13eme rue: « Quand l’Internet fait des bulles »

La chaîne 13eme Rue organise un petit buzz sympathique autour de son prochain documentaire « Quand l’Internet fait des bulles » qui retrace l’histoire de la première bulle Internet et l’hystérie de la Neteconomie. Le tout raconté par ses protagonistes avec le ton ironique que permet la distance. La chaîne diffuse librement la première partie sur son site dès maintenant.

Je retrouve avec plaisir certains de ceux que j’ai cotoyés et un peu de l’atmosphère de folie qu’on a peine à imaginer aujourd’hui. On y retrouve à la fois l’époque tranquille des pionniers avec Jean-Michel Billaut qui raconte son atelier, Patrick Robin et Rafi Haladjian premiers fournisseurs d’accès. Sur cette époque j’ai publié ici un peu des archives du magazine Planète Internet (1996-98), pour les nostalgiques. Ensuite la période hystérique de 1999 jusqu’à l’effondrement de la bulle en 2001 avec Pierre Chappaz, Loïc Lemeur, Michel Meyer et Jérémie Berrebi, héros caricatural un peu malgré lui d’une époque où les medias, faut-il le rappeler, ont surtout brillé par leur ineptie moutonnière.

La bande annonce du documentaire.

Comme journaliste j’ai gardé une vision mitigée de cette époque. A la fois le sentiment de vivre un moment historique, celui de la naissance d’une indutrie qui allait bouleverser les fondements de la société. Un sentiment partagé par beaucoup à l’époque (et toujours) et qu’illustre bien Thierry Ehrmann le sulfureux patron d’Artprice. Ses propos sont violents, militants, à la mesure d’une certain esprit de revanche qui anime beaucoup de flibustiers du Net, très conscients du séisme politique qu’ils véhiculent. J’aime assez sa rage pour tout dire. Il nous rappelle que cette video doit se lire aussi comme document politique.

De l’autre côté j’ai enragé d’assister à l’hystérie médiatique, entre suivisme et médiocrité. Oui la presse n’a pas fait son boulot. Beaucoup d’incompréhension au début, de mépris ensuite puis de suivisme irresponsable. La presse n’a jamais su traiter l’internet sérieusement. Dédaigneuse au début, se faisant pigeonner ensuite par incompréhension à la fois de la technologie, des enjeux et des modèles économiques. Elle a été méprisante quand il fallait être passionnée, enthousiaste quand il fallait être critique, aveugle quand il fallait être lucide. L’internet a révélé beaucoup du mal de notre profession, le suivisme. Les années 99-2001 ont été hystériques parce que les medias ont « peopolisé » faute de comprendre et surtout pour la plus basse des raisons: la netéconomie déversait une manne publicitaire qu’il fallait servir. Les questions posées n’étaient jamais les bonnes et parfois je me demande si ça ne recommence pas…

Pour le reste oui ce fut un moment de folie, j’ai moi aussi quelques anecdotes en vrac:

Ce chef d’entreprise qui m’appelle (j’étais rédacteur en chef de ZDNet.fr) pour me demander de le mettre en relation avec le patron de Yahoo France que je connaissais. « Si je fais affaire avec lui vous aurez vos 10% bien entendu » me dit-il. J’explique que je passerai le mot mais sans rétribution.

Cette avocate d’affaire qui appelle au hasard (à cette époque pour débaucher certains contactaient aux petit bonheur les cadres du top des sites internet) pour « monter en deux semaines le staff des sites européens d’un grand service d’enchères en ligne », salaire mirobolant à la clé. Au téléphone il apparut assez vite qu’elle ne connaissait même pas le nom de son interlocuteur. Délirant.

Au sommet de la bulle, une soirée Kelkoo, où j’accompagnais mon patron de l’époque Freddy Mini. Un investisseur cinquantenaire, costume impeccable et la peau noircie par les UV façon Seguela, qui pousse devant nous un ado maigrichon et au visage constellé de boutons d’acnées qui nous dit « je vous présente le futur petit génie des dix prochaines années ». Je me suis dis à ce moment que la fin était proche. Jamais revu l’asperge boutonneuse.

Ce banquier, investisseur réputé, qui m’invite à déjeuner dans un lieu parisien sélect. Horreur, j’oublie le rendez-vous, en pleine canicule de juillet, je suis en chemise hawaïenne défraichie et chaussures de plage. Je cours au lieu du rendez-vous pour me faire refouler par un maître d’hôtel à la mine dégouté. Moment d’humiliation, ma tenue m’interdit l’entrée. Je fais demander le banquier qui a sa table réservée. Impassible il s’installe dans le hall avec ses conseillers et y fait servir les mignardises. Rien n’étonne, c’est l’époque.

Enfin, dans le style inattendu, cette avocate d’affaire (encore!) très mystérieuse qui me demande conseil pour m’asssocier à un projet confidentiel. Rendez-vous pour rencontrer une célébrité à l’identité secrète et qui souhaite investir sur Internet. Nou sommes en 2000 et ça sent déjà le roussi. Je me retrouve comme ça un soir, 14eme arrondissement, au domicile de Marc Jolivet, humoriste écologiste. Avec son frère réalisateur ils souhaitent évaluer l’opportunité de se lancer dans la diffusion video. C’est l’époque où Canal Web brasse beaucoup d’air et d’argent.  Les deux frères sont sympas, passionnés, et veulent être les premiers à ouvrir la voie. Avec l’avocate c’est le malentendu, elle pense qu’impressionné je vais encourager l’investissement. Problème: la video en ligne en 2000 c’est du flan, de l’esbrouffe pour les pigeons et les medias. Je le sais, c’est trop tôt. J’explique aux deux frères devant l’avocate médusée que dans moins de 6 mois la netéconomie sera réduite en cendre. En revanche il y a peut-être un créneau en vendant des programmes directement à un portail FAI. Surtout ne pas prendre en charge les coûts de diffusion. Trop tôt, trop risqué. L’avocate essaye de faire bonne figure, elle voit les millions s’envoler. La soirée finit autour d’une bonne table, on cause politique. Une bonne soirée. Je ne regrette rien, je leur ai dit la vérité. Pour le business on repassera.  

Une dernière pour finir: interview d’un de ces jeunes patrons mythique de la neteconomie. Il me raconte sa vie comme une légende. Je l’écoute, ahuri par le déballage insensé qu’il me sert. Un scénario concocté sur mesure. Problème c’est un mythomane et surtout un fils à papa qui copie ce qu’il a vu aux USA (comme la plupart des pseudos « entrepreneurs innovants » d’ailleurs). Il veut me faire gober sa légende mais je me suis renseigné. Ecoeurement l’article partira au panier. Les hebdos goberont tout et serviront l’histoire. Banal. La chute n’en sera que plus dure. Le public s’étonnera, à raison car il a été mal informé…

> L’internet à enfin son docu. A voir absolument et enregistrer:
 « Quand l’Internet fait des bulles » 13ème rue, le 15 juin à 22h30, un film de Benjamin Rassat.

 « La guerre finale »
Un extrait des rushs du documentaire avec Thierry Ehrmann patron d’Artprice

YouTube : 15M$ de CA en 2006?

C’est l’estimation de l’analyste Robert Peck (Bear Stearns) à partir de la déclaration de revenus de Google. C’est à dire 100 fois au dessous de son prix d’acquisition en novembre dernier. C’est ce qu’on appelle un sacré potentiel de croissance …  

Maintenant on relit tranquillement les déclarations de Calacanis qui évaluait le CA de YouTube à 20M$ en septembre dernier quand d’autres l’estimaient à 150 M$…

Tic tac

Ma pomme en videocast au La-blog de l’agence BETC

J’étais à peine moins réveillé que mon camarade Joël . Invité par le La-blog, une sorte de zone expérimentale et de veille technologique de l’agence BETC (Euro RSCG), j’ai répondu à quelques questions devant une webcam. Une règle importante en matière de video sur Internet c’est de faire court et de soigner le montage. Donc j’ai fait long et il n’y a pas de montage. Rien que pour ça, j’ai apprécié…

Ca donne près de trois quarts d’heure de discussions découpées en plusieurs séquences. C’est le concept du La-blog qui publie ensuite chaque jour un épisode. Conformément aux préceptes du Web 2.0 j’assure donc ma propre distribution … Ca donne quatre séquences grosso modo sur les thèmes suivants: techno et presse en ligne, le Web 2.0 et la bulle, pourquoi je blogue, la conf Le Web 3 et la polémique.

lablog-parody.gif

(J’ai aussi dit ce que je pensais de l’étude Ipsos sur les blogs mais visiblement ca n’a pas été retenu, c’est balot…)

> Toutes les videos du La-blog sur Dailymotion
Au passage à voir aussi le blog insolite produit par l’équipe du La-blog.

Un regard sur la convergence: Yves Goblet (TF1)

A voir chez Télévision 2.0 de Laurent Esposito  le compte rendu de la journée du Forum des Opérateurs qui a rassemblé les dirigeants de M6, TF1 et Lagardère Active. J’aime tout particulièrement l’entretien en video avec Yves Goblet, Directeur général adjoint Stratégie & Nouveaux Médias chez TF1. Un regard intéressant, dépassionné et prudent sur le Web 2.0 et le phénomène de partage des vidéos. 

Je retiens qu’il minimise l’impact du web sur la télévision: « pas de cannibalisation de la télévision par les nouveaux usages ». La théorie de la consommation simultanée de plusieurs médias par les jeunes n’est pas nouvelle mais personnellement je resterais prudent car si l’ordinateur est allumé près de l’écran de télévision, l’attention elle ne se partage pas, je le crains.

« Difficile d’amener des contenus suffisamment intéressants en VOD gratuite pour créer un usage et un temps d’écoute suffisant. On fabrique des visiteurs uniques mais ils restent tellement peu de temps, quelques minutes, qu’on se demande si ça a beaucoup de sens. Il faut un vrai usage pour faire de la VOD… »

 yves-goblet-tf1.gif

(Note: toujours pas possible d’intégrer des vidéos de Dailymotion sur la plate-forme WordPress.com…)

Skyblog: près de 10 millions d’euros de CA

A lire sur le blog « Télévision 2.0 et vidéo numérique » le compte rendu de la dernière conférence de l’EBG sur la video communautaire. On y compare les spécificités des plateformes Skyblogs et Wat (TF1). Toujours beaucoup d’incertitudes sur le modèle économique (pourtant je fais des efforts, j’essaye de comprendre…) c’est finalement Pierre bellanger, président de Skyrock qui semble s’en tirer le mieux, assez pour donner quelques chiffres jamais publiés me semble-t-il:

« Avec 7 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2005, 10 millions prévus en 2006 et un objectif de 15 millions en 2007, Pierre Bellanger annonce fièrement que sa plateforme interactive est rentable. »

Pas de détail en revanche sur la répartition des revenus: pub bannière, marketing direct, opération spéciales. Rien non plus sur les coûts d’exploitation.

Google vs Youtube: la fête peut commencer

Comme prévu l’encre n’est pas encore sèche que les petits camarades font les comptes et se préparent à attaquer le bestiau. Dans un article du Wall Street Journal (repéré par Julien) on apprend que Newscorp (Murdoch/Myspace), NBC et Viacom tout comme Time Warner évaluent le butin d’une possible action en justice sur la base des infractions au copyright sur les vidéos. On y parle de 150 000$ par video en infraction. Evidemment il y a une part de bluff mais ça donne le ton, l’objectif étant très probablement de négocier in fine des accords de distribution en position de force avec Google.
A lire aussi cette interview de l’avocat de l’EFF (Electronic Frontier Foundation) à propos de la question du copyright sur Google et Youtube et les failles de la protection du Safe Harbour.

Pendant ce temps la roulette du casino tourne à pleins tubes et on attend dans les prochaines heures les résultats financiers du troisieme trimestre pour Yahoo et Google. La spéculation va bon train.

En attendant les utilisateurs de Youtube s’en donnent à coeur joie comme le montre Didier Durand sur son blog en sélectionnant les meilleures videos pastiches du rachat de Youtube. Tiens je t’en pique une en passant, celle du français …

Comscore confirme l’audience de Youtube et sa fragilité

Le dernier communiqué de Comscore nous donne de précieuses indications sur l’audience des videos de Youtube.

En bref Youtube compterait:
63 M de visiteurs uniques par mois dans le monde (dont 16 aux USA)
96 M de streams videos servis chaque jour (dont 21 M aux USA)

Ces données valident donc l’annonce des 100 M de videos par jours lors du rachat de Youtube. Ce n’est pourtant pas ce chiffre qui retient mon attention. Une video « servie » signifie en réalité que le flux video a été « appelé » ce qui ne signifie nullement que la video a été vue dans son intégralité ou le temps d’une seconde. Le principe d’appliquer un CPM à ce chiffre est dont totalement bidon, faut-il le rappeler, j’espère seulement qu’il ne s’agit pas de « hits » provoqués par le seul appel du player. Chose que j’ai pu expérimenter moi même avec les stats de certaines plates-formes d’hébergement, provoquant un gonflement de près de 300% des données.

Mais peu importe, le succès de Youtube est réel et écrasant. Ce qui m’intéresse c’est que ce chiffre est obtenu par l’addition des videos servies sur Youtube.com et celles diffusées  sur l’ensemble des plates-formes de blogs et autres sites webs. En clair, en cas de diffusion de pubs sur les videos, la majeure partie de potentiel de diffusion dépend en réalité des myriades de plates-formes partenaires (ou non). Une situation qui implique que les revenus publicitaires devront être partagés non avec les seuls producteurs de videos mais également avec les plates-formes partenaires acceptant d’héberger ces videos. Il faudrait être stupide pour ne pas exiger un tel partage non?

Une hypothèse qui donnent un relief particulier aux menaces de Myspace de couper la diffusion des videos de Youtube . Myspace qui prétend controler à lui seul 60% de ces videos…  Quelque chose me dit que les relations entre Murdoch et Google vont prendre une tournure très sportive … CQFD

Youtube: la video du meilleur gag de l’année

MAJ : plus sérieusement lire l’article de Virginie Robert dans les Echos d’aujourd’hui et intitulé « Bienvenue sur MyGoogle TV« . Pour ceux qui s’interroge sur l’avenir de Youtube on y trouve une bonne analyse sur l’hypothèse de la TV numérique personnalisée.

Le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils sont heureux. Du coup ils ont du mal avec la langue de bois et ça finit en poilade générale. C’est plutôt sympathique, très même, mais ça n’a pas l’air de valoir 1,65 milliards de dollars non?  

Via 2803.com

Bulle 2.0: elle n’est pas ronde et pourtant elle tourne

Petite crispation en ce moment autour du thème de la bulle 2.0. D’abord par les rumeurs autour de la valorisation de Youtube et de sa vente, ce qui provoque des commentaires violents comme ceux de Mark Cuban (« seul un abruti pourrait racheter YouTube » via Reuters) qui inspirent Fred, le Groupe Reflect et Calacanis dans une polémique récente et chiffrée passionnante. Enfin cet article du Monde aujourd’hui qui en rajoute timidement une couche sur le thème « le retour de la bulle? » à l’occasion de la levée de fonds annoncée du français Dailymotion, après celle de Netvibes et d’autres levées en rafale aux USA.

Alors? Bulle ou pas bulle?

D’abord il faut expliquer que le phénomène d’enflure n’est pas comparable avec celui de 2000-2001. Une des caractéristiques de la première bulle était en effet la course vers la bourse, propice aux spéculations extrèmes. Il s’agit plutôt cette fois d’un course façon PacMan pour être gobé par un des géants du net, Google, eBay et Yahoo en tête mais également par les acteurs pressés à la Murdoch. Pour cette raison, et c’est heureux, les valorisations sont peut être disproportionnées mais relèvent plus de la vente aux enchères au plus gourmand que de la spéculation pure. Pour la même raison les services doivent au minimum représenter une valeur ajoutée ou une audience indiscutable pour être éligibles.

la-bulle-edouard_manet.jpgLa question centrale de la bulle 2.0 n’est donc pas la spéculation boursière (du moins pas directement) mais celle de la monétisation de l’audience de masse. Le problème c’est que beaucoup de sites autobaptisés « 2.0 » cachent derrière des innovations technologiques et des déclarations enflammées une absence sidérante d’innovation dans le modèle économique. La pub est considérée comme le Saint Graal supposé financer indéfiniment l’ensemble du bric à brac communautaire. On sait pourtant depuis plus de cinq ans que l’environnement communautaire basé sur les chats, les forums et autres basses-cours ont de loin les plus mauvaises performances en matière de publicité. On ne s’improvise pas médias d’information, en particulier quand on méprise la qualité des contenus.

J’en suis persuadé, la raison d’être économique du Web 2.0 se trouve dans la capacité de générer du marketing direct ou du ciblage comportemental c’est à dire de l’information monétisable hors du seul circuit d’un site communautaire. C’est la démarche de Yahoo qui se dote des outils permettant ce ciblage tout en poursuivant l‘acquisition des services à base de contenus produits par les utilisateurs. Problème: nul ne sait encore si tout ça n’accouchera pas d’une effroyable usine à gaz coutant plus qu’elle ne rapporte. Dans ces conditions il est trés tentant de parler de « bulle » puisque les revenus ne sont qu’anticipés.

Où sont les données fiables?

L ‘autre problème provient de l’absence de données fiables sur la réalité de la monétisation. La presse traite la question sous forme d’opinion où en interrogeant les acteurs mêmes du Web 2.0, lesquels ont un intérêt financier direct à soutenir le buzz pour justifier la valeur de leurs propres activités. Quant à ceux qui ont déjà plongé dans l’acquisition, ils ont aussi un intérêt direct à justifier leur investissement. Pour être bien clair, la crispation actuelle sur YouTube et le supposé 1,5 Milliards à une origine très simple: après le quasi-milliard de MySpace, la vente de YouTube validerait aux yeux du marché la survalorisation les services à la web 2.0 et provoquerait une nouvelle ruée vers les valeurs internet par simple ricochet. Lequel provoquerait la flambée en bourse des sociétés acheteuses cotées permettant un retour sur investissement par spéculation, c’est à dire ni plus ni moins que le scénario de la bulle 1.0 de 2001.

Evidemment ce scénario ne fonctionne que par la complicité passive ou active de l’ensemble de la chaîne d’information, médias en tête. Sur ce point le fait qu’un groupe de médias comme celui de Murdoch ait déjà plongé la main dans le pot de miel pèse lourd dans le buzz actuel et a considérablement influencé certains analystes, d’abord méfiants, dans l’idée qu’après tout, la monétisation future était sans limite. La vérité c’est que cette monétisation n’est à l’heure actuelle qu’une gigantesque spéculation qui fait, à mon avis que nous sommes bien face à un phénomène de bulle.

Loin du buzz

Pour cette raison j’aime le discours cynique de Calacanis-la-balance qui a, lui, déjà effectué sa culbute et peut tranquillement révéler les conditions réelles de la monétisation. C’est pour cela qu’il ne s’agit pas de dénigrer le web 2.0 mais de garder la tête froide et évaluer sobrement le potentiel économique. Quelques jours avant l’annonce de sa levée de fond, Dailymotion, service remarquable par ailleurs, présentait son modèle économique face aux éditeurs du GESTE (dont je fais parti) et à quelques juristes. Pas besoin d’être un grand spécialiste pour écouter le verdict de ces derniers et l’embarras du premier: hors de la protection juridique du statut d’hébergeur technique le massacre peut commencer. Et cette protection juridique sautera avec la première publicité.

Pour cette raison Dailymotion par la voix de son fondateur a clairement expliqué que seules les vidéos sélectionnées pour leur forte audience, leur respect du copyright pourront être monétisées par la publicité avec l’accord de leur producteur auquel sera rétrocédée une partie des revenus. Conclusion: seule une fraction des vidéos en stock sera monétisable, dans des proportions totalement inconnues à ce jour. Les calculs basés sur un CPM appliqué sur l’ensemble du stock des YouTube et consors sont donc faux. Ce qui n’empêche pas le succès éventuel mais grève sérieusement la perspective d’un eldorado. CQFD

> Définition de la bulle par Wikipedia:

En raison de la tension superficielle, les films d’eau savonneuse sont dotés d’une certaine élasticité et il faut dépenser un peu d’énergie pour les étirer […]. Ce phénomène peut, dans une certaine mesure, être comparé au gonflage d’un ballon de baudruche, à ceci près que le film d’eau savonneuse est constitué de liquide et que l’énergie mise en jeu pour produire une bulle est beaucoup moins importante. Il reste que la pression du gaz contenu dans une bulle est légèrement plus forte que celle de l’atmosphère environnante

🙂

MySpace prêt à attaquer YouTube

Selon les déclarations de Peter Chernin (COO de News Corp) MySpace.com génère plus de 60% du trafic de YouTube et pourrait ouvrir les hostilités en imposant a ses utilisateurs l’exclusivité de sa propre plate-forme d’hébergement video Myspace Video. Selon le site Mashable.com Peter Chernin aurait clairement affirmé lors d’une conférence d’investisseurs « qu’il était temps de supprimer l’intermédiaire« (« time to cut out the middle man ») … Fin 2005 MySpace aurait bloqué l’intégration des videos de YouTube sur les pages de ses utilisateurs provoquant une chute de trafic sur le réseau YouTube. L’incident aurait permis de constater l’impact même si le service a été rétabli sous la pression des utilisateurs.

Cette déclaration d’intention est révélatrice de plusieurs points: Myspace est désormais un écosystème complet autour duquel gravite de nombreux prestataires de services et a défaut de disposer d’un modèle économique définitivement crédible on découvre que le contrôle du gigantesque troupeau communautaire est un instrument de pouvoir. Un instrument que News Corp semble déterminer à utiliser froidement. C’est peut-être là qu’il faut chercher les futurs revenus. Alors que l’on décrit habituellement le Web 2.0 comme une angélique économie de l’échange peuplée de « Mashup » et de contenus contributifs on voit se pointer à l’horizon un tout autre scénario: celui d’une guerre à mort pour le contrôle de la communauté et des vecteurs de distribution qui la nourrissent.

Une situation bien décrite dans l’article de Mashable.com qui expose la petite guerre permanente entre Myspace et l’industrie des milliers de petits développeurs indépendants qui diffusent des modules de services destinés à l’animation des pages du site. Qu’on ne s’y trompe pas c’est le bon vieux business des portails qui revient au galop et la lutte permanente pour vérouiller la plate-forme avant de mettre la pression sur les fournisseurs. Reste que cette annonce est peut être aussi destinée à destabiliser YouTube à un moment crucial de son développement. Cette histoire me rappelle l’initiative de Google déréférencant Kelkoo alors même que celui-ci négociait son rachat par Yahoo (une anecdote racontée dans le livre « Kelkoo, le livre« ). Un truc à garder en tête: tous les coups sont permis…

Mise à jour: je découvre après avoir publié ce billet l’article de Techcrunch sur le même sujet qui n’a visiblement pas relevé la déclaration d’hostilité de Peter Chernin mais sans contredire l’interprétation des enjeux.

Le combat MySpace Video/YouTube pour le contrôle du marché de l’hébergement et de la distribution de video (données en parts de marché via HitWise) :

 myspacevideoshot.png

Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire controversée de MySpace.com avant son rachat par News Corp, lire absolument cet article d’un jeune journaliste « Myspace, the business of Spam 2.0« . Un article qui pêche un peu par sa passion et sa naïveté mais qui rappelle des aspects oubliés d’un site au départ conçu comme une usine à spam par des professionnels … du spam.  

Video en ligne: l’exemple de Vpod.tv

Mon dernier billet sur les déclarations de Calacanis est en train de battre tous les records d’audience de ce blog, preuve de l’intérêt croissant autour de la question des modèles économiques de la video en ligne. J’en profite pour signaler un entretien passionnant sur le même sujet: Jean-Michel Billaut interroge Rodrigo Sepúlveda Schulz fondateur de Vpod.tv, une plateforme de video en ligne qui tente de jouer l’alternative à Dailymotion et au modèle de YouTube. Rodrigo analyse de façon décontractée mais très professionnelle la réalité économique du marché de la video en ligne.

En particulier il confirme les contraintes qualitatives pour espérer séduire les annonceurs et comme beaucoup d’observateurs rappelle le caractère illicite (rapport au copyright) de nombreuses videos en ligne figurant sur YouTube. Une façon de dire que seule une fraction des videos en ligne de YouTube sont effectivement monétisable dans de bonnes conditions et cette fraction n’est pas forcément celle qui génère le plus d’audience. Il rappelle aussi que le débat sur la présence de la publicité sur la video n’est pas un problème car il est plutôt accepté par les utilisateurs. A un détail près, fondamental à mon avis, qu’il change le métier de l’hébergeur de video qui ne peut plus prétendre être un opérateur technique mais deviens un média exploitant du contenu. Une paille, qui explique que certaines plateformes comme MySpace ont du indiquer discrètement dans leurs conditions générales d’utilisation que les usagers leur cédaient les droits d’exploitation des contenus…

Par ailleurs Rodrigo expose le modèle de Vpod.tv, gratuit avec publicité pour les particuliers, payant sans pub pour les entreprises. Il annonce un système permettant de qualifier les contenus videos afin de permettre une publicité ciblée … et des CPM élevés. Les revenus publicitaires seront partagés avec les producteurs et les éventuels rediffuseurs.

billaut-rodrigo-vpodtv.gif

Lire aussi les commentaires qui précisent certains points concernant le modèle économique

> Lu via 2803.com 

Calacanis s’essuie les pieds sur YouTube et le Web 2.0

On est toujours trahi par les siens. Le gars Calacanis ayant fourgué sa quincaillerie à AOL pour près de 25 M$ de dollars il peut enfin expliquer le dessous des cartes et déballer les petits secrets du Web 2.0 tout en continuant de copier les recettes des autres sur le poussif Netscape.com. Bref le Calacanis nouveau joue la balance et il le fait avec talent, simplement en donnant les chiffres qu’on ne voulait pas entendre. En juillet dernier il créait l’événement en dessoudant à la chevrotine le mythe de la démocratie 2.0 en marche en révélant que l’essentiel de la participation et des contenus de Digg.com ne provenait que de 1% de ses utilisateurs (sujet d’ailleurs déjà abordé ici). Du coup il a entrepris de les débaucher sur Netscape en leur promettant une rétribution créant un mini séisme chez les gourous du tout-communautaire.

Hier c’était au tour de YouTube de devenir la cible de Calacanis. Par une brillante démonstration il contredit les prévisions de 150 M$ de revenus avancées par un analyste simplement en rappelant quelques vérités simples:
– L’essentiel du trafic n’est pas qualifié et concerne des videos poubelles
– L’objectif de tenir un tarif de 15$ du CPM est une plaisanterie (et il s’y connait)
– Le tarif moyen tout juste envisageable ne dépasse pas les 3 $ du CPM.
– Au delà de 5$ du CPM les annonceurs exigent des garanties sur la qualité de l’audience et du contenu
– Comme pour Myspace l’hétérogénéité et les volumes de trafic conduisent à une dilution de l’audience

Bref YouTube n’est pas un média, c’est un catalogue de videos. Ce que l’on savait déjà, le raisonnement étant aussi valable pour Myspace. Pour cette raison Calacanis évalue le potentiel de chiffre d’affaire à 20M$ tout au plus, couvrant à peine le coût de bande passante. Une analyse déjà avancée par Donna Bogatin sur ZDNet.com qui proposait cinq raisons pour ne pas investir dans YouTube et qui achève de me convaincre que les récentes déclarations des fondateurs de YouTube relèvent du bluff.

MAJ : mon évaluation avec un CPM à 2$ et une couverture à 55% nous amène aussi à 20M$ de CA. Editez-vous mêmes vos propres hypothèses ici