WAT: pour TF1 le contenu utilisateur n’est plus une priorité

A lire sur ZDNet.fr (un des sites dont j’ai la charge) un entretien avec Olivier Abecassis DG de WAT, la plate-forme video de TF1. Il annonce un intéressant revirement de stratégie: désormais la priorité consiste à monétiser le contenu propriétaire de la chaîne ainsi que celui de ses partenaires. WAT continuera à héberger le contenu des utilisateurs (UGC) mais ne croit plus à la capacité de tirer des revenus suffisants de ces videos à la qualité aléatoire et controversée.

Une décision qu’on peut rapprocher de la stratégie autour de Hulu.com aux USA, soutenue en particulier par Fox (Murdoch) et qui consiste à privilégier exclusivement la monétisation des contenus des éditeurs. Le calcul est simple: mieux vaut moins d’audience mais une monétisation à l’unité accrue et exploiter ses fonds de catalogue. En face rappellons que Youtube ne monétise que moins de 5% de son stock de video.

La strategie des Youtube, Dailymotion et même Myspace consiste aussi à accroitre la part du contenu propriétaire par des accords avec des éditeurs mais également, ce qui est passé un peu plus inaperçu, à recycler le contenu « piraté ». Comment? Grâce aux différents système d’identification des videos qui permettent de réattribuer la paternité de ces contenus aux éditeurs d’origine et de leur proposer un partage des revenus sur leur exploitation. Une stratégie ingénieuse qui transforme le piratage en système de distribution. Malin. Très malin même si, en pratique, l’identification des videos est loin d’être un processus fiable et repose sur la capacité de référencer au préalable les oeuvres originales afin de comparer les signatures numériques.

Bref deux modèles et deux choix stratégiques s’opposent sur le marché de la video. Une course contre la montre.

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VOD: le fantasme du financement par la pub

A voir cette entretien video de ZDNet.fr avec Frédéric Pie, P-DG de Vodeo.tv (désolé ça date du 9 janvier mais je réagis avec un peu de retard pour cause d’occupations alternatives et inutilement chronophages). Comme le titre l’indique Frederic Pie partage quelques réflexions intéressantes sur le modèle économique de la video en ligne, en particulier l’impossibilité de financer sérieusement la production et la distribution de programmes video par la seule publicité. L’approche de Vodeo est basée sur le payant et l’audience hyper qualifiée ce qui paraît presque incongru après une année passée les yeux rivés sur Youtube/Dailymotion.

Beaucoup y découvrirons un raisonnement rarement exposé en public qui explique que la durée des programmes qu’on peut raisonnablement produire et monétiser exclusivement par la publicité ne dépasse pas, en moyenne, une durée de 13 mn:

« On est dans un monde d’emiettement de l’audience. […] La matiere video coute très cher à produire. […] Avec la seule publicité pour arriver au point mort avec Vodeo il me faudrait entre 8 et 9 millions de visiteurs uniques. La publicité, oui pour des courts formats. La plupart des grands portails ne sont pas capable de monétiser un film de plus de 13 minutes. […] On commence à rémunérer des formats de 26 mn aux USA sur MSN. » La pub permet éventuellement de baisser le coût des programmes.

frederic-pie-vodeo.gifPreuve que la sampiternelle fatalité des videos à durée courte correspond moins à une demande réelle des lecteurs qu’à une contrainte économique propre à la gratuité. Logique mais on l’aborde rarement de façon aussi frontale. Conclusion par raisonnement inverse: la monétisation des programmes longs passe par la VOD (Video à la demande) pour encore longtemps.