L’Ecrit Web, les recettes de Joël

août 29, 2007

Mon camarade blogueur consultant Joël Ronez (special copinage: on s’est connu il y a près de vingt ans, brrrr, dans JPresse une association de fous furieux qui défendait les droits de la presse à l’école) aime le risque et s’attaque à la formation à l’écriture sur le web. Il vient de publier « L’écrit Web, traitement de l’information sur internet » (leçon numéro 1: miam les backlinks…) aux éditions du CFPJ. L’exercice n’est pas facile parce que s’il existe beaucoup de conseils d’écriture sur le web il reste à accomplir la synthèse ultime avec le corpus déjà acquis de l’écriture journalistique.

couv-lecritweb-160.gifOn est encore loin de la somme universitaire, heureusement, il s’agit plutôt d’un guide pratique, synthétique, dans la tradition du CFPJ. On y retrouve d’ailleurs une bonne part des conseils éprouvés destinés aux journalistes débutants preuve qu’en matière d’efficacité les deux mondes se rejoignent assez naturellement. Les conseils de base sur l’organisation du contenu et l’écriture synthétique ne dépayseront personne, le guide y consacre prés d’une moitié de ses pages avant de passer à l’initiation aux tags, l’enrichissement et les indispensables conseils pour l’optimisation et le référencement qui constituent la vraie nouveauté pour ceux qui passent de la culture papier au web. Une bonne idée: les captures d’écran des outils de publication (CMS) pour se familiariser avec les interfaces qui accompagnent notre travail quotidien. Finalement Joël réalise un bon ouvrage d’initiation complémentaire d’une session de formation professionnelle.

Comme j’aime bien chipoter j’ai relevé un point sur lequel j’aurais une vision différente, en particulier pour affirmer une rupture avec l’approche traditionnelle d’un projet éditorial. Il s’agit de l’organisation des contenus. Dans son ouvrage, Joël prend soin, à juste titre d’insister sur la notion de navigation en profondeur afin de marquer la différence avec l’approche linéaire ou horizontale qui caractérise la lecture sur support papier. Mais d’un autre côté il passe rapidement sur l’élaboration du rubriquage finalement très comparable au découpage d’un magazine. Du coup, il n’aborde la question des tags et de la taxonomie qu’en fin d’ouvrage. Conséquence, il dissocie les deux: le découpage du site et la définition du périmètre sémantique du projet éditorial.

Ceux qui me connaissent savent que cette question est mon dada et c’est précisément là que j’enfoncerais le clou. Le projet éditorial ne commence pas par le choix des rubriques (pour faire court) mais justement sur le périmètre sémantique. Le reste en découle. Mon obsession personnelle c’est le site sans rubrique, entièrement structuré par la combinaison de mots clés. Une approche que j’ai pu expérimenter en une seule occasion sur Businessmobile.fr un site que j’ai lancé en 2005.

Quel est le principe? On élabore les grandes lignes du positionnement éditorial et on liste l’ensemble des mots clés qui désignent le champ thématique. A ce stade on peut lister des centaines de mots puis on sélectionne les mots clés pivots qui identifient les thématiques principales du moment. Ces mots serviront à créer ce qui apparaitra comme des « rubriques » sous la forme d’onglets ou de menus.

Quelle différence me direz-vous? C’est que le matériau de base qui servira à structurer les contenus n’est pas le rubriquage mais la liste de mots clés qui définit le champ sémantique. Ces mots seront tout simplement ceux qui seront utilisés pour marquer (les tags) des articles et les indexer, optimiser le référencement et pourquoi pas, plus tard, acheter des mots clés. La base de données qui est la véritable infrastucture du site n’est plus constituée d’une arborescence fixe mais d’une collection de contenus aux attributs nombreux choisis dans une liste fermée.

L’avantage est énorme: le site est consituée d’une arborescence virtuelle que l’on peut modifier à tout moment. Une rubrique n’est plus un tiroir dans lequel on « range » les contenus au risque de devoir tout défaire au prochain remaniement du site. Une rubrique est très exactement un mot clé qui filtre l’affichage des contenus par combinaison de plusieurs mots clés. Plus il y en a plus le filtre est précis. Mais surtout on gagne la possibilité de modifier à tout moment et quasi instantanément le nom des rubriques et leur contenu.

Bref le site est malléable à volonté, on crée autant de rubriques qu’on le souhaite (ou on les supprime) avec une réactivité optimale vis à vis de l’actualité et les tendances du moment. Ce n’est finalement rien d’autre que la technique popularisée par les nuages de tags et les plateformes de blogs (WordPress par exemple a fusionné la notion de rubrique avec celle de tags).

Cette approche à aussi un intérêt pédagogique majeur : le projet éditorial est conçu d’emblée en phase avec l’économie d’échange des contenus qui caractérise les sites de dernière génération. Une logique qui mène naturellement aux tags et au RSS (on génère une infinité de flux RSS à partir d’un volume fixe de contenus). Le journaliste considère ensuite naturellement le site comme un espace réorganisable à volonté et conçoit plus facilement la redéfinition de son rôle autour de l’animation des contenus et leur réexploitation toujours renouvellée.

Bref si je devais donner des cours je commencerais par les tags…

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11 Responses to “L’Ecrit Web, les recettes de Joël”

  1. joel ronez Says:

    Merci d’avoir lu avec attention critique ce petit bouquin. Je suis effectivement d’accord avec toi sur la notion de rubriquage, que j’ai abordé ici plutot sous l’angle arborescent, à des fins d’initiation. Mais ces conseils ne s’appliquent bien entendu pas (ou ne devraient pas s’appliquer, au choix) à des sites de presse ou gros sites institutionnels informatifs à fort volume (type europa.eu ou coe.int). Cette première partie est celle que j’ai écrite en premier, et il y a maintenant plusieurs mois, et elle méritera un ajout conséquent lors d’une éventuelle réédition.

    La tendance est aujourd’hui clairement en faveur de la méthode que tu décris, et c’est aussi pourquoi je m’intéresse autant aux procédés folksonomiques. A n’en pas douter, les refontes à venir des gros sites medias seront sur cette ligne.

    Dans les sites à volume moins important, et avec un rapport au temps moins tendu, je crois cependant assez à la vertu du rubriquage plus ou moins fixe, comme un repère structurel. La vieille technique éprouvée consiste souvent à un adjoindre une zone « actu » dans laquelle la dimension chronologique reprendra le dessus, avec idealement un ajout de tags.

    De manière générale, sur ces sites, je n’oppose pas tags et arborescence, mais ils sont plutot complementaires.

    Il y a effectivement des conseils à écrire pour les sites à fort volume / forte audience qui s’écarteront assez des préceptes assez facilement comestibles de mon petit livre (et concerneront fatalement moins d’acheteurs, me souffle mon éditeur). Pour cela, j’ai un blog :) (et des rééditions, que je prépare au moyen de mon petit blog dédié que tu as cité)


  2. J’espère aussi que tu as apprécié mon style synthétique ;-)


  3. [...] Emmanuel Parody, d’Ecosphere, qui adjoint à sa note de lecture une remarque pertinente sur la limite du [...]

  4. manuel Says:

    Bonjour,

    nous sommes le 31 aout, c’est le « blogday » (http://www.blogday.org/fr.htm ) je dois donc vous informer que je parle de vous aujourd’hui sur mon blog : http://toujoursplus.hautetfort.com

    En vous souhaitant une bonne continuation.
    MC

  5. Bertrand Says:

    Je rejoins tout à fait cet avis sur la construction via des tags. C’est d’ailleurs le choix fait par Libération, pour son site Ecrans.
    Je suis moi même en train d’étudier comment migrer mon site (un webmag local) d’une arborescence en rubrique à une classification par tags. Passionant je trouve cette évolution

  6. J. Says:

    Attention quand même à l’indigestion de tags, après quelques mois de cette techniques, quelques centaines d’articles, et plusieurs journalistes derrière, on se retrouve avec un monstre ingérable de plusieurs milliers de mots-clef, dont une partie de synonymes, de doublons mal orthographiés, et un nuage de tags qui tient davantage du gros cumulonimbus que d’un léger cirrostratus (oui je suis allé voir sur wikipédia).

    Il est donc nécessaire d’avoir un cerbère de la base des mots-clefs (de préférence une personne peu aimable) qui fasse réfléchir à deux fois avant la demande d’une nouvelle entrée dans la base des tags.


  7. Tiens, ça me rappelle une proposition que j’avais soumise à Exalead et qui n’a jamais été retenue…

    http://feedback.exalead.fr/feedbacks/655-nuage-semantique

    Jean-Marie


  8. [...] Ca peut rendre véritablement possible le rêve de certains, comme Emmanuel Parody : [...]


  9. [...] L’écriture web n’est pas si spécifique que ça. Ce qu’il faut avant tout… C’est savoir [...]


  10. [...] C’est un sujet qu’on a effleuré sur Internet et Opinion, relire à ce sujet la chronique d’Emmanuel Parody sur le bouquin de Joël Ronez ainsi que cette discussion chez Sébastien [...]

  11. Bioman Says:

    Bonjour
    concernant la hiérarchie des contenus, je ne suis pas trop d’accord avec vous. Organiser son site en rubriques ou grâce à des mots clés, c’est un peu pareil; Dans les deux cas, c’est malléable. A chaque fois on associe une page web avec un « objet » de la base de données : une rubrique ou un tags. Dans les deux cas, c’est modifiable. Quel intérêt d’opposer l’un à l’autre ?


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