielle prime sur la dissertation.

Hélas

Etats généraux de la presse: et la pub?

D’un côté on rassure les troupes avec l’incontournable « l’information-n’est-pas-une-marchandise » (« comme les autres » est-il précisé, signe d’un début de clairvoyance), de l’autre on aborde les points chatouilleux. Merci aux étudiants de Sciences Po pour quelques videos prises à l’occasion des rencontres du Pôle 3 consacré à Internet. Si vous avez du temps à perdre vous pouvez lire le récit d’un pitoyable incident de séance qui me deçoit comme abonné de Mediapart (ce qui ne les empêche pas d’être pertinent sur la critique de l’organisation de l’événement mais je crois qu’ils se trompent de combat, passons).

Les choses sérieuses commencent avec le rapport McKinsey (voir l’explication d’Eric Scherer de l’AFP) qui décrit l’essentiel de la chienlit ambiante côté économie de la presse. Si vous lisez ce blog vous en connaissez déjà les grandes lignes en particulier pourquoi la pub fuit la presse. Je retiens la video de Frederic Filloux (20Minutes – groupe Schibsted) un des rares à s’exprimer sur le terrain du modèle économique.

Je relève la remarque particulière sur le prix de la pub en ligne en France et de la chaîne « alimentaire » qui ponctionne les revenus publicitaire en amont des éditeurs. Remarque qui peut sembler anodine à qui ne sait pas que le prix moyen de la publicité en France est 3 à 4 fois inférieur à celui de la Grande-Bretagne ou des USA. Une particularité déjà relevée ici et qui conduit à compromettre le modèle économique de la presse en ligne française. Un raisonnement que j’ai eu l’occasion d’expliquer aux étudiants de plusieurs écoles de journalisme et que Frederic Filloux a popularisé très brutalement sur son blog, calcul à l’appui (traduction chez Benoit). Hypothèse sous entendue par Filloux: quelle responsabilité des agences de pub et des acheteurs d’espace dans cette particularité française?

A lire aussi le résumé de la séance par Eric Scherer sur Mediachroniques

(A noter aussi un tres bon papier de Filloux sur les errances de la diffusion gratuite des quotidiens, l’autre facette des petits secrets de la diffusion. Sur ce point je suis prêt à penser qu’une partie de la baisse actuelle de diffusion des journaux peut s’expliquer aussi par la réduction de cette diffusion « grise » afin de restreindre les coût de fabrication et de distribution, ce qui grossit artificiellement les statistiques décrivant cette baisse de diffusion)

Etats généraux de la presse: ça cause

Quelques articles à lire pour ceux qui suivent le débat sur la presse:

– Un premier compte rendu de Benôit Raphaël sur l’atelier contenu de la presse écrite (option piano et solfège). Interessant pour prendre la température du secteur mais pas grand chose à attendre de cette commission à mon avis. Au risque de choquer elle me semble à la fois fondamentale et à la fois hors sujet dans une rencontre qui doit traiter de problèmes industriels. Surtout il est assez impensable de la tenir dans un ministère (pour voir, imaginez une assemblée de chefs de cuisine venant causer tambouille et recettes dans une cave du ministère du tourisme).
En même temps c’est une réflexion indispensable qui aurait du être le préalable à l’organisation des Etats généraux. Faire le point sur les contenus et les nouveaux besoins, définir les nouvelles méthodes de travail, lister les points où l’action de l’Etat peut être nécessaire. Seul ce dernier point devant faire l’objet des Etats généraux.

– La contribution de Benoît à cette première rencontre. « Choisir entre news et paper, un jour faudra bien choisir son camp ». Quelques notions d’information distribuée ou produite en réseau. Rien à ajouter. Seul gros défaut, le modèle auquel pense Benoît ne nécessite aucune aide de l’Etat ce qui constitue une faute de goût majeure.

– Dans le Monde la tribune de Bertrand Pecquerie, « Attention au baiser qui tue« . J’ai souvent cité Bertrand sur Ecosphere pour son « Editors weblog« . Excellente tribune qui peste contre la soumission de l’industrie face à l’Etat. Je suis un peu moins convaincu sur sa vision de l’offre mais je souscris quelques uns de ses traits:

« cela ne changera rien tant que détenir un média signifiera chez nous gagner en influence et non gagner de l’argent »

et sa conclusion

« Mais prenons garde à ce que cette mise en scène ne s’apparente au baiser qui tue. Sous couvert de renforcer le pluralisme, il est aussi malheureusement possible de renforcer ceux qui l’étouffent. »

– Un début de discussion sur le probleme de la distribution chez Alain Giraudo et Rue89. Concernant le problème de la distribution je constate d’ailleurs que c’est un problème largement sous estimé concernant Internet où tout le monde s’en remet à Google, notre Etat tout puissant à nous.
Giraudo se demande aussi s’il ne vaut pas mieux un concours que des Etats Généraux. En effet il y a mieux, il suffit de regarder le programme du « New business models for News Summit » organisé à New York où tout le monde planche sur le nouveau modèle des news sans s’embarrasser du papier.

– Une synthèse de Narvic sur l’avenir de la presse

MAJ 24/10/08 Je suis passé à côté du blog des étudiants en journalisme de Sciences Po qui ont suivi les travaux du pôle 3 (internet/Patino) qui me concerne tout particulièrement et dont j’ai reçu de bons echos. retrouvez leur videos, interviews et leur couverture des débats ici:
http://sciencespole3.wordpress.com/