Et Google devient éditeur …

On s’absente quelques jours et l’actualité vient de là où on ne l’attend pas. Google annonce via le blog de l’équipe de Google News la mise en place d’un dispositif permettant aux personnes citées dans les articles repris par Google News de réagir en ligne. Google se chargera de contacter les personnes concernées et publiera les commentaires sans les rééditer.
J’adore la précision sur l’absence de « réédition ». On y sent comme une revanche sur certaines pratiques de la presse traditionnelle. D’ailleurs l’initiative a été comprise par beaucoup comme une déclaration de guerre contre la presse. Je ne commenterai pas les inepties de ceux qui voient dans l’initiative un renouveau de la démocratie. J’y vois surtout l’émergence d’une arrogance d’un nouveau genre. Devenu l’intermédiaire ultime (distribution, pub, recherche) Google ne résiste pas à la tentation d’utiliser son nouveau pouvoir. Nous voilà prévenus.

L’initiative a une conséquence non négligeable: en prenant en charge la collecte d’informations et leur mise en ligne Google vient très exactement de franchir la ligne qui sépare l’hébergeur/prestataire technique de l’éditeur. A vrai dire la ligne est franchie depuis longtemps de mon point de vue avec le rachat de Youtube et pour ceux qui en douteraient l’organisation récente du débat sur la présidentielle américaine avec CNN. En devenant éditeur Google va connaitre les affres des éditeurs: sur quels critères choisir les heureux élus, quelle responsabilité sur les contenus de ces « droits de réponse », peut-on répondre aux commentateurs etc, etc … 

Deuxième conséquence: Google News ne pourra plus étre considéré comme un espace neutre. Un fantasme qui ne tenait plus beaucoup tant Google ne parvenait plus à justifier le choix des sources d’information de son portail. Sur le plan éditorial tout ça n’a pas beaucoup de conséquences, n’oublions pas que Google News n’archive pas ses contenus, mais sur le plan juridique Google se lance dans une partie risquée. Il n’est pas impossible que derriere cette initiative se cache une des raisons pour lesquelles Google a entrepris de devenir client des principales agences de presse. Ce sont les dépêches d’agence qui pourraient servir de base au nouveau service (simple hypothèse de ma part).

Dans tous les cas je ne pense pas un instant que cela constitue une menace pour la presse qui dans sa très grande majorité autorise les commentaires. Google News deviendra au mieux un nouvel instrument de RP. En revanche l’initiative pourrait concurrencer la myriade d’agrégateurs de news et autres infomédiaires qui tentent de gagner une légitimité face à un Google News qui a trés peu évolué depuis sa création. Pour ma part je n’attend pas grand chose de ce projet mais je continue à espérer que Google se décidera enfin à prendre ses responsabilités pour filtrer les sources d’informations de son portail sur des critères sérieux et transparents.

Pour en savoir plus:
> Le débat sur Techmeme
> Une analyse sur Ars Technica
> La critique de Techcrunch

Baromètre Google News France pour avril 2007

Dernière édition du Google News report francophone pour avril 2007 avec un top 10 toujours aussi monolithique. Signalons l’arrivée en fanfare du Journal du Dimanche et du Point, la progression de la radios Suisse Romande et Radio Canada probablement l’effet spectaculaire des élections et la liberté de publication des sondages. Un point concernant le JDD, sauf erreur de ma part il me semble que ses articles les plus visibles sur Google News ne sont pas de simples reprises de dépêches d’agence, chose assez étonnante pour être saluée. Sur ce dernier point on peut juger de la situation en vérifiant les sources de chacun des articles du top du mois (tout support confondu).

Top 50 des sources Google News France
rank Avril 2007 Mars 2007
1 Le Figaro Le Figaro
2 L’Express L’Express
3 Le Monde nouvelobs.com
4 nouvelobs.com Le Monde
5 Libération Libération
6 TF1 TF1
7 Boursier.com Boursorama
8 Boursorama France 2
9 Le Point Boursier.com
10 Romandie.com PC Inpact
11 France 2 Clubic
12 Cyberpresse RTBF
13 PC Inpact 20minutes.fr
14 Clubic l’Humanité
15 Radio Suisse Romande Le Vif/L’Express
16 20minutes.fr ZDNet
17 Radio-Canada L’Orient-Le Jour
18 Le journal du dimanche en ligne XINHUA
19 Canoë Actualités News Environnement
20 RTBF Canoë
21 l’Humanité 7sur7
22 7sur7 Radin Rue
23 XINHUA Radio Suisse Romande
24 France 3 RTL.fr
25 Le Vif/L’Express La Tribune.fr
26 Journal Chrétien Sport365.fr
27 L’Orient-Le Jour AgoraVox
28 Le Revenu Europe 1
29 ZDNet Sports.fr
30 Les Échos 01net
31 Actualités News Environnement Les Échos
32 AgoraVox Radio-Canada
33 Le Matin.ma Cyberpresse
34 Référencement Internet-Web Le Matin.ma
35 Radin Rue Référencement Internet-Web
36 Courrier International Journal Chrétien
37 Le Temps (Abonnement) RFI
38 Football.fr Eurosport – TF1
39 Sports.fr Génération NT
40 Francebourse.com Aujourd’hui Le Maroc
41 RFI Football.fr
42 Aujourd’hui Le Maroc Marianne2007.info
43 Sport365.fr Walf Fadjri
44 La Croix L’équipe.fr
45 Eurosport – TF1 24 heures
46 La Tribune.fr Jeune Afrique
47 Europe 1 A l’Actu
48 RTL.fr Courrier International
49 01net Francebourse.com
50 Le Devoir (Abonnement) El Watan

Yom Kipour: Google installe son data center en Belgique

Je crois que l’info est passée un peu inaperçue, c’est le quotidien Le Soir qui l’annonce, Google va investir plus de 250 M d’euros à Saint Ghislain, commune de Wallonie, pour son futur Data Center. Principal atout du coin: un réseau de fibre optique très dense et un canal permettant d’alimenter en eau le système de refroidissement du complexe. Pour ceux qui on suivi ce délicat aspect de l’activité industrielle de Google, la consommation électrique de ses complexes nécessite désormais un dispositif digne d’une centrale nucléaire. La question que je me pose: c’est polluant une usine Google?
Pour ceux qui se demandent où se situe Saint Ghislain, c’est à quelques kilomètres de la frontière française près de Valenciennes:

 google-saint-ghislain-belgique.jpg
 Cliquer pour zoomer

Google se paye les champs de pétrole

C’est donc Google qui s’empare de Doubleclick pour 3,1 milliards de dollars. Cash. A la barbe de Microsoft et Yahoo. Google est le leader incontesté de la publicité en ligne dont le CA est majoritairement généré par les mots clés sponsorisés. Un marché en passe d’être saturé, Google l’a expliqué à deux reprises en février 2006 et un an plus tard, provoquant au moins partiellement la chute de ses cours.  Reste le marché de la pub à l’affichage, au CPM, qui lui échappait encore totalement et qui représente une manne encore sous exploitée.  C’est là que se transvasent actuellement les budgets pubs autrefois exclusivement réservés à la télévision et à la presse. Voir l’étude Morgan Stanley de Novembre dernier pour les chiffres. Google rachète donc Doubleclick, un des leader pour la pub à l’affichage, la bonne vieille bannière, pour s’installer sur ce marché. Tout le monde ou presque est en passe de devenir client de Google.

Je n’ose plus dire échec et mat, j’ai déjà du le dire une ou deux fois. L’histoire rappelle celle de la Standard Oil de Rockfeller dont on oublie trop souvent qu’à l’origine elle ne se préoccupait pas de forage ni de prospection mais de transport et de raffinerie. Le pouvoir de Google ne se mesure pas à son chiffre d’affaires mais son contrôle absolu de l’intermédiation. Sur le marché de l’information en recueillant les demandes des utilisateurs, en les véhiculant jusqu’aux medias. En recrutant des millions d’annonceurs petits ou grands et en reversant le CA publicitaires aux mêmes medias, entre acheteurs et vendeurs d’espace. Pendant ce temps devinez qui s’occupe de forage et de prospection. Vous, moi , les éditeurs. La puissance vient du contrôle de l’information (voir l’histoire des banquiers lombards), le contrôle des prix en découle nécessairement. Du coup le ton change et désormais on parle de monopole, de trust, la boucle est blouclée. A suivre

Lire aussi:
Google analytics : jeu, set et match !
Google: un suivi multisupport pour les évaluer tous et les lier…

AFP vs Google, enfin les fiancailles

Par un simple communiqué on apprend que Google et l’AFP sont parvenus à un accord (voir ici et ) qui met fin à plusieurs années conflictuelles. Conflit portant sur la reprise des titres et chapeaux sur Google News mais surtout sur la question des photos. L’accord dont on connaît peu les détails va permettre l’exploitation de ces contenus et à l’AFP de jouer à armes égales avec les autres agences qui ont au moins marginalement tiré profit du conflit. En effet certains sites de presse, clients de l’AFP, ont choisi de passer chez Reuters ou AP afin de ne pas être pénalisés en matière de référencement. Un phénomène que j’avais prédit en mai 2005 et qui a peu à peu empoisonné le terrain. Ouf de soulagement donc, chez les souscripteurs de l’AFP…

Toutefois si l’accord comprend le droit d’utiliser in extenso des dépêches AFP sur Google il pourrait y avoir des surprises, l’AFP devenant à son tout concurrent des sites medias, un reproche souvent adressé à Reuters. De l’autre côté cet accord survient alors que Google semble vouloir pacifier ses relations avec les medias très probablement afin de préparer le terrain à de nouveaux projets et de nouveaux accords. L’acquisition de Youtube, l’arrivée du contenu payant avec Google Archives imposent en effet une logique de partenariats et d’intérêts préservés.

YouTube : 15M$ de CA en 2006?

C’est l’estimation de l’analyste Robert Peck (Bear Stearns) à partir de la déclaration de revenus de Google. C’est à dire 100 fois au dessous de son prix d’acquisition en novembre dernier. C’est ce qu’on appelle un sacré potentiel de croissance …  

Maintenant on relit tranquillement les déclarations de Calacanis qui évaluait le CA de YouTube à 20M$ en septembre dernier quand d’autres l’estimaient à 150 M$…

Tic tac

Baromètre Google News France pour février 2007

Suite du Google News Report France pour le mois de février 2007 (le détail ici) qui classe les principales sources d’information selon leur positionnement, leur fréquence et durée d’apparition sur la Une de Google News. Après une interruption d’un mois en décembre le Google News Report est finalement réapparu en janvier (son auteur m’a avoué qu’il pensait que ça n’intéressait personne…).

Si l’on compare avec le dernier classement de novembre 2006  on note quelques changements notables. En particulier le grand gagnant est lexpress.fr qui a détroné son éternel rival Nouvelobs.com. Ce dernier paye probablement la refonte de son site et son changement de CMS  qui ont bouleversé l’organisation des contenus. La RTBF fait irruption dans le top 20 ainsi que 20minutes.fr, pour le reste les quotidiens et les sites des principales chaînes de TV trustent toujours les premières places. A noter la baisse du site lesechos.fr, lequel a été absent de l’index de Google News pendant une semaine en février pour des raisons techniques obscures qui m’ont donné quelques sueurs.   

Gros problème à mon avis, j’y reviendrai une prochaine fois mais l’analyse du top 100 des articles des principales sources d’actualité montre clairement qu’il s’agit essentiellement de dépêches d’agence de presse. Google News semble toujours sensible à la répétition des mêmes infos plus ou moins réécrites qu’il interprète à tort comme un critère d’importance à cause de la redondance. On dira ce qu’on voudra mais c’est la preuve que Google n’est pas si performant dans l’analyse des contenus et privilégie toujours la répétition et la fréquence de publication.

A suivre 

Top 50 des sources Google News France
rank Février 2007 Janvier 2007
1 L’Express L’Express
2 Le Figaro Le Figaro
3 Libération Libération
4 nouvelobs.com nouvelobs.com
5 Le Monde TF1
6 TF1 Le Monde
7 Boursorama Boursorama
8 France 2 Canoë
9 PC Inpact Boursier.com
10 Clubic France 2
11 Canoë Clubic
12 20minutes.fr PC Inpact
13 Boursier.com RTBF
14 l’Humanité 7sur7
15 RTBF XINHUA
16 Radio Suisse Romande Cyberpresse
17 AgoraVox 20minutes.fr
18 7sur7 l’Humanité
19 XINHUA Radio-Canada
20 Radio-Canada Radio Suisse Romande
21 L’Orient-Le Jour ZDNet
22 ZDNet Les Échos
23 Le Vif/L’Express L’Orient-Le Jour
24 Radin Rue Portage emploi
25 Référencement Internet-Web Référencement Internet-Web
26 24 heures Le Devoir (Abonnement)
27 Actualités News Environnement Sport365.fr
28 Jeune Afrique 01net
29 La Tribune.fr AgoraVox
30 Sport365.fr Football.fr
31 Europe 1 Actualités News Environnement
32 Journal Chrétien Europe 1
33 Armées.com 24 heures
34 01net Radin Rue
35 Tribune de Genève Armées.com
36 Football.fr La Tribune.fr
37 RFI Tribune de Genève
38 M6.fr Courrier International
39 Francebourse.com Jeune Afrique
40 Cyberpresse M6.fr
41 Eurosport – TF1 Le Vif/L’Express
42 RTL.fr Goal.com
43 Les Échos EuroNews
44 Portage emploi Eurosport – TF1
45 Sports.fr Marianne2007.info
46 Aujourd’hui Le Maroc Génération NT
47 Goal.com Le Temps (Abonnement)
48 Sport 24 Liberté-Algérie
49 L’équipe.fr RFI
50 Le Devoir (Abonnement) Aujourd’hui Le Maroc

 > source Private radio

Ecrire pour Google: un destin de feuille morte…

J’aime bien le mot de Jean Guitton : « être dans le vent c’est avoir un destin de feuille morte ». C’est un peu ce que m’inspire le débat « écrire pour Google » qui sort peu à peu du cercle des pros du web pour interroger les pratiques des journalistes et des medias en général. Maintenant que publier sur le web est une affaire sérieuse et que le coût d’acquisition du lecteur monte en flêche, l’optimisation des sites web en vue de leur référencement dans les moteurs de recherche est devenue une question de micro-chirurgie. Choisir ses mots pour coller aux préférences de Google fait partie de la stratégie et certains quotidiens US n’hésitent plus à former leurs journalistes et secrétaires de rédaction pour s’assurer des bonnes pratiques.

Jeff Mignon a réouvert le débat, poursuivi par Philippe Couve qui voit déjà les limites de l’exercice. Il a d’ailleurs bien raison. Je ne reprendrai pas l’ensemble du débat bien résumé par Jeff mais j’y apporte quelques nuances. Clairement le rédacteur doit garder à l’esprit qu’un titre informatif doit désormais obligatoirement comporter les mots clés qui désignent l’essentiel du contenu de l’article. Rien de nouveau, je l’ai déjà dit, par rapport à ce qui est enseigné dans les écoles de journalistes disons simplement que les titres « à la libé » plein de bons mots risquent en effet d’expédier votre article dans le purgatoire du web, c’est à dire dans les bas fond de l’index de Google. Disons qu’une bonne part se joue en général dans l’articulation du titre et du chapo puis par la densité et la cohérence du texte.

Ca c’est la préhistoire des conseils en matière de SEO (Search Engine Optimization). Reste que désormais certains ont fait du moyen, rendre visible son article, une fin en soi. Certains petits champion du blog s’empressent ainsi de pondre des billets ineptes mais composés des bons mots clés dès qu’une polémique surgit sur le Web afin de capter l’audience. Appliqué à l’industrie des medias celà signifie qu’on peut être tenté de choisir ses sujets et ses mots à partir de l’analyse des mots clés les plus populaires. Et ça marche…

Malheureusement…

Toutefois c’est un calcul de court terme qui peut rapidement détourner une stratégie éditorial de ce qui devrait être sa vraie préoccupation: non seulement capter l’attention du lecteur mais l’informer et assumer sur la durée un angle et un positionnement éditorial. Bref non nous n’écrivons pas pour Google mais pour un lecteur. Encore faut-il apprendre à s’habiller correctement… C’est toute la nuance entre attirer une audience passagère et la fidéliser. C’est la grande question des prochaines années pour les medias d’information, pour leur survie. L’audience de Google est en effet sous certains aspects totalement fictive et les instruments de mesure, instituts de sondage, créent cette fiction en leur attribuant une cohérence qu’elle n’a pas. C’est le vrai sens de ma critique de l’étude Ipsos sur les blogs, une audience dispersée qui navigue au hasard du web n’a jamais fait un media.

Pour revenir à des arguments plus prosaïques, coller aux mots clés les plus populaires de Google c’est prendre le risque de s’épuiser et de devenir « obsolète » rapidement à mesure que passe l’actualité. Rester informatif et couvrir sur la durée l’essentiel des thématiques propre à son secteur c’est au contraire être prêt quand l’actualité cristalise un événement.

Je prends un exemple récent que j’ai observé sur le site lesechos.fr. Il y a quelques semaines l’actualité politique s’est focalisée autour de la société civile immobilière (« SCI ») de Ségolène et de l’ISF. Evidemment un quotidien d’actualité financière est naturellement à traiter ces thèmes en profondeur ce qui n’est pas le cas des medias généralistes. Des sujets par ailleurs habituellement austères, destinés à un public spécialisé ou concerné. Le résultat se passe de commentaire (voir ici et ) , la présence d’un contenu riche et naturellement référencé a permis de générer un large flux d’audience alors que la grande majorité des autres médias ont du, je l’ai vérifié le jour même, acheter massivement les mots clés « SCI » et « ISF » pour se positionner sur les pages de résultats. Bonne affaire au final pour Google.

Moralité: vive le référencement naturel et les sujets traités en profondeur, sur la durée. D’ailleurs les pros du SEO vous le diront, Google aime les contenus qui durent…
Les lecteurs aussi.

> Lire aussi le billet de Jean-Marie Le Ray qui analyse très finement la technique d’optimisation de lécriture. 

Le chiffre d’affaires mystère de MySpace

J’aimerais bien saluer sans arrère pensée le succès de MySpace tel qu’on peut le lire ça et là suite à la publication des résultats du groupe News Corp’s mais franchement on nage dans le mystère. Il n’y a tout simplement pas de données officielles concernant les revenus de MySpace mis à part la déclaration de Murdoch affirmant que « MySpace fait 25 M $ par mois« . Ce qui veut surtout dire que le site a pu atteindre ce chiffre, nullement qu’il s’agit d’une moyenne mensuelle.

Depuis quelques jours circule aussi (bizarrement très discrètement) l’information que le contrat avec Google n’est toujours pas signé et serait même en phase de renégociation. En fait actuellement il se résume à une lettre d’intention même si Peter Chemin (le COO du groupe) affirme que la croissance de trafic est supérieure au minimum exigé par Google.

Résumons ce qui est affirmé par News Corp’s:
– Décembre est le premier mois rentable pour FIM (la division « interactive » du groupe qui intègre entre autre MySpace)
– La croissance du CA de MySpace serait de 70% par an
– La croissance du trafic de MySpace serait de 25% par trimestre
– Le CA de la division FIM devrait atteindre 500 M $ en 2007
– L’apport de Google devrait atteindre son maximum en 2008 avec plusieurs centaines de millions de $
– La rentabilité hors investissement (nuance importante) est annoncée pour 2007
– On vise une marge de profit de près de 20% en 2008
– Le CA de MySpace a atteint 25 M$ (selon Murdoch)
– Le minimum garanti de volume de trafic du pré-accord avec Google est atteint en 2006

 Ce qu’on peut en déduire:
– L’activité internet n’est pas profitable sur l’année
– Le calcul économique est basé au minimum sur une croissance maintenue de 25% de trafic par trimestre sur 2 ans au minimum.
– L’année 2008 est l’année décisive avec l’essentiel des reversements de Google (on comprend la nervosité autour des négociations)
– le CA de MySpace du dernier trimestre se situe entre 60 et 75 M$ (hypothèse haute sur la base des 25M$ mensuels de Murdoch)
– La division FIM n’a atteint la rentabilité qu’en décembre, rien ne dit que MySpace le soit aussi.

Je ne crois pas qu’il y ait anguille sous roche mais franchement tout ceci ressemble terriblement à une partie de poker ou le bluff s’installe tranquilement faute de données vérifiables. Le problème c’est que MySpace est toujours noyé dans les comptes du groupe dans une ligne assez fourre tout comme je l’avais déja signalé. De quoi donner une large place aux effets d’annonce comme le possible deal avec eBay.

 A lire sur ce sujet:
> Indispensable sur SeekingAlpha : la transcription complète de la conférence deNews Corp’s sur les résultats financiers  
> L’analyse de PaidContent.org
> Le calcul très intéressant de Ashkan Karbasfrooshan  sur SeekingAlpha
> Du même auteur sur la question de la renégociation du deal Google-MySpace

Wikipedia en mode « No Follow », c’est la fin des haricots

Jimmy Wales, patron de Wikipedia, vient très discrètement d’annoncer que les liens externes figurant dans l’encyclopédie collaborative seront désormais bridés par un attribut »No Follow » interdisant aux moteurs de recherche de « suivre » ces liens et d’améliorer ainsi le référencement des sites de destination. C’est la fin d’un petit business discret pour les professionnels du référencement et quelques spammeurs malins.

Lire aussi les inquiétudes un peu exagérées de Nicolas Carr sur le sujet…

Beaucoup avait en effet remarqué l’importance de ce type de lien à mesure que Wikipedia gagnait en légitimité et pertinence. Placer un lien sur Wikipedia était devenu un sport très prisé. Difficile de contrôler cette pratique, la pertinence des choix des sites de destination étant souvent affaire de jugement personnel. Fin de la récré plutôt que d’encourager le « link building » Jimmy Wales a décidé de neutraliser cette pratique sans l’interdire. Limitant l’intérêt mercantile de la pratique il espère ainsi limiter le spam et privilégier le sens et la qualité. Bien vu mais c’est aussi un coup de canif dans un système de valeur.

Il y a des petits signes qui montrent ça et là que l’on entre progressivement dans une phase de déconstruction de ce qui a lancé la deuxième vague de neteconomie triomphante. J’avais consacré un des premiers billets de mon blog sur ZDNet.fr, il y a tout juste deux ans, aux trackbacks (à l’époque nous étions un des premiers site de presse français à les intégrer dans nos articles quotidiens). Une technologie mise en place par la plate-forme Typepad, permettant aux blogs d’interagir entre eux et ouvrant la voie à une nouvelle économie de la diffusion des contenus. Une technologie vite neutralisée pour cause de spam. Neutralisée exactement de la même manière que pour Wikipedia.

Personnellement je salue la démarche qui consiste à limiter la porté de ces fonctionnalités sans pour autant les interdire mais il faut bien constater que dans le même temps on égratigne ce qui est à la base de l’écosystème des medias sur internet. En limitant ce qui a permis l’éclosion de nouveaux réseaux de distribution et le rééquilibrage du référencement entre petits et grands médias ont rabat impitoyablement le marché vers le règles de distribution traditionnelles, celles où l’on achète sa promotion par la publicité ou l’on pratique l’échange de notoriété entre sites à forte audience. Celles qui se mesurent en moyens financiers.

Je crains que l’on n’ait pas fini d’assiter à cette déconstruction du jardin d’Eden. Entre la chasse, légitime, contre le spam et l’optimisation des revenus des outils de recherche s’instaure peu à peu des barrières d’entrée de plus en plus puissantes pour accéder à la notoriété. La longue traîne a bon dos si l’on assiste a une concentration accrue de l’audience sur les sites les plus puissants ou si le prétexte de la pertinence conduit à réduire le choix des services. Voir sur ce point cette découverte très intrigante du Journal du Net sur des tests réalisés par Google en matière de positionnement des liens.

Yahoo vs Google, autopsie d’un duel

Vu chez Battelle un article magistral de Wired sur les déboires de Yahoo. Un article long et dense à faire s’évanouir un consultant en communication, du genre qui ont bâti la réputation de Wired à l’aube de la neteconomie. Un article par lequel le journaliste Fred Vogelstein dissèque les errances stratégiques de Yahoo au cours des dernières années. Pour tout dire un missile pointé droit sur la nuque de son Président Terry Semel accusé de n’avoir pas compris grand chose à l’esprit des nouvelles technologies. Accusé d’avoir laissé grandir l’ombre de Google sur un marché pourtant au départ acquis à Yahoo. Un verdict assez terrible pour que Yahoo ait pris la peine d’y répondre

En résumé le gourou d’Hollywood Terry Semel a construit sa stratégie sur le modèle de l’économie traditionnelle des medias, matinée de recettes convenues en matière de promotion et de distribution. Il n’a pas vu l’iceberg du marché de la recherche et des mots clés, il lègue le pire héritage possible: une seconde place au podium. Ajoutons le retard dans l’execution avec deux ans de retard pour la plateforme de ciblage comportemental Panama, une organisation sclérosée, la paralysie des décisions, une direction finalement décapitée . Brrr il fait froid chez Yahoo…

Cet article est sans nul doute brillant, en particulier parce qu’il résume à la perfection ce que tout le monde pense de Yahoo, d’abord parce que ce sont les idoles que l’on tue avec le plus de délectation et ensuite parce qu’avec le retour de la spéculation l’odeur du sang l’emporte sur le reste. Et bien je ne partage pas tout à fait cette vision ni cette démonstration trop impeccable des hommes du marketing terrassé par les ingénieurs. C’est du Dilbert  mais ça reste de la BD. Je suis persuadé qu’on dira un jour la même chose de Google et de ses années folles, raillant l’incapacité des ingénieurs à briller hors des algorithmes.

En vérité la partie n’est pas finie, Yahoo a pu faillir dans l’exécution mais on ne peut réduire l’enjeu industriel et commercial au marché des mots clés. La domination de Google est écrasante parce qu’on ne voit pas de limites à son expansion et non parce qu’elles n’existent pas. La troisième manche commence, avec elle commence la reconstruction de la chaîne de valeur, la structuration des contenus contre l’anarchie créatrice, le retour progressif du payant et du gratuit en quête d’excellence. Après l’anarchie de la distribution de masse et le nivellement des contenus par le bas le retour de la différenciation et de l’exigence.

Vers un coup d’Etat chez Yahoo?

Ce n’est pas tous les jours qu’on peut lire l’intégralité d’un mémo interne rédigé par un vice président d’un des majors de l’internet. Quand ce memo est en plus un véritable brulôt, appellant au dégraissage brutal et à la réorganisation, c’est encore moins banal. C’est ce qui se passe avec le mémo de Brad Garlinghouse vice-présidents de Yahoo!, dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’il sent la poudre en appelant en particulier à une réduction de 15 à 20% des effectifs. Pour en savoir plus:

Le memo intégral publié par Paul Kedrosky et sur Techcrunch
Les commentaires et quelques traductions sur Adscriptor

Outre la question de la réduction des effectifs on note dans ce mémo un plaidoyer pour une réorganisation des services: trop de doublons, trop d’inutile concurrence entre les services. Les questions de rémunération des managers sont abordés frontalement, trop de chefs avec des bonus injustifiés, pas assez de risque rémunéré pour les autres. Trop de process, trop de doublons, trop de centralisation, plus grave, un manque de lisibilité dans la stratégie, jugée trop dispersée et pas assez de passion.
Selon le Wall Street Journal Dan Rosensweig le COO de Yahoo (qui fut aussi mon patron à la division internationale de ZDNet il y a quelques années) aurait mandaté l’auteur du mémo pour mettre en oeuvre la réorganisation. De quoi désigner un Brutus dans ce qui pourrait devenir un véritable coup d’Etat interne. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à envisager le départ de Terry Semel, l’actuel CEO de Yahoo.

A suivre, la semaine sera chaude

Finalement je décide de publier  le memo ici, pour mémoire :

Three and half years ago, I enthusiastically joined Yahoo! The magnitude of the opportunity was only matched by the magnitude of the assets. And an amazing team has been responsible for rebuilding Yahoo!

It has been a profound experience. I am fortunate to have been a part of dramatic change for the Company. And our successes speak for themselves. More users than ever, more engaging than ever and more profitable than ever!

I proudly bleed purple and, yellow everyday! And like so many people here, I love this company

But all is not well. Last Thursday’s NY Times article was a blessing in the disguise of a painful public flogging. While it lacked accurate details, its conclusions rang true, and thus was a much needed wake up call. But also a call to action. A clear statement with which I, and far too many Yahoo’s, agreed. And thankfully a reminder. A reminder that the measure of any person is not in how many times he or she falls down – but rather the spirit and resolve used to get back up. The same is now true of our Company.

It’s time for us to get back up.

I believe we must embrace our problems and challenges and that we must take decisive action. We have the opportunity – in fact the invitation – to send a strong, clear and powerful message to our shareholders and Wall Street, to our advertisers and our partners, to our employees (both current and future), and to our users. They are all begging for a signal that we recognize and understand our problems, and that we are charting a course for fundamental change, Our current course and speed simply will not get us there. Short-term band-aids will not get us there.

It’s time for us to get back up and seize this invitation.

I imagine there’s much discussion amongst the Company’s senior most leadership around the challenges we face. At the risk of being redundant, I wanted to share my take on our current situation and offer a recommended path forward, an attempt to be part of the solution rather than part of the problem.

Recognizing Our Problems

We lack a focused, cohesive vision for our company. We want to do everything and be everything — to everyone. We’ve known this for years, talk about it incessantly, but do nothing to fundamentally address it. We are scared to be left out. We are reactive instead of charting an unwavering course. We are separated into silos that far too frequently don’t talk to each other. And when we do talk, it isn’t to collaborate on a clearly focused strategy, but rather to argue and fight about ownership, strategies and tactics.

Our inclination and proclivity to repeatedly hire leaders from outside the company results in disparate visions of what winning looks like — rather than a leadership team rallying around a single cohesive strategy.

I’ve heard our strategy described as spreading peanut butter across the myriad opportunities that continue to evolve in the online world. The result: a thin layer of investment spread across everything we do and thus we focus on nothing in particular.

I hate peanut butter. We all should.

We lack clarity of ownership and accountability. The most painful manifestation of this is the massive redundancy that exists throughout the organization. We now operate in an organizational structure — admittedly created with the best of intentions — that has become overly bureaucratic. For far too many employees, there is another person with dramatically similar and overlapping responsibilities. This slows us down and burdens the company with unnecessary costs.

Equally problematic, at what point in the organization does someone really OWN the success of their product or service or feature? Product, marketing, engineering, corporate strategy, financial operations… there are so many people in charge (or believe that they are in charge) that it’s not clear if anyone is in charge. This forces decisions to be pushed up – rather than down. It forces decisions by committee or consensus and discourages the innovators from breaking the mold… thinking outside the box.

There’s a reason why a centerfielder and a left fielder have clear areas of ownership. Pursuing die same ball repeatedly results in either collisions or dropped balls. Knowing that someone else is pursuing the ball and hoping to avoid that collision – we have become timid in our pursuit. Again, the ball drops.

We lack decisiveness. Combine a lack of focus with unclear ownership, and the result is that decisions are either not made or are made when it is already too late. Without a clear and focused vision, and without complete clarity of ownership, we lack a macro perspective to guide our decisions and visibility into who should make those decisions. We are repeatedly stymied by challenging and hairy decisions. We are held hostage by our analysis paralysis.

We end up with competing (or redundant) initiatives and synergistic opportunities living in the different silos of our company.
• YME vs. Musicmatch
• Flickr vs. Photos
• YMG video vs. Search video
• Deli.cio.us vs. myweb
• Messenger and plug-ins vs. Sidebar and widgets
• Social media vs. 360 and Groups
• Front page vs. YMG
• Global strategy from BU’vs. Global strategy from Int’l

We have lost our passion to win. Far too many employees are « phoning » it in, lacking the passion and commitment to be a part of the solution. We sit idly by while — at all levels — employees are enabled to « hang around ». Where is the accountability? Moreover, our compensation systems don’t align to our overall success. Weak performers that have been around for years are rewarded. And many of our top performers aren’t adequately recognized for their efforts.

As a result, the employees that we really need to stay (leaders, risk-takers, innovators, passionate) become discouraged and leave. Unfortunately many who opt to stay are not the ones who will lead us through the dramatic change that is needed.

Solving our Problems

We have awesome assets. Nearly every media and communications company is painfully jealous of our position. We have the largest audience, they are highly engaged and our brand is synonymous with the Internet.

If we get back up, embrace dramatic change, we will win.

I don’t pretend there is only one path forward available to us. However, at a minimum, I want to be pad of the solution and thus have outlined a plan here that I believe can work. It is my strong belief that we need to act very quickly or risk going further down a slippery slope, The plan here is not perfect; it is, however, FAR better than no action at all.

There are three pillars to my plan:

1. Focus the vision.

2. Restore accountability and clarity of ownership.

3. Execute a radical reorganization.

1. Focus the vision

a) We need to boldly and definitively declare what we are and what we are not.

b) We need to exit (sell?) non core businesses and eliminate duplicative projects and businesses.

My belief is that the smoothly spread peanut butter needs to turn into a deliberately sculpted strategy — that is narrowly focused.

We can’t simply ask each BU to figure out what they should stop doing. The result will continue to be a non-cohesive strategy. The direction needs to come decisively from the top. We need to place our bets and not second guess. If we believe Media will maximize our ROI — then let’s not be bashful about reducing our investment in other areas. We need to make the tough decisions, articulate them and stick with them — acknowledging that some people (users / partners / employees) will not like it. Change is hard.

2. Restore accountability and clarity of ownership

a) Existing business owners must be held accountable for where we find ourselves today — heads must roll,

b) We must thoughtfully create senior roles that have holistic accountability for a particular line of business (a variant of a GM structure that will work with Yahoo!’s new focus)

c) We must redesign our performance and incentive systems.

I believe there are too many BU leaders who have gotten away with unacceptable results and worse — unacceptable leadership. Too often they (we!) are the worst offenders of the problems outlined here. We must signal to both the employees and to our shareholders that we will hold these leaders (ourselves) accountable and implement change.

By building around a strong and unequivocal GM structure, we will not only empower those leaders, we will eliminate significant overhead throughout our multi-headed matrix. It must be very clear to everyone in the organization who is empowered to make a decision and ownership must be transparent. With that empowerment comes increased accountability — leaders make decisions, the rest of the company supports those decisions, and the leaders ultimately live/die by the results of those decisions.

My view is that far too often our compensation and rewards are just spreading more peanut butter. We need to be much more aggressive about performance based compensation. This will only help accelerate our ability to weed out our lowest performers and better reward our hungry, motivated and productive employees.

3. Execute a radical reorganization

a) The current business unit structure must go away.

b) We must dramatically decentralize and eliminate as much of the matrix as possible.

c) We must reduce our headcount by 15-20%.

I emphatically believe we simply must eliminate the redundancies we have created and the first step in doing this is by restructuring our organization. We can be more efficient with fewer people and we can get more done, more quickly. We need to return more decision making to a new set of business units and their leadership. But we can’t achieve this with baby step changes, We need to fundamentally rethink how we organize to win.

Independent of specific proposals of what this reorganization should look like, two key principles must be represented:

Blow up the matrix. Empower a new generation and model of General Managers to be true general managers. Product, marketing, user experience & design, engineering, business development & operations all report into a small number of focused General Managers. Leave no doubt as to where accountability lies.

Kill the redundancies. Align a set of new BU’s so that they are not competing against each other. Search focuses on search. Social media aligns with community and communications. No competing owners for Video, Photos, etc. And Front Page becomes Switzerland. This will be a delicate exercise — decentralization can create inefficiencies, but I believe we can find the right balance.

I love Yahoo! I’m proud to admit that I bleed purple and yellow. I’m proud to admit that I shaved a Y in the back of my head.

My motivation for this memo is the adamant belief that, as before, we have a tremendous opportunity ahead. I don’t pretend that I have the only available answers, but we need to get the discussion going; change is needed and it is needed soon. We can be a stronger and faster company – a company with a clearer vision and clearer ownership and clearer accountability.

We may have fallen down, but the race is a marathon and not a sprint. I don’t pretend that this will be easy. It will take courage, conviction, insight and tremendous commitment. I very much look forward to the challenge.

So let’s get back up.

Catch the balls.

And stop eating peanut butter.